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Solidarité avec le peuple iranien

Le 7 février s’est tenu à Lyon un rassemblement en soutien au peuple iranien. Ce rassemblement dynamique a réuni 200 personnes ; trois interventions d’Iraniennes et une de l’intersyndicale ont ponctué le déroulé, entrecoupé de slogans, de musique dont un morceau joué par un Iranien au târ, instrument traditionnel à cordes.

Pas de drapeaux iraniens, symbolique en elle-même ; des pancartes revendicatives et des fleurs de mimosa, amenées par une militante kurde comme symbole de paix et d’espoir ; et sous les fenêtres de l’Hôtel de ville étaient affichées un ensemble de photos mêlant portraits de personnes assassinées par la République islamique en janvier, caricatures iraniennes et revendications.

Ce rassemblement différait de celui du 17 janvier à Lyon que s’étaient approprié les pro-Pahlavi, ces derniers empêchant l’expression d’autres voix d’Iran, notamment celles de gauche. La collaboration entre des militantes iraniennes et les syndicats lyonnais (CGT, Solidaires, FSU, CNT, CNT-SO), dans laquelle Émancipation a pris une grande part, a permis au rassemblement du 7 février de se tenir et d’entendre les voix iraniennes progressistes. Les Iraniennes, qui ont mené ce rassemblement, ont porté la voix du peuple iranien et son histoire, s’appuyant notamment sur leurs propres témoignages en tant que femmes, et ont rappelé l’origine de la mobilisation qui a surgi le 28 décembre en Iran, à laquelle la République islamique a répondu les 8 et 9 janvier par l’un des pires massacres de l’histoire contemporaine (estimé à plus de 30 000 morts en deux jours, les investigations sont toujours en cours). Et à l’heure actuelle, la répression se poursuit avec notamment des arrestations, de la torture et des assassinats dans les prisons.

Ci-dessous, l’intervention de l’une des trois Iraniennes ce 7 février (les intertitres sont de la rédaction).

L. J., Émancipation 69

Un cœur rempli de tristesse et de colère

Je prends la parole aujourd’hui avec un cœur rempli de tristesse et de colère, pour l’Iran et pour le peuple iranien meurtri.

Pour les vies injustement arrachées, pour les droits étouffés depuis tant d’années. Pour un peuple que la politique mondiale a laissé seul, sans soutien, face à sa souffrance

Si nous sommes réunis aujourd’hui, ce n’est pas par habitude, mais par nécessité. Nous sommes ici parce que le peuple iranien est arrivé à bout.

Parce qu’il ne lui reste presque plus rien à perdre, sinon les chaînes qui l’emprisonnent depuis des décennies.

Nous sommes ici pour défendre la dignité humaine et pour porter la voix de celles et ceux qui ont sacrifié leur vie afin d’obtenir les droits les plus élémentaires, dans l’espoir qu’un jour l’Iran, et le monde, puissent connaître la justice et la paix.

Survivre

Aujourd’hui, une grande partie du peuple iranien peine à subvenir à ses besoins essentiels, en particulier après vingt années de sanctions imposées par les États-Unis et les pays européens.

Face à cela, la République islamique n’a poursuivi qu’un seul objectif : survivre, à n’importe quel prix.

Au début des sanctions, le régime disait au peuple :

“Qu’importe si vous ne mangez plus de viande ? Elle est devenue trop chère”.

Quelques années plus tard :

“Qu’importe si vous ne mangez plus de fruits ni de fruits secs”.

Puis enfin :

“Qu’importe si vous vous contentez de pain sec et d’eau ?”

Depuis quarante-sept ans, les tables des familles iraniennes se vident un peu plus chaque jour.

Pendant la pandémie de Covid-19, d’innombrables vies ont été perdues, non par fatalité, mais par arrogance et irresponsabilité. La République islamique refusait d’admettre qu’elle n’était pas immortelle.

Les responsables du régime et leurs enfants ont contourné les sanctions pour accéder à des vaccins occidentaux de qualité, tandis que le peuple iranien était abandonné dans une lutte inégale contre le virus. L’importation de tout vaccin autre que russe était interdite, une décision aux conséquences dramatiques.

Après la pandémie, même l’air pur a été refusé au peuple iranien.

Les mafias liées aux Gardiens de la révolution et à la République islamique avaient besoin d’énormes quantités d’électricité pour le minage de bitcoins, au profit de quelques responsables corrompus. Le résultat fut des coupures d’électricité prolongées, en pleine chaleur estivale, plongeant des millions de familles dans la souffrance.

Ces dernières années, l’accès à l’eau potable est lui aussi devenu un luxe.

Les ressources hydriques de l’Iran s’épuisent, et le pays subit depuis longtemps une sécheresse généralisée.

Dans des provinces comme le Sistan-et-Baloutchistan, des familles vivent depuis des années sous des tentes, privées d’eau, d’électricité et d’infrastructures de base. Les enfants n’ont pas accès à des écoles dignes de ce nom, et chaque année, beaucoup d’entre eux meurent dans des inondations faute de routes, de ponts et de protections élémentaires.

