Effrayé par la montée des grèves, le gouvernement des Pays-Bas mobilise l’armée. Tout part d’une grève cheminote, profession aux conditions de travail misérables (361 jours de travail sur 365 !), avec trois particularités. Tout d’abord, elle part spontanément de la base, avec la création d’un comité de grève contre l’avis des directions syndicales et du parti Social-Démocrate. Ensuite, elle dépasse d’entrée la division corporatiste entretenue par les syndicats de métier catégoriels, en rassemblant tous les métiers des chemins de fer. Enfin, elle tend à devenir interprofessionnelle : elle commence en solidarité avec les dockers d’Amsterdam en grève, et entraîne d’autres catégories. Autrement dit, elle évolue vers une grève générale qui menace le pouvoir. Elle est répertoriée par Rosa Luxembourg comme une des grèves annonçant des temps nouveaux dans nombre de pays, dont la floraison des soviets en 1905 sera l’expression la plus spectaculaire. Enfin, elle manifeste les divergences de plus en plus fortes au sein du mouvement socialiste, entre réformistes et révolutionnaires. Dans l’immédiat elle est réprimée, mais les travailleur·es repartiront en grève quelques semaines plus tard.