Sommaire

Sommaire

Les marins ne savent pas nager

Dominique Scali, jeune auteure québécoise, (née en 1984) journaliste au Journal de Montréal, a déjà écrit un premier roman, À la recherche de New Babylon (La Peuplade, 2015).

Elle écrit d’abord et avant tout, explique-t-elle, pour dompter les obsessions qui l’habitent, en utilisant l’imaginaire pour les exprimer : “Non, l’imaginaire, ce n’est pas juste pour les enfants ou pour le divertissement. Ce n’est pas juste une littérature de « genre » qui ne s’adresse qu’à ses fans. Ça peut aussi être une littérature de qualité qui brouille les limites des catégories, une littérature essentielle qui nous façonne et nous aide à refaçonner le monde. Je suis particulièrement fière de m’inscrire dans cette lignée”.

Dominique Scali possède, donc, un imaginaire exceptionnel, d’une richesse hors-norme et s’est appuyée sur de solides recherches pour construire son intrigue, son roman va de rebondissement en rebondissement et l‘imprévu nous surprend à tout moment, en raison d’une construction narrative logiquement pensée qui pourtant ne nuit pas au suspens.

Et que dire de la langue qui nous saisit dès la première phrase faite de tournures anciennes et d’inventions, de vocabulaire de la vieille navigation à voile et de “parler francophone” du Québec.

Au long d’une quarantaine d’années, et de 700 pages, Les marins ne savent pas nager nous entraîne dans le sillage de Danaé Berrubé-Portanguen, dite Poussin. Une orpheline qui, chose rare sur ce rocher entouré d’eau froide, sait nager et n’hésite pas à utiliser son “don” afin de se porter à la rescousse des naufragés ou pour aller piller les épaves des nombreux navires venus se fracasser sur les récifs qui entourent l’île et ses “contours trop raboteux”.

Parfaite métaphore de notre/nos sociétés contemporaines, le roman nous plonge dans une sorte de XVIIIe siècle dystopique, sur Ys, une île perdue au milieu de l’Atlantique Nord, “à égale distance de l’Europe et de l’Amérique”,qui semble parfois au large du Québec…

Faux roman historique, faux roman maritime, fausse fable politique, quoique la morale que pourraient en tirer les lecteur·trices s’appliquerait sans peine à notre XXIe siècle.

Les marins ne savent pas nager est d’abord et surtout un fabuleux roman d’aventures dans lequel se côtoient les “privilégié·es”, habitant·es la Cité et les autres, les “riverain·es”, en fait les laissés-pour-compte, né·es “du mauvais côté du mur”, à la merci des grandes marées qui frappent l’île deux fois l’an et qui emportent tout, toit, maison, habitant·es.

Et comme dans notre monde ceux et celles-ci s’opposent violemment à ceux et celles-là, dans ce qui ressemble beaucoup à une lutte de classe, et à plusieurs reprises, les “nantis” n’hésitent pas à user de la plus grande des violences à leur égard voire à tenter de les exterminer.

Roman d’aventures, pas seulement, roman d’initiation aussi qui suit pas à pas le périple de Danaé qui, malgré elle, va vivre mille vies et dont l’ascension sera toujours suivie de terribles chutes parce que rien dans ce monde, comme dans le nôtre, n’est jamais donné et que, tout le monde, bien sûr, le sait, il n’y a pas de justice immanente.

Roman enthousiasmant, sûrement, gorgé d’espoir et de personnages attachants, souvent des “riveraines”, dures au labeur mais d’une humanité, d’une solidarité sans bornes et qui font que, même au fond de l’espoir le plus noir, et surtout ensemble il y a des raisons de se relever.

Bernard F.

Les Marins ne savent pas nager, Dominique Scali, Folio, coffret T1&2, 2025, 20,50e.

À commander à l’EDMP, 8 impasse Crozatier, Paris 12, edmp-librairie@emancipation.fr