Émancipation


Tendance intersyndicale

Un mois dans le monde (décembre 2021)

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Chili

Il y a peu de temps, le pays avait approuvé à une écrasante majorité la nouvelle constitution, issue de mois de luttes dans la rue.

La surprise du premier tour des élections présidentielles est plus qu’amère. Celui qui vire en tête avec 28 % des voix, José Antonio Kast, a tout pour plaire : nostalgique de Pinochet qu’il a toujours soutenu, admirateur de Trump et Bolsonaro, fils d’un officier de la Wehrmacht qui a préféré fuir l’Allemagne après la guerre, catholique fervent opposé à l’avortement…

Les partis traditionnels, notamment le parti socialiste, incapable depuis la chute de Pinochet de défaire le type d’État que le fascisme a construit, sont laminés.

Un second tour particulièrement serré s’annonce. En face de Kast, c’est un ancien dirigeant étudiant Gabriel Boric, issu de ce qu’on appelle la gauche radicale, qui portera les espoirs des antifascistes.

Congo

Quand Che Guevara est venu en 1965 au Congo aider la rébellion “marxiste”, il avait été écœuré par le manque de préparation, les divisions, l’absence de fiabilité des dirigeants et était vite reparti. Des décennies plus tard, Laurent-Désiré Kabila, un des dirigeants de cette rébellion, a mis fin à la dictature de Mobutu. Et il est vite devenu un autocrate. Après son assassinat en 2001, dans une pure logique dynastique, c’est son fils Joseph qui lui a succédé. Comme dans bien des pays de cette Afrique postcoloniale condamnée à produire des matières premières dont elle ne profite jamais, il a utilisé son poste pour s’enrichir au-delà de tout. On évalue à 135 millions de dollars l’argent qu’il a “siphonné” de la banque centrale. Il est l’actionnaire majoritaire d’une société fantôme qui a reçu des millions d’aides publiques.

Tunisie

Le président Kaïs Saïed a été élu parce qu’il était étranger aux partis qui ont enlisé la révolution de 2011 : les islamistes d’Ennahdha et néo-libéraux issus du régime de Ben Ali. Mais le pouvoir corrompt. Depuis septembre, il s’est arrogé les pleins pouvoirs et son autoritarisme rappelle de plus en plus une période que l’on croyait révolue.

Soudan

Un mois après le coup d’État militaire et malgré une répression meurtrière (40 mort·es), l’armée a échoué. Elle n’a pas réussi à empêcher les manifestations quotidiennes, les grèves, les zones se déclarant libres. C’est une véritable révolution qui a renversé le dictateur Béchir en 2019. Les syndicats et le parti communiste (qui fut autrefois le plus puissant d’Afrique) ont joué un grand rôle dans cette révolution. La population vient de montrer sa détermination à conserver ses acquis.

L’armée a reculé, mais elle est prête, quand l’occasion se présentera, à retenter un coup d’État.

Biélorussie

Le traitement mondial des exilé·es est un scandale quotidien.

Entre la France et la Grande-Bretagne, un chantage sordide s’est installé. “Tu me donnes des permis de pêche, sinon je laisse les barques de migrant·es (souvent des cercueils flottants) traverser la Manche”. Du poisson contre des humains !

Entre l’Europe forteresse et la dictature de Loukatchenko, c’est le même marchandage honteux. “Tu abandonnes les sanctions contre mon régime, sinon je fais venir les migrant·es chez moi pour faire pression sur tes frontières et je te coupe le gaz”. “Chiche, ton protecteur a besoin de nous vendre son gaz et la Pologne, bien qu’on n’approuve pas toujours ce qu’elle fait, va construire un mur de 700 km pour protéger l’Europe”.

Pendant ce temps, des milliers d’Irakien·nes, d’Afghan·es, de Libanais·es… ont pour seul choix : crever de froid dans la forêt biélorusse ou se noyer dans la Manche.

Après les murs au Sahara Occidental, à Ceuta ou en Cisjordanie occupée, voilà une nouvelle barrière de l’Europe forteresse. Quel monde d’assassins.

Climat

Personne ne peut en douter. Les capitalistes ne feront rien contre le dérèglement climatique qui puisse menacer leurs profits. Que des pays ou des populations soient menacés dans leur existence, ils n’en ont rien à faire. La COP 26 s’est terminée sans même masquer son échec. Tant qu’il y aura des réserves suffisantes de pétrole et de charbon, ces énergies fossiles particulièrement polluantes continueront d’assurer les profits des multinationales. Il y a 50 ans, les “lessives aux enzymes” qui polluent les nappes phréatiques n’avaient été interdites que quand les stocks avaient été épuisés.

La conférence de Glasgow aura été une gigantesque farce. La précédente avait déjà sombré dans le ridicule en instituant que les “permis de polluer” (à coup de CO2) seraient cotés en bourse.

L’indigence du débat va contribuer à présenter le nucléaire comme seule alternative, alors qu’on ne sait toujours pas, ni empêcher les accidents, ni traiter les déchets que l’on lègue aux générations futures, ni enfin démonter les centrales en fin de vie.

Évoquer une autre société avec des productions re-localisées, des richesses partagées, un mode de consommation adapté, tout cela n’a même pas été évoqué. TINA (There is no alternative) disait Thatcher il y a 40 ans. On en est toujours à la même pauvreté intellectuelle au service de l’enrichissement sans limites de quelques-uns.

COVID et colonialisme français

En Kanaky, le nouveau référendum sur l’indépendance, prévu par les accords de 1988, s’annonçait serré. Les indépendantistes ont réussi à briser leur isolement et à trouver des alliances qui leur ont permis de conquérir la présidence du gouvernement. Le gouvernement français a trouvé la parade : maintenir un référendum sans possibilité de campagne électorale pour cause de COVID. Les indépendantistes vont boycotter ce référendum que la puissance coloniale veut maintenir. 36 ans après l’assassinat d’Éloi Machoro, le colonialisme français est prêt à tout pour garder la Kanaky.

En Guadeloupe et en Martinique, la défiance généralisée sur les vaccins est attisée par le souvenir du chlordécone. Interdit en métropole, ce poison, qui a empoisonné les ressources d’eau douce des Antilles, avait continué à être utilisé sur “dérogation” obtenue par les planteurs de banane. Les Guadeloupéen·nes (suivis des Martiniquais·es) demandent une dérogation sur la vaccination. La réponse du pouvoir a été de licencier les soignant·es non vacciné·es et d’envoyer le RAID. Du coup, c’est l’entièreté de la situation coloniale, faite de chômage, de pauvreté et d’humiliations, qui explose.

Pierre Stambul


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