470 pages. Je l’ai lu pour vous. En entier. J’ai dépensé 23€ pour vous les faire économiser.
Car malgré la promotion faite autour de ce livre comme “roman politique à clé, pamphlet provocateur contre la laïcité”, je n’ai trouvé là qu’un épais verbiage parisianiste sans vrai propos, se vantant lui-même de vouloir pasticher… Houellebecq !
Quant au style, c’est du lourd, du très lourd. Extrait (pp 102-103) :
“Les moines de l’abbaye d’Aurion connaissent la recette sacrée de la transsubstantiation du lait, et la divinité qu’ils convoquent, dans leurs gluantes prières n’a plus la matérialité humide de cette chimère que les garçons de ferme côtoient depuis l’enfance. Ceux-ci pressentent qu’un stade spirituel a été franchi. L’apparition du concept de Dieu sur un fromage à pâte tendre procède, pour eux, d’une logique métaphysique irréfutable, qu’il leur arrive de confondre avec leur salut.”
Roman à clé : ici c’est le camembert. Une des rares incursions en province, avec quelques pages évoquant Toulouse comme un lieu de relégation. Tout le reste se situe à Paris, les seuls dialogues étant ceux des “dîners en ville” qui sont la principale occupation des protagonistes, pratiquant les médisances cyniques qui sont le corps même du roman.

Le pitch ? L’idée est que l’aile droite du PS crée un parti laïque “le parti du 9 décembre” (clé du “Printemps Républicain”) destiné à remplacer le PS et à gagner sur le centre-droit, absorbant la macronie au passage. Et ce sur la base d’une idéologie puissante, la laïcité, déjà fortement implantée dans l’État profond. L’hégémonie culturelle est facilement gagnée grâce aux puissants, bien que rivaux, philosophes que sont Michel Onfray (rebaptisé Frayère) et Raphaël Enthoven (Taillevent). Parmi les comploteurs, on trouve aussi Philippe Val (Revêche) et Caroline Fourest (Véronique Bourny). Cette bande de méchants cyniques se réjouit de chaque attentat islamiste qui fait monter la cote de la laïcité. Cela semble bien fonctionner, malgré la lourde bêtise des protagonistes à qui l’auteur fait dire ce qu’il veut (le roman à clé évitant les procès), c’est à dire n’importe quoi.
Le cynisme fait parfois sourire (p 291) :
“Le Chanoine [=Macron] était libéral en tant qu’il était essentiellement laïc et qu’il avait érigé sa liberté de conscience en art total. Des invités de prestige ont rapporté, après les soirées de gala où ils avaient été conviés que, quel que soit l’art dans lequel ils venaient de s’illustrer, – comédie, littérature, chant ou piano – le Chanoine s’était approché d’eux, à la fin de leur prestation, non pour les féliciter mais pour leur faire savoir que, s’il l’avait voulu, il aurait sans difficulté atteint leur niveau”.
Ou encore (p 314) :
“L’idée qu’avait vendue Sauveterre [=Bellanger lui-même] était de sauver les audiences de la radio publique en proposant une émission de théologie qui serait non seulement œcuménique mais également tournée vers les questions d’actualité. Ce serait assez laïc et assez libre dans le propos, sinon carrément pop, pour qu’on puisse lui offrir la case de l’émission qui attire encore moins d’auditeurs que la messe : la demi-heure de libre pensée, animée par des francs-maçons à ce point exsangues qu’ils donnaient à croire qu’au pays de la laïcité, c’était l’irréligion qui se portait au plus mal”.
Vous l’aurez remarqué : dans tout l’ouvrage A. Bellanger écrit “laïc” (chrétien qui n’appartient pas au clergé) pour “laïque” (défenseur de la laïcité). C’est la marque de ceux qui ne connaissent pas la laïcité, ou qui cherchent à en christianiser le sens. C’est le cas ici : tous les militants laïques sont considérés ouvertement comme des religieux plus ou moins refoulés, et on a droit à tous les poncifs : “laïcards”, “le dogme laïque”, “les origines catholiques de la laïcité”.
Bellanger, dit-on, après s’être rapproché de Sarkozy à l’époque, serait plutôt aujourd’hui courtisan de Mélenchon. Dommage pour qui ?
J.D. Peypelut, LP 47
Aurélien Bellanger, Les derniers jours du Parti Socialiste, Éditions du Seuil, août 2024, 23€.