Émancipation


Tendance intersyndicale

Un mois dans le monde (février 2023)

Brésil

Les partisan·es de Bolsonaro ont tenté à Brasilia ce que ceux et celles de Trump avaient tenté à Washington il y a deux ans. Il y avait aussi une certaine ressemblance avec la marche sur Rome, il y a un siècle. Il n’y a aucun doute sur le fait que le rapport de force militaire était en leur faveur. Sur les 17 généraux les plus gradés du pays, 14 sont des partisans affirmés de Bolsonaro (qui avait choisi prudemment de ne pas être là). L’armée a eu de nombreux ministères clés dans la dernière période. Et (comme en France), la police est gangrenée par l’extrême droite. Le coup d’État a échoué parce qu’il n’y avait pas de projet politique derrière. La bourgeoisie brésilienne, qui contrôle le Parlement et la plupart des États, n’a pas suivi.

La riposte de Lula, qui a fait arrêter quelques instigateurs de ce putsch et a limogé le chef de l’armée, peut donner espoir. Mais d’entrée, son pouvoir est surveillé et très limité. Le fascisme recule, mais il est loin d’être vaincu.

Allemagne

À quoi servent les Verts ? En progression électorale constante après avoir marginalisé les anticapitalistes en leur sein, il·elles gouvernent le pays en coalition avec les sociaux-démocrates et les libéraux. Ils·elles ont certes œuvré à la sortie (progressive) du nucléaire. En échange, il·elles participent activement à la réhabilitation du charbon. Le projet d’extension de la mine de charbon à ciel ouvert de Lützerath (qui menace de détruire un village) a provoqué l’installation d’une ZAD. Et le brave gouvernement “écolo-socialiste” a envoyé ses pandores pour les déloger. L’épreuve de force est engagée et les vidéos montrant les “forces de l’ordre” surarmées mais totalement embourbées (comme à Notre-Dame-des- Landes en 2012-13) ne peuvent que nous réjouir.

Israël

À peine nommé ministre de la “sécurité” (celle des colons bien sûr), le fasciste Itamar Ben Gvir est allé provoquer les Palestinien·nes en se rendant sur l’esplanade des mosquées. Il y a eu des réactions, y compris parmi les rabbins, qui font que le projet des “fous de Dieu” (dynamiter les mosquées et “reconstruire” le Temple) n’est pas encore prêt. Par contre, provoquer une révolte désespérée, la réprimer et expulser un peu partout des Palestinien·nes, c’est possible et les dirigeants israéliens le préparent.

Les Israélien·nes “libéraux” ont-ils lu le pasteur Niemöller ? “Quand les Nazis sont venus chercher les communistes, je n’étais pas communiste, je n’ai rien dit…”.

Ils·elles ont manifesté par dizaines de milliers contre ceux qui dirigent le pays et qu’ils·elles nomment de plus en plus “les fascistes juifs”. Pourtant ces Israélien·nes “libéraux” et européanisé·es ont accepté tous les jours les meurtres d’enfants, les vols des terres, l’emprisonnement massif, les humiliations qui frappent la Palestine. Ils·elles ont soutenu une Cour suprême qui légalise la torture et l’expulsion de milliers de Palestinien·nes de leurs propres terres, mais protestent contre la suppression de cette Cour qui ne pourra plus lutter contre la corruption.

Ils·elles ne savaient pas que l’apartheid est gourmand. Itamar Ben Gvir a promis de s’en prendre aux “Juif·ves déloyaux”. La natalité galopante des colons religieux rend ce courant de plus en plus hégémonique dans la société israélienne. La seule issue pour les Israélien·nes libéraux, serait de lutter contre toutes les discriminations. Donc avec les Palestinien·nes, contre l’apartheid et le sionisme. Pour l’instant, ils·elles en sont très loin.

Pérou

La destitution du président Castillo et l’installation au pouvoir sans élection de Dina Boluarte provoque une révolte généralisée, notamment dans les régions amérindiennes du Sud. L’armée a tiré, les mort·es se comptent par dizaines. Cette révolte de classe rappelle ce qui s’était passé en Bolivie voisine avec l’éviction d’Evo Morales. La bourgeoisie péruvienne avait visiblement sous-estimé cette riposte populaire. Mais pour l’instant, elle refuse la seule issue pacifique : de nouvelles élections.

COP 28

Avant même qu’elle ne se réunisse en novembre 2023, on est dans un mélange de gag et de scandale. Cette COP se réunira à Dubaï dont l’office de tourisme vante les pistes de ski et le canoë kayak. Prouesses “écologiques” bien sûr. Et le président de cette COP a été nommé : il s’agit de l’honorable Sultan Al Jaber, ministre de l’industrie émirati et PDG de Abu Dhabi National Oil Company. Si avec cela, la température continue de monter, c’est à n’y rien comprendre. Voir foutage de gueule.

Total

Avec des bénéfices gonflés par l’explosion des prix de l’énergie, Total continue sa lutte héroïque contre l’effet de serre. La compagnie s’apprête à forer 400 puits de pétrole en Ouganda et à construire un oléoduc de 1445 km à travers l’Ouganda et la Tanzanie. Les méthodes de Total sont classiques : la compagnie offre aux villages des écoles, des routes et des petits boulots pour obtenir leur consentement. On se prépare donc à un remake de l’horreur en cours ailleurs en Afrique dans le delta du Niger. L’eau est souillée, l’agriculture et la pêche sont devenues impossibles et la population affamée siphonne les oléoducs.

Romans nationaux

Dans toutes les guerres, les belligérants fabriquent une belle histoire qui les justifie. Entre la Russie et l’Ukraine, cela masque le fait que cette boucherie sert de terrain d’expérimentation aux pires armes.

En Russie, on évoque la grande Russie encerclée et agressée par l’Occident. On glorifie la résistance héroïque face à Napoléon et Hitler. Et on se réclame des Tsars et de Staline. Au nom de ce passé glorifié, les vies n’ont plus d’importance. La guerre que Poutine a déclenché est un mélange de boucherie comme en 14-18 et de technologie de pointe.

En Ukraine, on refait l’histoire. On invente un passé sans Russie alors que le Russe est la langue maternelle de la moitié des Ukrainien·nes. On glorifie des héros du passé considérés comme des résistants, même quand ils ont été des collabos. On réécrit le passé antisémite de l’Ukraine. Ilya Samoilenko, agent de renseignement du régiment Azov s’est rendu en Israël en expliquant que “Marioupol est notre Massada”.

Bien sûr dans cette guerre, il y a un peuple agressé qui résiste. Mais les deux nationalismes puent.

Pierre Stambul


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