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L’exploitation minière source de pollution des eaux des rivières

Dans un rapport publié en 2023, l’Observatoire de l’environnement en Bretagne estimait que plus de 99 % des eaux bretonnes étaient contaminées par des pesticides. Or une enquête qui vient d’être publiée par le site SplannN 1, média d’enquêtes indépendant en Bretagne, met au jour une autre source de pollution des eaux des rivières et des eaux souterraines, celle causée par l’exploitation minière.

A l’origine de cette enquête, Célia Izoard, journaliste indépendante, qui démontre que la mine de Glomel dans les Côtes-d’Armor, contamine son environnement et notamment les cours d’eau, avec des métaux toxiques.

La commune de Glomel, étendue sur près de 80 km2, est un véritable château d’eau, irrigué de sources, ruisseaux, marais. On y trouve des habitats naturels, tourbières et prairies humides, et cet ensemble a un statut de réserve naturelle (la réserve de Magoar Penvern) ; il existe aussi deux sites Natura 2000 sur ce territoire, ainsi que plusieurs captages d’eau potable, par exemple à 6 km du site industriel, un premier captage d’eau potable dans l’Ellé qui alimente les 6 000 habitant·es des communes voisines.

Le site d’exploitation minier est classé carrière ouverte, alors qu’il s’agit en fait d’une mine à ciel ouvert, un site colossal : trois fosses de 80m de profondeur (chacune grande comme 15 terrains de football et aussi profonde que cinq immeubles parisiens empilés) et une 4e qui doit être ouverte et à laquelle s’opposent les riverain·es de la région2.

L’entreprise qui exploite la mine, une multinationale française Imérys, peut extraire chaque année jusqu’à 1,5 million de tonnes de roches et raffine, dans ses deux usines, un quart de la production mondiale d’andalousite ; elle affirme qu’il n’y a pas d’impact de cette exploitation, alors qu’elle entraîne des rejets : 1,5 million de m3 d’effluents industriels dans cette zone protégée.

L’andalousite est un minéral industriel utilisé dans la fabrication des matériaux réfractaires, comme ceux utilisés dans les centrales nucléaires, pour l’armement (missiles), dans les fours industriels, par exemple les fours de fonderie ainsi que dans les moteurs de camion.

1,5 million de mètres cubes d’effluents industriels rejetés

Dans cette enquête, Célia Izoard et deux consœurs révèlent que la multinationale Imerys, exploitant cette mine, rejette en réalité “1,5 millions de mètres cubes d’effluents industriels dans une réserve naturelle régionale, en amont de deux captages d’eau potable qui alimentent la région”.

Des prélèvements ont été effectués dans la rivière jouxtant le site minier et à proximité des captages d’eau potable. Les analyses révèlent des concentrations de métaux lourds, cobalt et nickel, jusqu’à 60 fois supérieures aux valeurs guides, dans le lit des cours d’eau en aval de la mine, ces métaux sont tous deux cancérigènes, mutagènes et reprotoxiques.

La préfecture des Côtes-d’Armor autorise le site à rejeter chaque jour dans ses eaux usées jusqu’à 9 kg d’hydrocarbures et, entre autres, jusqu’à 11 kg par jour de cobalt et de nickel. Les analyses révèlent aussi la présence d’arsenic et de cadmium, qui sont des poisons violents…

La contamination s’étend jusqu’à la réserve naturelle régionale de Magoar Penvern.

Imerys assure n’avoir “aucun impact sur les eaux” et a financé une étude sur cinq ans de l’état écologique des rivières et bassins fluviaux. Cette étude3 payée par l’industriel conclut à un “bon état du cours d’eau” mais les métaux les plus toxiques émis par le site ne semblent pas avoir été recherchés… 

L’enquête menée par Splann s’est intéressée, elle “[…] au captage situé à 6 km en aval, dans la rivière Ellé dans laquelle Eau-du-Morbihan prélève une partie de l’eau qui sera ensuite traitée pour être distribuée aux communes voisines”

Sur le site de Toultreincq (qui signifie trou saumâtre en breton), dont l’usine de potabilisation est justement en plein travaux, puisqu’une toute nouvelle unité de traitement est en construction, sur fonds publics, à hauteur de 6 millions d’euros 4, le directeur d’Eau-du-Morbihan est formel : tout ceci n’a aucun rapport avec le fait qu’Imerys rejette chaque année 1,5 million de mètres cubes d’eaux usées contenant des sulfates, des hydrocarbures et des métaux lourds en amont de ce captage. “La nouvelle unité permettra de mieux traiter les pesticides et les médicaments [?]”, justifie-t-il.

Il faudrait aussi évoquer la consommation d’eau du complexe industriel, depuis des décennies l’entreprise annonce consommer 6 000 m3/an alors qu’en réalité il s’agirait d’environ 1 million et demi/an,… et qui du fait de l’ouverture de la 4e fosse va atteindre des niveaux faramineux, aggravant le problème de l’eau potable dans la région.

Pollution environnementale

La mine produit aussi un ensemble de déchets industriels, elle est entourée de terrils d’où s’échappe une poussière grise qui contamine toute la région, Iméris assure que ces poussières ne contiennent que “du mica et un petit peu de fer” bien évidemment elle contient aussi les mêmes métaux lourds dangereux puisqu’il s’agit des résidus miniers…

Il n’y a pas eu d’études épidémiologiques effectuées dans la région, mais il semble qu’il aurait une augmentation des cas de cancers et une étude plus générale menée il y a quelques années avait conclu à une “surmortalité” sans pouvoir à l’époque en déterminer les causes.

