Le 27 mai a eu lieu à Poitiers le procès en appel de quatre militants condamnés en première instance pour l’organisation de la manifestation de Sainte-Soline en mars 2023. Nous publions ci-dessous l’appel à rassemblement devant le palais de justice qui rappelle les enjeux de ce procès. Il est suivi d’un rapide compte-rendu du rassemblement.

Après le procès en première instance à Niort en janvier 2024 quatre camarades devront comparaitre devant la cour d’appel de Poitiers ce mercredi 27 mai pour “organisation de manifestation illégale” dans le cadre de la mobilisation contre les méga bassines à Sainte-Soline de mars 2023 : Nicolas Girod et Benoît Jaunet (porte-paroles de la Confédération Paysanne), Benoît Feuillu (Soulèvements de la Terre) et Julien Le Guet (co-porte-parole du collectif Bassines Non Merci).
Après les révélations fracassantes de Mediapart et Libération sur les agissements infamants des gendarmes et la planification au plus haut niveau d’une répression d’une brutalité inouïe, il faut faire de ce procès un évènement qui rappelle devant le tribunal que les coupables sont à chercher du côté de l’actuel garde des Sceaux et chez le commandement de la gendarmerie.
Ce procès s’inscrit par ailleurs dans une actualité brûlante sur le front de l’eau
Les projets de méga-bassines sont partout mis à mal par les mobilisations successives et les jugements défavorables. Mais le gouvernement, inféodé à la FNSEA et au lobby agro-chimique, cherche de nouvelles voies pour les imposer avec la Loi d’Urgence Agricole. Cet appel de Sainte-Soline survient alors que le porte-parole de Bassines Non Merci, Julien Le Guet, vient déjà de subir une condamnation bâillon avec une détention à domicile sous bracelet électronique de six mois pour sa participation à des mobilisations anti-bassines.
Il s’agit donc d’en faire un moment de protestation contre les brutalités gouvernementales et policières, de solidarité avec les blessé·es de Sainte-Soline, les militant·es et porte-paroles ciblé·es par la répression et enfin de convergence pour la poursuite des luttes pour l’eau ainsi que pour un autre modèle agricole.
Pour rappel
En mars 2023, des dizaines de milliers de personnes, venues de toute la France et au-delà, se sont mobilisées pour défendre l’eau comme commun, contre son accaparement par l’agro-industrie. Une mobilisation historique, populaire, déterminée et violemment réprimée. En seulement deux heures, plus de 5 000 grenades — soit une toutes les deux secondes — ont été tirées sur la foule, dont des familles avec enfants. Plus de 200 manifestant·es ont été blessé·es dont plusieurs gravement et deux personnes se sont retrouvées entre la vie et la mort, présentant aujourd’hui encore des séquelles.
À travers le procès de l’“organisation illégale” de la manifestation de Sainte-Soline, ce sont quelques personnes, qui sont quant à elle visées par la justice pour leur qualité de porte-paroles des organisations ayant lancé l’appel à mobilisation, alors qu’il s’agit bien de toute une dynamique collective, un mouvement puissant qui s’est levé contre un monde où quelques-un·es s’approprient des ressources vitales comme l’eau au détriment du vivant, et au profit de l’agro-industrie toute puissante.
Depuis, l’État s’acharne
Violences policières assumées, volonté de dissolution, intimidations, et répression judiciaire. Les peines prononcées à Niort — prison avec sursis, amendes, interdictions de territoire — visaient à faire des exemples. À isoler. À faire peur. À faire taire.

Lors du procès en première instance les porte-paroles, inculpés, déclaraient ensemble face au juge de Niort : “On se souviendra probablement des 29 octobre 2022 et 25 mars 2023 comme de moments déclencheurs dans le tournant qui doit être pris pour protéger et partager l’eau. L’Histoire retiendra ces gestes de résistance pour sauvegarder l’intérêt général. Elle se souviendra aussi des décisions de justice qui auront su acter cet état de nécessité plutôt que d’en condamner les messagers”.
Nous le répéterons le 27 mai avec eux : la criminalisation du mouvement de défense du vivant ne passera pas. Nous refusons d’être réduit-es au silence.
Ce procès en appel est une nouvelle occasion de réaffirmer :
- que défendre l’eau face à la catastrophe écologique est une nécessité vitale ;
- que de manifester, de s’organiser et de désobéir sont des droits fondamentaux et fondateurs de notre démocratie ;
- que les luttes contre les bassines sont légitimes, ancrées et toujours aussi déterminées ;
- que des alternatives pour une agriculture paysanne existent et se pratiquent déjà ;
- que nous refusons de laisser nos camarades – simples manifestant·es ou porte-paroles – seul·es face à la machine répressive ;
- que nous nous tenons toujours au côté des blessé·es graves qui attendaient des nouvelles de leur plainte depuis près de trois ans et qui ont dû subir récemment un véritable fiasco judiciaire, allant d’auditions lunaires et complaisantes des gendarmes par l’IGGN, à la privation pure et simple de justice par un procureur zélé. Alors que ce dernier choisit de protéger les responsables du dispositif répressif, les blessé·es se sont engagé·es dans de nouvelles procédures pour obtenir réparation.
Et malgré la répression, nous continuons à avancer : des projets ont été abandonnés, d’autres suspendus, de nouveaux collectifs anti-bassines ont émergé en France et la contestation continue. Ils ne feront pas taire ce mouvement en lutte !
Si vous souhaitez soutenir financièrement, plusieurs cagnottes sont en ligne :
https://www.helloasso.com/associations/association-pour-la-defense-des-terres/formulaires/4
Poitiers 27 mai 2026
Beaucoup de monde au pied du Palais de justice de Poitiers ce 27 mai pour le procès en appel de Nicolas Girod et Benoît Jaunet (porte-paroles de la Confédération Paysanne), Benoît Feuillu (Soulèvements de la Terre) et Julien Le Guet (co-porte-parole du collectif Bassines Non Merci). Ils comparaissaient pour “organisation de manifestation illégale” dans le cadre de la mobilisation contre les méga-bassines à Sainte-Soline de mars 2023.
Un mini-village accueillait les 300 participant·es avec de multiples stands dont ceux des syndicats Solidaires, CGT et bien sûr une grande et belle et bonne cantine gérée par la Conf’ venue en force avec tracteurs et militant·es. Á l’exception du SNUipp 17, la FSU était aux abonnés absents.
Dans leurs prises de parole d’avant procès, les quatre prévenus ne se faisaient aucune illusion quant à décision judiciaire qui serait prise à leur encontre. Depuis trois ans, les militant·es anti-bassines mais aussi de nombreux et nombreuses syndicalistes sont condamné·es à de lourdes peines (cf. les six mois de détention à la maison pour Julien Le Guet) alors que l’impunité policière est totale. Coïncidence, ce procès se déroulait au lendemain des révélations de Médiapart et Libération sur le tir qui a gravement blessé Serge à Sainte-Soline. La réaction du ministre de l’Intérieur le soir même en dit long sur l’impunité des violences d’État par une justice aux ordres.
Au final, la procureure requièrt les mêmes peines qu’en première instance et la décision est mise en délibéré au 1er juillet.
En attendant, sous la canicule du jour, les systèmes d’arrosage crachent leur eau sur des milliers d’hectares de maïs destiné à l’export pendant que la FNSEA nous explique qu’elle nourrit la France…
Michel Busse