Le récit au jour le jour d’une grève gagnante.
Lundi 19 janvier 2026
Dès huit heures du matin, une agitation inhabituelle règne place de la mairie.
D’ordinaire, c’est plutôt calme. Des parents amènent leurs enfants à l’école voisine. À la belle saison, les nounous sont là avec leurs petits, avant d’aller au parc, des retraité·es reviennent de chez le boulanger, la baguette sous le bras.
Que se passe-t-il par un froid glacial, ce lundi matin de janvier ?
La CFDT a accroché ses drapeaux un peu partout et distribué ses gilets couleur orange. Une sono diffuse des chants combatifs. Des femmes, et quelques hommes, se tiennent chaud en sautant sur place et en scandant des slogans : “On est là !”, “On ne cèdera pas !”
Mardi 20 janvier
Gros titre en page 6 du Dauphiné Libéré, dans la rubrique Votre région : Heures de travail à rattraper, à Domène des agents municipaux en grève illimitée
Les “agents” sont surtout des “agentes” plutôt jeunes.
Elles travaillent dans les deux écoles primaires de la commune, sont ATSEM, agentes territoriales spécialisées des écoles maternelles, ou permettent aux cantines de fonctionner. 39 grévistes.
C’est leur première grève, elles – et quelques “ils” – ont le soutien de la CFDT, où bon nombre vient de se syndiquer.
Une élue municipale dit qu’elle n’a jamais vu ça pendant les quarante années passées à Domène.
Les 39 grévistes dénoncent l’obligation de devoir rattraper des heures après un arrêt maladie ou un congé maternité. Morgane, ATSEM, secrétaire de section au sein de la CFDT en Isère, déclare : “Il est impensable de rentrer de congé maladie, de congé maternité – une période très éprouvante pour une mère – pour ensuite devoir des heures supplémentaires”. “Je n’ai jamais posé d’arrêt”, dit une gréviste qui travaille à Domène depuis 20, ans, “mais je commence à fatiguer, un jour je pourrais en avoir besoin, et avoir des dettes à cause d’un arrêt, Je n’ose même pas y penser”.
Les grévistes sautent toujours sur place au son de la sono.
Mercredi 21 janvier
Conseil municipal. La problématique qui a causé la grève n’est pas à l’ordre du jour. Il faudra attendre les questions au Maire, à l’issue du conseil. Les quatre élu·es gauche et écologie, en opposition depuis 2020, s’étonnent que le problème n’ait jamais été abordé au Conseil, qu’aucune solution n’ait été trouvée, alors qu’il avait été posé en juin 2025. Il y a plus de monde dans le public que d’ordinaire.
Monsieur le Maire dit qu’il rencontrera une délégation de grévistes avec le CST, comité social territorial, le lendemain, à 16 heures. Il déclare qu’une décision unanime est possible.
Jeudi 22 janvier
Jour de marché. Il pleut, il y a un stand de plus que d’habitude, celui des grévistes. Les Témoins de Jéhovah ont dû se mettre à l’abri, les commerçant·es ont hâte de pouvoir plier bagage.
Nous sommes venus nombreux et nombreuses en soutien.
Il y a là un syndicaliste venu d’une commune voisine. Nous sommes quatre à discuter avec lui. Il soutient la grève, mais son discours est, en fait, de droite… Il raconte être originaire de Catane, il trouve Meloni très bien et chante les louanges de l’art du compromis à l’allemande. Je lui objecte que le SPD est devenu inaudible à force de compromis et n’oppose plus de résistance à l’AfD, mais c’est peine perdue.
Le Dauphiné libéré titre en page Actu locale Grésivaudan : Heures de travail à rattraper, se dirige-t-on vers la fin de la grève ?
Un encadré en bas de page : “La grève des agents fait battre le cœur de la campagne”.
Tout le monde attend le résultat de la réunion décisive annoncée pour 16 heures.
Les grévistes ont une salle communale à leur disposition pour attendre. Nous sommes un petit groupe à attendre à leurs côtés. Les négociations ont lieu non loin de là.
Vers 17h30, on entend un cri de joie : “On a gagné !”. Les 39 de Domène retourneront au boulot dès le lendemain.
Une dame qui n’avait jamais fait grève de sa vie nous dit “Qui ne se bat pas, n’a rien!”
Vendredi 23 janvier
En page 23, Actu locale, du Dauphiné Libéré, un article intitulé : Heures de travail à rattraper : Les agents remportent la bataille.
La place de la mairie a retrouvé son calme habituel
Françoise Hönle