Un peuple iranien prisonnier

Depuis quarante-sept ans, le peuple iranien est prisonnier d’un régime fondé sur des idéologies rigides, fanatiques et profondément inhumaines.

En 1979, les Iraniens ont tourné le dos à la monarchie dans l’espoir d’accéder à la démocratie, à la liberté et à l’égalité des droits, sans savoir que le dirigeant politique et religieux de l’époque, Ruhollah Khomeiny, allait imposer à la nation un avenir sombre et répressif.

Les exécutions, les disparitions forcées, la torture et les massacres sont devenus les principaux instruments de survie de ce régime.

Khomeiny a entraîné l’Iran dans une guerre de huit ans.

Malgré ses promesses de ne pas s’ingérer dans la politique, il a envoyé des hommes, des adolescents et même des enfants sur les champs de mines et face aux chars, en manipulant leurs émotions et leurs croyances.

Il aurait pu accepter la résolution 598 dès la première année de la guerre et épargner au pays la ruine et la misère. Mais il a préféré préserver son pouvoir.

Le peuple iranien a résisté courageusement à l’agression irakienne et a subi huit années d’une guerre dévastatrice, avant que le régime n’accepte finalement, la huitième année, la même résolution qu’il avait refusée auparavant.

Ali Khamenei, un dirigeant criminel

Après la mort de Khomeiny, Ali Khamenei, un dirigeant criminel, a pris le pouvoir. Comme son prédécesseur, il n’a pensé qu’à la survie de la République islamique.

Par entêtement, il a rejeté des accords qui auraient pu alléger les sanctions et offrir un minimum de bien-être au peuple. La répression et le massacre des opposants sont restés, et restent encore aujourd’hui, au cœur de sa politique.

Après des décennies de luttes politiques, civiles et sociales, après l’écrasement répété des mouvements populaires — notamment le Mouvement vert, porté par l’espoir de réformes — après novembre 2019, où plus de 1 500 manifestants ont été tués en moins de trois jours, et après le soulèvement “Femme, Vie, Liberté”, qui a de nouveau exposé au monde la violence exercée contre les femmes iraniennes, l’Iran fait aujourd’hui face à un soulèvement national et généralisé.

Un soulèvement né des tables vides

Ce soulèvement est né des marchés et des tables vides. De familles incapables de se procurer les produits les plus essentiels : le pain, les œufs, le poulet.

Ces citoyens et citoyennes ont choisi la grève et la protestation pacifique.

La réponse de la République islamique a été, une fois encore, la violence : balles réelles, gaz lacrymogènes, arrestations massives.

Lorsque les blessés ont cherché refuge dans les hôpitaux, les forces du régime ont violé toute éthique médicale et humaine : elles ont attaqué des ambulances et des hôpitaux, empêchant les soins.

Même les enfants n’ont pas été épargnés.

Pour détourner l’attention et rejeter la responsabilité de ses crimes sur les États-Unis et Israël, le régime a multiplié les violences.

Un exemple parmi d’autres : le 8 janvier 2020, les Gardiens de la révolution ont abattu un avion civil ukrainien reliant Téhéran à Kiev. L’appareil a été touché par deux missiles, et 176 passagers ont perdu la vie.

Après plusieurs jours de déni, la République islamique a fini par reconnaître ce crime en le qualifiant de “faute humaine”.

Aujourd’hui, une grande partie du personnel médical — infirmiers et médecins — a été tuée ou se trouve sous la menace d’une condamnation à mort. Leur seul crime est d’avoir soigné et aidé le peuple.

La République islamique n’a jamais permis l’existence de partis libres, de syndicats indépendants ou d’organisations professionnelles, comme celles qui existent dans des pays tels que la France.

Elle a toujours gouverné en divisant la société et en instaurant la peur.

Lutter pour la liberté et la démocratie

Mais nous sommes ici, debout, pour faire face à tout régime autoritaire et oppressif. Et nous continuerons à lutter pour la liberté et la démocratie, jusqu’à notre dernier souffle.

Les revendications du peuple iranien sont claires et non négociables :

1. La fin complète de la République islamique.

2. La rupture des pays occidentaux avec le régime d’Ali Khamenei.

3. L’égalité totale des droits entre les femmes et les hommes.

4. La séparation de la religion et de l’État.

5. La liberté d’expression et le droit de manifester.

6. L’abolition définitive de la peine de mort

7. La libération immédiate de tous les prisonniers politiques et de conscience.

8. La rupture de toutes les relations diplomatiques avec la République islamique d’Iran.

9. L’expulsion des enfants et des familles des hauts responsables du régime depuis les pays étrangers.

Ceci est la voix d’un peuple qui refuse désormais le silence. Un peuple debout. Un peuple décidé à reprendre son avenir.

Soulsaffe (nom artistique)