Le passé est ma saison préférée

Avec ce livre qui n’a pas besoin d’être un essai pour s’autoriser à penser, Julia Kerninon rend hommage à Gertrude Stein, figure tutélaire de la toute jeune écrivaine qu’elle a été. Elle renvoie au passage, et lestement, Hemingway et consorts dans les cordes de leur misogynie crasse. C’est un exercice jubilatoire, qui interroge le roman et ses formes, et c’est brillant.

“Gertrude Stein était manifestement ailleurs le jour où toutes les autres femmes ont appris qu’il leur faudrait un homme et des enfants pour être considérées, pour avoir une vie digne de ce nom. Toutes, elles ont eu dès lors deux choix : la crainte ou l’imprudence, se conformer à cette loi ou s’y confronter. Mais Stein – Stein n’était même pas au courant. Alors, elle a fait tout ce qui lui semblait bon, tout ce qui lui semblait juste, à elle, selon ses propres critères.”

Le passé est ma saison préférée, Julia Kerninon, Julliard, octobre 2024,128 p., 18€.