Émancipation


Tendance intersyndicale

Congrès du SNES-FSU (dernier jour) : le SNES débat de l’action et de la lutte

Le dernier jour du congrès du SNES débat de l’action. Cette année, le débat a une résonance particulière, vue la gravité des contre-réformes gouvernementales mais aussi le refus de la politique macronienne qui s’exprime. La majorité syndicale Unité & Action (la tendance « Ecole Emancipée » n’ayant que quelques nuances avec et votant ses textes en conséquence) propose un « plan d’action » centré sur une journée de grève et une manifestation nationale en juin. Nous reproduisons ci-dessous les interventions des délégués d’Emancipation, Quentin Dauphiné et Mathias Breyer. Vous pouvez aussi télécharger la motion d’Emancipation sur l’action, qui propose un plan de lutte pour combattre la politique gouvernement.

Première intervention d’Emancipation : présentation de notre motion sur l’action

Je présenterai la motion Emancipation sur l’action. Je partirai du texte voté le premier jour de ce congrès, en soutien à la lutte de la Seine-Saint-Denis. Il faisait référence à la nécessité d’étendre cette lutte à l’ensemble du pays. Et en effet, c’est le débat central de ce matin.

Pour nous, à Emancipation, cela suppose quatre éléments, qui structurent notre texte :

– premièrement, bien entendu des revendications : l’abrogation du « choc des savoirs » et des textes qui l’organisent, un plan d’urgence pour l’éducation. Ces points peuvent faire consensus dans notre congrès.

– deuxièmement, la nécessité d’une révolte généralisée qui parte des lieux de travail. Nous l’avons dit, ce sont les personnels qui font marcher l’école, c’est à eux et elles de montrer collectivement que les contre-réformes seront en difficulté s’ils et elles refusent de les appliquer.

– troisièmement, un mouvement social pour l’école, cela implique de chercher à faire des personnels, des parents d’élèves, des jeunes, des acteurs et actrices de leur propre lutte. Cela ne peut se faire que par la mise en place Assemblées générales à tous les niveaux, qui se coordonnent entre elles.

– quatrièmement, faire de la grève non pas une sorte de thermomètre du mécontentement sur une journée, mais un processus de grève reconductible. La grève libère du temps pour visiter les autres établissements, la grève permet d’étendre la grève si elle ne se limite pas à une journée, la grève permet de développer les pratiques de solidarité comme les caisses de grève. C’est pourquoi nous proposons qu’elle ne s’auto-limite pas à une seule journée, nous proposons que le syndicat impulse des AG dès la semaine prochaine, où il proposera la reconduction de la grève.

C’est le sens de notre texte sur l’action. De ce point de vue, le texte proposé par Unité & Action nous semble insuffisant, et pour tout dire quelque peu routinier. Il est très timide sur les grèves reconductibles renvoyées au niveau local, il nous propose en tout et pour tout une journée d’action et une hypothétique manifestation nationale, très éloignée et aux contours assez flous.

J’aurai un dernier mot pour finir. Tous les textes de ce congrès ont été votés à 96% ou à 99%. Autrement dit, il y a une vision du syndicalisme qui est hégémonique dans le SNES, sans alternative puissante. Cette vision du syndicalisme, c’est la vision d’Unité & Action. Un penseur qui revient en grâce a pu dire qu’être radical, c’est prendre les choses à la racine. Je prendrai donc les choses à la racine. La racine du syndicalisme que nous propose Unité & Action, c’est la vision du syndicat comme syndicat de métier, qui raisonne avant tout en termes catégoriels, qui se méfie des mouvements qu’il ne maîtrise pas, dans une perspective de « dialogue social ». Cette conception, L’Ecole Emancipée à une époque, l’Emancipation aujourd’hui, n’y souscrit pas. Nous sommes pour le syndicalisme de « fédération d’industrie », par la mise en place de syndicats généraux regroupant toutes les catégories sur un même lieu de travail. Cela unifie notre classe et ses revendications, cela fortifie la conscience de classe et prépare l’affrontement avec le capitalisme et son Etat.

Nous regrettons l’apparente unanimité des textes de congrès, car nous savons que derrière l’unanimisme de façade se cachent souvent des luttes de pouvoir. Pour notre part, à Emancipation nous continuerons à porter nos perspectives dans le SNES et la FSU.

Deuxième intervention d’Emancipation : pour un refus collectif de mettre en place les contre-réformes !

La question se pose aujourd’hui de refuser le tri social des élèves. Mais il ne suffit pas de refuser le choc des savoirs pour refuser le tri.

Aujourd’hui, refuser le tri des élèves, c’est se mettre en opposition avec l’organisation des enseignements et de l’orientation à tous les niveaux :

– évaluations imposées tout au long des cycles du primaire et du secondaire,

– orientations de la fin du collège à Parcoursup, et même dès le primaire

– groupes de niveau du choc des savoirs

– stages de fin de seconde et SNU

Nous pensons que le SNES doit favoriser la tenue d’AG mettant en débat le refus collectif de toutes les modalités du tri :

– Refus de toutes les évaluations imposées

– Refus de toutes les pratiques menant au tri social, en particulier celles liées aux décisions des conseils de classe

– Refus de toutes les instances et travaux de mise en place des groupes du « choc des savoirs »

– Refus de la mise en place du SNU

– Enfin refus de la surveillance et de la correction des épreuves du DNB et du bac, instrumentalisés en vue de préparer ou d’entériner le tri. Ce dernier refus implique de faire grève.

Le SNES doit prendre ses responsabilités et organiser les boycotts et les grèves nécessaires au refus effectif du tri social, que nous menons pourtant aujourd’hui effectivement malgré notre opposition de principe, et élargir ces boycotts à tout ce qui dégrade notre statut et nos fonctions, dont le pacte. Ceci est vrai dans les perspectives très proches du refus du choc des savoirs, du SNU et du pacte mais aussi dans des perspectives de plus long terme, de formation de collectifs de résistance, portant des valeurs émancipatrices et refusant la transformation de l’éducation nationale en opérateur de tri.

Refuser de mettre en place les réformes en s’opposant à nos hiérarchies, c’est commencer à instaurer un rapport de force et contribuer à créer des collectifs capables d’une victoire plus large, par des grèves destinées à soutenir et amplifier nos revendications. Si nous sommes capables de résister avant les grèves, les grèves seront plus puissantes et seront davantage victorieuses.


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