Le 6 janvier dernier, l’armée d’occupation israélienne a mené une (nouvelle) invasion militaire de l’Université de Bir Zeit (BZU) de Cisjordanie, en plein jour.
Le campus était rempli d’étudiant·es, de membres du corps professoral et de personnel de l’Université. L’invasion, préméditée, a coïncidé avec une manifestation syndicale étudiante, justement en opposition à la violence de l’armée coloniale contre le peuple palestinien et sa politique d’emprisonnement politique de masse.
Les forces d’occupation ont détruit la porte principale de l’Université, ont pris d’assaut le campus avec un grand nombre de soldats et de véhicules militaires et ont tiré à balles réelles, ainsi que des grenades assourdissantes et des gaz lacrymogènes directement sur les étudiant·es et les membres de la communauté universitaire. Plusieurs étudiant·es ont été blessé·es et ont été hospitalisé·es. Des professeur·es ont été pris·es à parti·es et malmené·es, d’autres ont été arrêté·es.

Cette attaque militaire de l’Université de Birzeit doit être analysée pour ce qu’elle est : un élément de la politique systématique menée par Israël pour intimider les étudiant·es et détruire leur droit à l’éducation. Il s’agit d’une nouvelle étape dans le “scholasticide” qui se déploie depuis plusieurs décennies et dont le paroxysme a été atteint à Gaza depuis octobre 2023. Ainsi, non seulement les institutions sont ciblées mais également la conscience palestinienne qui se forge souvent sur les campus universitaires, BZU étant connu pour avoir formé une bonne partie de l’élite politique palestinienne.
En violation flagrante des normes et conventions internationales qui garantissent la protection des étudiant·es et des personnels des institutions universitaires, y compris les Conventions de Genève et le droit international humanitaire, l’État d’Israël continue de criminaliser l’éducation palestinienne dont il connaît la force de résilience, la pertinence de son analyse et la dimension essentielle de la lutte du peuple palestinien pour son autodétermination.
Le grotesque des arguments avancés par Israël (rassemblement en faveur du terrorisme) pour mener cet assaut le dispute à la force débridée employée pour que cette manifestation ne se tienne pas. L’Université, située au nord de Ramallah à côté du village de Birzeit (d’où son nom), est donc en zone A, zone sous autorité exclusive de l’Autorité Palestinienne. L’armée israélienne n’a aucun droit d’y pénétrer, ce dont elle se soucie bien peu car elle s’autorise toute intervention dans n’importe quelle zone de la Cisjordanie.
De l’avis de contacts sur place, aucun danger pour les soldats n’était observable, aucune menace. Le recours à la force armée en plein jour témoigne, pour ces contacts, d’un changement de méthode. L’armée israélienne veut montrer que c’est elle qui décide, qui commande et que rien ne l’arrêtera. Ce message n’est plus simplement délivré aux seul·es Palestinien·nes, il l’est au reste du monde, en particulier aux États qui ont reconnu en septembre 2025 l’État de Palestine.
L’Université de Birzeit est bien connue des Universités françaises car elle entretient avec un certain nombre d’entre elles, une collaboration scientifique et académique depuis deux décennies, notamment l’Université de Bourgogne Europe, à laquelle l’auteur de ces lignes appartient, ce qui lui a permis de se rendre régulièrement à Birzeit pour y dispenser des cours en français ou de participer à des colloques et autres recherches.
C’est de cette position d’enseignant-chercheur, appuyé sur les valeurs universelles de la coopération scientifique et du droit à l’éducation pour toutes et tous, qu’il est urgent de redire que cette attaque (et toutes celles non médiatisées auparavant, une dizaine depuis octobre 2023) constitue une expression du colonialisme, de l’occupation et de l’apartheid israéliens. Dans ce contexte, l’éducation reste un acte de résistance anticoloniale et les campus universitaires des espaces de connaissance et de liberté.
L’appel de l’Université de BZ aux organisations internationales, aux institutions de défense des droits de l’homme et aux médias doit être entendu et largement diffusé afin qu’ils assument toutes et tous leurs responsabilités morales et juridiques en prenant toutes mesures immédiates pour dénoncer ces violations, pour exercer une pression efficace afin de les arrêter et demander des comptes aux responsables.
“La mort de l’empathie humaine est l’un des signes les plus précoces et les plus révélateurs d’une culture sur le point de sombrer dans la barbarie”, H. Arendt.
Raphaël Porteilla, Professeur de science politique Université Bourgogne Europe