Le décès récent d’un élève de 15 ans à la suite d’un accident survenu dans le cadre de son stage soulève une vive émotion et relance les critiques contre les stages en entreprise.
Le 17 avril dernier, un élève de 15 ans, en seconde professionnelle dans le Gard, est mort alors qu’il effectuait un stage dans une entreprise de matériaux de construction. Les investigations menées jusqu’à présent ont conclu que l’élève “conduisait le chariot élévateur dans la zone extérieure du magasin de matériaux où sont stockées les marchandises lorsque, dans un virage, l’engin et le jeune se sont renversés”.
Le parquet ajoute : le stagiaire est mort “instantanément sous le poids de la machine”. En comptant les cinq morts en 2025, c’est le sixième adolescent qui meurt au travail.
Quelle place de l’entreprise dans la voie professionnelle ?
Cela pose directement la question de l’encadrement des stages de seconde dans la voie professionnelle (Périodes de Formation en Milieu Professionnel, PFMP, de quatre à six semaines), qui sont des stages de formation obligatoires pour obtenir le diplôme. Ils sont certes généralement reconnus comme utiles dans la voie professionnelle, mais, dans un contexte où les entreprises accroissent la pression managériale du fait d’exigences de rentabilité de plus en plus importantes, il y a des raisons de s’inquiéter et de s’interroger.
Il y a lieu d’abord de s’inquiéter pour la sécurité des élèves : sont-ils suffisamment préparés et encadrés dans le cadre de ces entreprises aux risques auxquels ils peuvent être exposés ?
D’autre part on peut douter de la plus-value pédagogique de ces stages. Est-ce vraiment un moment de formation ? Dans certaines filières, la question se pose. “En mécanique auto, par exemple, un apprenti ou un stagiaire peut se retrouver à dévisser des pneus à longueur de semaines : aucune plus-value pédagogique… À l’inverse, dans un atelier de lycée professionnel, les élèves vont apprendre à travailler en toute sécurité sur des pannes et des activités de plus en plus complexes” (extrait d’une tribune du Monde de janvier dernier signée par plusieurs secrétaires généraux de la CGT). Qu’en est-il dans les filières de la logistique et de la vente avec les élèves ?
Au-delà, le lycée doit en tout cas rester l’endroit privilégié de la formation professionnelle, déconnectée de tout enjeu de rentabilité, et avec des temps de formation aux risques. Or les entreprises prennent de plus en plus de place dans la voie professionnelle, notamment depuis 2023-2024, avec la possibilité d’extension du nombre de semaines de stages, qui était stable à 22 semaines sur les trois ans de formation depuis 2010. C’est une logique qui, sous couvert d’apprentissage, consiste à fournir gratuitement une main d’œuvre d’appui aux entreprises, dans le cadre d’accords entre le gouvernement et le MEDEF. Au passage, rappelons que la mise en place au sortir de la guerre de l’enseignement professionnel tel qu’il existe aujourd’hui est en quelque sorte une conquête sociale, qui a permis de sortir des millions de jeunes du pouvoir patronal qui profitait de l’absence de qualifications officielles et de formation généraliste pour les surexploiter.
Les stages d’observation de seconde aussi en question
Cela pose aussi indirectement la question des stages d’observation dans la seconde générale et technologique qui existent depuis 2024. Nous n’avons pas les moyens d’encadrer suffisamment ces stages pour prévenir du risque que ces stages d’observation se transforment en utilisation des jeunes au service de l’entreprise, sans cadre de sécurité. Dans la voie générale et technologique, en juin, les enseignant·es sont mobilisé·es par le bac, le Grand oral, etc. Ils/elles ne sont pas disponibles. Les risques observés dans la voie professionnelle existent aussi dans les stages d’observation de seconde.

Le dispositif est très inégalitaire. Le fait d’obtenir un stage qui ait du sens, ou dans une entreprise différente de celle où travaillent les parents, dépend de l’étendue du réseau social des parents, elle-même liée à leur catégorie socio-professionnelle. Les CSP+ ont un réseau de connaissances plus étendu que les parents des classes populaires, ce qui leur permet de trouver des stages prestigieux pour leurs enfants, dans un contexte très concurrentiel où tous les élèves de seconde générale et technologique de France se retrouvent en stage en même temps !
Ces stages redoublent ceux déjà effectués en classe de troisième, dont l’expérience montre qu’ils n’ont en règle générale qu’un rapport très lointain avec le projet d’orientation des jeunes. Ils ont été mis en place dans une optique de “reconquête du mois de juin”, dans un contexte ou le bac Blanquer a affaibli la capacité des établissements à gérer le bac tout en maintenant des cours pour les secondes. “Reconquête du mois du juin”, pourquoi pas, mais pour organiser des temps de remédiation pédagogique, prendre le temps pour les secondes de préparer la première, pour les premières de préparer la terminale, etc. Voire de mettre en place une aide à l’orientation (fléchée sur la DHG). Mais tout cela nécessite des moyens humains et financiers que le gouvernement ne fournit pas.
Des positions syndicales justes
Le 30 avril dernier, le SNES-FSU a pris une position très juste : “Pour ce qui concerne cette fin d’année, et comme l’année dernière, le SNES-FSU appelle tous les personnels à refuser de participer à la mise en place des stages obligatoires de juin en seconde, que ce soit pour leur préparation, leur suivi, ou leur prétendue « exploitation pédagogiques ». Nous n’avons pas à nous « mobiliser » pour un dispositif non seulement inutile mais nuisible. CPE, professeur·es, Psy-EN, occupons-nous de faire uniquement nos métiers, d’accomplir nos missions, qui sont suffisamment exigeantes. Et surtout, rassurons les élèves et les familles plutôt que de contribuer à la pression pour trouver à tout prix un stage : non, on ne joue pas son avenir sur les deux dernières semaines de son année de seconde !”
De même la CGT Éduc’Action revendique “la suppression des stages en entreprise dès la troisième et des séquences d’observation en seconde qui ne représentent pas d’intérêt et l’interdiction de l’apprentissage avant 18 ans”.
Rémi Grumel