Ce qui vient d’être réalisé en Espagne est un extraordinaire exemple de ce que peut être le boycott d’Israël. N’oublions jamais que tout doit être boycotté : boycott politique, commercial, militaire, universitaire, syndical, culturel, sportif à l’image de ce qui a été appliqué contre l’Afrique du Sud de l’apartheid. En 2019, le milliardaire israélo-canadien Sylvan Adams, ami de Netanyahou, a créé l’équipe cycliste Israël-Premier Tech pour promouvoir “l’image” d’Israël. Il a engagé (sans grand succès) des champions. En France, la police a réussi à réprimer les manifestations lors du Tour de France et la télévision les a invisibilisées. En Espagne, tous les jours, les manifestations ont été tellement massives qu’elles ont interrompu la compétition à plusieurs reprises. L’abandon du maillot israélien n’a rien changé. Même le vainqueur de la Vuelta, Vingegaard a dit comprendre les manifestant·es. Un exemple à reproduire
Depuis quelques années, le Premier ministre était “maoïste”, ce qui n’a rien changé à la conduite du pays : autoritarisme, corruption des élites. La jeunesse s’est révoltée quand le pouvoir a bloqué les réseaux sociaux : 51 mort·es, le Parlement et la résidence du Premier ministre ont été incendié·es et 13 000 prisonnier·es ont été libéré·es par la force. Le pouvoir est tombé.
Dans ce pays qui est le quatrième au monde en terme de population, la mort d’un conducteur de moto-taxi écrasé par un blindé de la police a provoqué des émeutes dans tout le pays. Les manifestant.es dénoncent le coût de la vie, le train de vie des riches et le chômage des jeunes. La répression a pour bilan provisoire 10 mort.es et des milliers d’arrestations.
Le pays est dirigé par le parti travailliste. Défendre “Palestine Action” conduit à une arrestation pour “soutien au terrorisme”, par contre, participer à une manifestation raciste n’est pas un problème. À l’appel de Tommy Robinson, un clone local de Zemmour, 150 000 manifestant·es ont défilé à Londres contre les immigré.es. Une extrême droite, à l’image de celle qui déferle dans toute l’Europe, a choisi ce créneau pour prendre le pouvoir. Elle a reçu le soutien immédiat de Trump et de Musk.
L’arrivée d’Evo Morales au pouvoir date de 2006. Pour la première fois, un pays sud-américain était dirigé par un Amérindien. C’est une lutte victorieuse contre la multinationale Véolia qui s’était appropriée la distribution de l’eau à La Paz avec des tarifs extravagants, qui a permis ce changement. Morales a gouverné de façon autoritaire. Il a certes fait reculer la pauvreté et amené le gaz dans les villages andins. Mais le pays reste dépendant des trusts extractivistes. Chassé du pouvoir en 2019 par un coup d’état militaire, Morales a perdu le contrôle de son parti. Le retour de la droite au pouvoir va entraîner l’arrivée massive des multinationales pour exploiter le lithium, le pétrole, l’étain …
La gauche (avec les écologistes) arrive en tête des élections. C’est une bonne chose pour la cause palestinienne. Mais, comme dans beaucoup de pays d’Europe, l’extrême-droite (celle de Breivik) dépasse la droite classique avec près de 24% des voix.
Il existe un débat récurrent sur le fascisme. En Italie, en Allemagne, en Espagne ou plus tard en Grèce ou au Chili, il y a eu la destruction de toutes les organisations ouvrières (partis, syndicats). Aux États-Unis, c’est un peu différent. Mais le financement des universités arrêté, le ministère de la santé démantelé, les fonctionnaires licencié·es, la garde nationale envahissant les grandes villes, les camps de concentration pour immigré·es, la Cour Suprême entérinant les projets les plus délirants, ce n’est pas rien. Sans compter la participation directe du pays au génocide à Gaza.
Le pays est bien mal récompensé de manger à tous les râteliers. La plus grande base états-unienne du Proche-Orient se trouve au Qatar. En même temps, le Qatar a les meilleures relations avec l’Iran et a financé le Hamas pendant des années sans que Netanyahou n’y trouve à redire. L’attaque meurtrière israélienne contre les négociateurs du Hamas à Doha traduit l’état d’esprit des génocidaires : mettre le Proche-Orient à feu et à sang et fragmenter la région en États religieux domestiqués. Les pétromonarchies se trouvent devant un choix compliqué : quand la Knesset a annoncé un vote sur l’annexion de la Cisjordanie, le gouvernement des Émirats Arabes Unis a expliqué à Trump que cela allait l’obliger à dénoncer les accords d’Abraham. Trump a fait reculer Netanyahou. En attaquant le Qatar, Netanyahou essaie de forcer la main à son protecteur.
Le 18 septembre 2024, l’Assemblée Générale de l’ONU avait voté à une écrasante majorité l’obligation pour Israël de se retirer des territoires occupés en 1967. Le délai fixé était d’un an avant sanctions. Le vote le 10 septembre 2025 de la motion présentée par Macron et MBS fout tout en l’air. L’État palestinien qu’il est question de reconnaître est un État fantoche sans terre, sans armée, sans “Hamas”. Les vraies questions (les colonies, Jérusalem, les réfugié·es, les prisonnier·es, les réparations) sont évacuées. Et surtout, aucune sanction n’est envisagée alors que c’est la seule façon d’arrêter le génocide. Il n’y a pas que Trump qui détruit le droit international. Dans son genre, Macron est assez bon. En le traitant d’antisémite, Netanyahou est vraiment un ingrat.
L’horreur n’a pas de limite. L’ordre d’évacuer le million d’habitant·es de la ville de Gaza alors qu’iels n’ont aucune destination possible annonce des milliers de nouvelles victimes. L’arrivée de miliciens états-uniens islamophobes, anciens de la guerre d’Irak, pour tirer sur les familles venant chercher à manger montre que le camp des génocidaires ne s’arrêtera pas. Parmi les victimes récentes, les réfugiés du camp des pêcheurs.
En Israël, un bon quart des réservistes mobilisés par Netanyahou a refusé de partir à Gaza.
À l’heure où ces lignes sont écrites, deux flottilles avec à bord des centaines de volontaires dont des élu·es, des artistes, des personnalités… de plus de 40 pays sont en route pour Gaza. Face à la complicité des pays occidentaux, ils/elles nous rappellent les Brigades Internationales.