Édito

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Les luttes à venir

En ce début d’année 2026, en France comme dans de nombreux pays, la situation apparaît comme étant celle d’une crise. Crise économique, crise politique, etc., au final, une crise du capitalisme. Comme le remarquent ceux et celles qui se défient de la presse contrôlée par quelques milliardaires, la “crise politique” en France est la traduction politique des difficultés du capitalisme et de l’impérialisme français : il est en déclin face à d’autres concurrents. Ce système de production a atteint ses limites, aujourd’hui de toutes parts dans les principaux États capitalistes, ce sont au fond les mêmes mesures qui s’appliquent : “compression du marché intérieur” et “baisse du coût du travail” à coups de destructions des droits sociaux et démocratiques ; volonté d’exporter à tout prix et de plus en plus difficilement les surproductions qui en résultent ; et au final, rivalités géopolitiques et marche à la guerre. Car le secteur militaro-industriel est l’un des rares qui en profite dans tous les pays concernés, avec ce “détail” : accumuler des armes, c’est se préparer à les utiliser tôt ou tard !

Cette déstabilisation des structures sociales construites durant les “Trente glorieuses” (expression par ailleurs trompeuse), provoque des réactions multiples. Des réactions du monde du travail, de la jeunesse, des quartiers populaires, qui cherchent à construire une société nouvelle sans exploitation ni oppression. Mais aussi celles de secteurs du capitalisme sacrifiés par l’internationalisation des productions et le recul des “vieux” États impérialistes. Ces secteurs regroupent des éléments des classes moyennes, de l’artisanat et des petites entreprises, de l’agriculture, etc. Les forces les plus réactionnaires – l’extrême droite en premier lieu – y interviennent pour proposer leurs solutions : écraser les classes populaires et les services publics.

Dans des mouvements sociaux récents, ces deux forces se confrontent : “gilets jaunes”, lutte contre le budget Macron-Lecornu (la fraction progressiste avec “Bloquons tout” l’a emporté), mobilisation paysanne (Coordination rurale et Confédération paysanne défendant deux projets politiques antagonistes pour l’agriculture, renvoyant aux différences sociales dans le monde agricole : propriétaires exportateurs subventionnés par l’impérialisme d’un côté, fractions prolétariennes liées au mouvement ouvrier et salarié·es agricoles de l’autre).

Cette rivalité ne se retrouve pas qu’en France, mais dans tous les pays. Elle pose la question d’organiser la lutte contre les courants d’extrême-droite – voir notre dossier dans le présent numéro ; mais aussi celle de faire face aux enjeux suivants comme l’indique Olivier Vinay dans sa présentation dudit dossier : “les difficultés à présenter des alternatives pour les mouvements politique, syndical et associatif, les échecs des dernières grandes luttes revendicatives, la perte de sens du travail salarié et d’autres « valeurs » de la société, la sensation de déchéance, la désignation des boucs émissaires…”. C’est sur ce terreau que le mouvement ouvrier organisé pourra combattre à la fois les courants les plus réactionnaires, et le capitalisme en crise dont ils sont une des expressions. Qu’il prenne la forme d’un “budget”, d’une “loi spéciale” ou d’“ordonnances”, poursuivre la lutte contre le plan d’austérité du gouvernement est un impératif.

L’institution scolaire est aussi un terrain de lutte spécifique : elle-même est en crise. Après une période de relative “démocratisation” – toujours limitée aux impératifs des classes dominantes – le capitalisme français annonce ouvertement la couleur : la sélection selon l’origine sociale, avec Parcoursup comme outil et le réseau d’enseignement privé catholique comme levier. Pour la première fois, le pouvoir planifie explicitement la réduction des poursuites d’études après le baccalauréat (ou ce qu’il en reste). Certains courants réactionnaires y opposent le retour à une “école républicaine” fantasmée, proposant comme solution l’éviction précoce d’une partie des enfants des classes populaires (notamment issues de l’immigration). Mais tous veulent renforcer la sélection sociale, l’embrigadement militariste et nationaliste. Les luttes scolaires y opposeront la perspective d’une éducation permettant à tous et toutes les jeunes d’y trouver leur place, de développer toutes leurs potentialités sans orientation précoce, dans le cadre d’un changement de société.

Quentin Dauphiné,

le 01/01/2026

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