Dijon, capitale antimilitariste le temps d’un stage intersyndical et d’une soirée thématique. Nous ne marcherons pas au pas ou comment résister aux assauts guerriers d’un capitalisme impérialiste qui charrie la mort, s’invite dans les classes et campe dans les salles des professeur·es ? Une journée pour y réfléchir et esquisser des pistes de résistance…
Il serait exagéré de prétendre qu’une foule compacte se presse aux portes du seul cinéma indépendant de Dijon mais tout de même. Nous sommes à peu près 80, un lundi soir, jour peu propice à ce type de manifestation, à être venu·es participer à une soirée thématique intitulée “Nous ne marcherons pas au pas”. Au programme, la présentation par Pierre Douillard-Lefèvre de son essai Maudite soit la Guerre suivie de la projection du film de Peter Watkins Punishment Park et d’un débat animé par Raphaël Porteilla professeur de Sciences politiques à l’université Dijon-Bourgogne et par Pierre. Programme dense qui a de quoi envoyer au tapis tant la guerre occupe les esprits et tant un sentiment de rage impuissante étreint peu à peu l’assistance. Les visages sont graves dans la petite salle trois, perchée à l’étage du cinéma.

Pierre Douillard-Lefèvre revient rapidement sur la genèse de son essai et en déroule l’argumentaire. La guerre est envisagée dans un premier temps sous la forme d’un implacable inventaire, des millions de vies humaines anéanties au cours de l’histoire (sait-on, par exemple que la conquête de la Gaule par César, pensum des élèves latinistes obligés de se taper De Bello Gallico, a fait près d’un million de mort·es ? Aucun professeur de latin ne m’a expliqué que je lisais l’œuvre d’un boucher. Ah oui, c’est vrai, il y a prescription). L’industrie d’armement et le discours actuel sur la “militarisation nécessaire” de la société apparaissent crûment pour ce qu’ils sont, des expressions naturelles des sociétés capitalistes qui, pour étendre leur pouvoir et justifier leur politique impérialiste et néocoloniale, envahissent l’espace, contaminent les esprits et justifient, à chaque étape, le recul généralisé des libertés publiques.
La soirée se poursuit, deuxième round avant KO, par Punishment Park de Peter Watkins. Je présente le film en quelques mots. Watkins, le maudit flamboyant, ennemi juré de la “monoforme” cinématographique qui détient le triste record du nombre d’œuvres censurées ou empêchées d’exister. Qui aujourd’hui aurait l’audace de proposer un film de 5h45 sur la Commune de Paris ?
Dans Punishment Park, Watkins imagine que le Mac Carran Act de 1950 est activé en 1970, en pleine guerre du Vietnam, pour permettre au gouvernement fédéral américain d’arrêter toute personne susceptible de menacer la sécurité intérieure. Sous la forme d’un faux reportage documentaire, en montage alterné de combat, une équipe de journalistes suit un groupe de jeunes activistes, condamné à passer trois jours dans un parc de redressement idéologique. L’histoire se finit mal.
Le jeu des questions/réponses s’engage, à la fois sur le film, la militarisation de la société et les stratégies mises en œuvre par les États pour anéantir toute velléité de contestation. Se dessinent les contours d’un monde sinistre qui n’est pas sans évoquer les époques les plus sombres de l’histoire du XXe siècle. Pierre Douillard-Lefevre et Raphaël Porteilla évoquent des pistes de résistance. Le pacifisme est au cœur du débat. Pierre s’en méfie, Raphaël le défend mais les deux sont d’accord sur l’essentiel, il faut s’employer à déconstruire le discours militariste sous peine d’avoir à sacrifier nos enfants comme l’a suggéré, avec la grâce d’un char d’assaut, le Chef d’état-major, Fabien Mandon.
Cette soirée faisait suite à un stage intersyndical à la Bourse du Travail de Dijon sur la militarisation de la jeunesse. Les participant·es, au fil des conférences et ateliers, ont pu concrètement s’apercevoir que l’armée, parée des plumes de paon du devoir de mémoire et de la cohésion de la Nation, s’installe en toute impunité dans nos établissements. Les adjudants Kronenbourg de tous poils débarquent en terrain conquis, scellent l’alliance contre-nature entre le ministère de l’Éducation nationale et celui des Armées. Si les enseignant·es ne prennent pas conscience dans les plus brefs délais, de cette entreprise martiale d’envergure afin de la contrecarrer, ils seront bientôt les braves soldats (les Hussards new-look ?) qui feront entrer dans la tête de tous les grands Duduche de France et d’ailleurs que la défense des intérêts de la France sur fond de drapeau tricolore, c’est vachement bath !
Sophie Carrouge