Cette accumulation de déchets est une bombe à retardement car ils sont impossibles à imperméabiliser et à longue échéance la pluie va provoquer ce qu’on appelle le drainage minier acide, c’est à dire une transformation des eaux de ruissellement qui s’écoulent vers les rivières, en eaux chargées en acide sulfurique et en contaminants métalliques.

Selon Dominique Williams, membre d’Eau et rivières de Bretagne : “[…] la gestion de ce drainage minier acide est extrêmement couteux pour l’État […]” et ajoute-t-il “les pollutions minières du passé posent des problèmes insurmontables, et l’État, qui doit les gérer tant bien que mal, le sait très bien. Pourtant, il reproduit les mêmes erreurs à une échelle dix fois supérieure. Les services de la préfecture ont délivré ces autorisations sans prendre la mesure de l’ampleur de cette pollution”. (Voir encart ci-dessous)

À Chessy-les-Mines, dans le Rhône, un gisement riche en pyrite a été exploité depuis le Moyen-Âge. La mine a fermé après un effondrement dans la galerie principale, survenu en 1877. Un rapport confidentiel du Bureau des recherches géologiques et minières (BRGM) publié en 2019, que Splann s’est procuré, décrit le traitement des eaux acides mis en place à Chessy. L’État a constaté que ces eaux minières, quoique traitées “depuis 130 ans”, étaient trop polluantes, si bien qu’il a dû y construire une toute nouvelle station de traitement en 2005. Le drainage minier acide de Chessy dure donc depuis 150 ans sans que, d’après le rapport, l’acidité ou les concentrations de métaux dans les eaux n’aient baissé au cours du temps. À Chessy, le problème se pose sur 20 hectares ; à Glomel, il se poserait sur 265 hectares…

Voir : https://www.systext.org/node/1835

https://splann.org/wp-content/uploads/2024/11/IHS-Chessy-les-mines-Rapport-de-surveillance-annee-2018-BRGMRP-69064-FR-juillet-2019-RP-69064-FR.pdf

[Le texte ci-dessus est un résumé de l’article que l’on peut lire sur le site de Splann5, en complément on peut aussi lire l’excellente enquête très documentée de Reporterre6.]

Explosion des demandes d’ouverture de mines

La “relance industrielle” a fait exploser les demandes d’ouverture (ou de réouverture) de mines, on en compte 26, en instance ou déjà autorisées, en métropole et 27 en Guyane afin d’obtenir les métaux essentiels à la production des batteries électriques mais aussi pour l’industrie de l’armement.

Imérys est d’ailleurs sur les rangs pour exploiter d’autres sites et va notamment ouvrir une mine de lithium dans l’Allier, d’ici 2027. Il s’agira d’une des plus grandes mines de lithium d’Europe qui “doit permettre d’équiper l’équivalent de 700000 véhicules électriques par an…”, dont on sait pourtant que ce n’est pas une solution face aux conséquences du changement climatique.

Bien entendu Imérys assure que “ce projet, exemplaire sur le plan environnemental et climatique, réduira drastiquement nos besoins d’importation de lithium”, ce dont on a du mal à être convaincu après la lecture de l’enquête de Célia Izoard.

En complément on peut lire l’article de France Inter7, plutôt favorable au projet du gouvernement même si un passage introduit des nuances en ce qui concerne “l’environnemental”. 

Un allègement des procédures périlleux pour les écosystèmes et la santé humaine : la démocratie environnementale en péril

Cette relance est aussi potentiellement porteuse de régression en ce qui concerne la protection de l’environnement. Zero Waste France et Notre affaire à tous ont saisi le Conseil d’État contre trois décrets d’application de la loi Industrie Verte8 car ces mêmes décrets pris entre les deux tours des élections législatives, l’été dernier, permettent, entre autres, d’accélérer des procédures d’urbanisme ou environnementales pour des “projets industriels stratégiques”. Pour ces deux ONG, ces décrets opèrent “un détricotage massif du droit à l’environnement industriel” explique Adeline Paradeise juriste en droit de l’environnement au sein de l’ONG Notre Affaire à Tous.

Bernard Foulon

  1. https://splann.org/ ↩︎
  2. Après une enquête publique houleuse et d’âpres débats, l’État vient de l’autoriser à poursuivre l’exploitation jusqu’en 2044 en creusant une quatrième fosse d’extraction : un trou grand lui aussi comme 15 terrains de football et aussi profond que cinq immeubles parisiens empilés. ↩︎
  3. https://splann.org/wp-content/uploads/2024/11/Rapport_Bilan_5_ans_Crazius_Imerys_Glomel_2024.pdf ↩︎
  4. https://eaudumorbihan.fr/actualites/travaux-damenagement-de-lusine-de-traitement-deau-potable-de-toultreincq-et-raccordement-de-deux-forages/ ↩︎
  5. https://splann.org/nouvelle-enquete-imerys-glomel-pollution/ ↩︎
  6. https://reporterre.net/En-Bretagne-une-mine-d-Imerys-accapare-et-pollue-la-ressource-en-eau ↩︎
  7. https://www.radiofrance.fr/franceinter/l-une-des-plus-grandes-mines-europeennes-de-lithium-va-ouvrir-en-france-d-ici-2027-3063449 ↩︎
  8. https://notreaffaireatous.org/loi-industrie-verte-notre-affaire-a-tous-et-zero-waste-france-demandent-au-conseil-detat-lannulation-des-decrets-dapplication/ ↩︎