Recension du livre de Mathieu Couttenier, L’économie de la violence. À qui profite la guerre ? Enjeux et solutions, paru aux éditions Les Léonides en octobre 2025.
Avec un tel titre et une telle couverture, j’étais très enthousiaste lorsque j’ai découvert l’existence de ce livre sur les rayonnages de ma librairie de quartier. Enfin un livre qui a l’air sérieux sur l’économie de la guerre et ses profiteurs !
Le livre est écrit par un enseignant-chercheur en économie de l’ENS de Lyon. Il a une approche d’économiste mainstream, qui pense les agents économiques comme des homo œconomicus, faisant des choix rationnels en fonction des informations en leur possession.

Sur le plan théorique, Mathieu Couttenier ne fera pas référence à des écoles comme le marxisme, et ne se confronte pas à des livres incontournables sur le sujet comme L’État radicalisé de Claude Serfati. Le livre est assez déconcertant car il ne parle pas un langage militant, et on ne trouve pas vraiment trace de mobilisation collective contre un adversaire ou un ennemi. Il n’y a pas de luttes entre les classes. Le mot capitalisme est d’ailleurs absent du livre. Tout est une question d’individus : ainsi la guerre de la Russie contre l’Ukraine s’explique par le fait que Poutine soit un individu seul au pouvoir.
L’économie de la violence ne se demande pas en quoi le capitalisme porte en lui la guerre, mais comment des individus, des groupes plus ou moins délimités entrent dans “la violence armée”.
Là aussi le livre est déconcertant, car il est assez flou conceptuellement : il peut aussi bien être question de conflits armés (guerre civile), de guerre interétatique, de guerre de libération nationale contre le système colonial… L’auteur ne fait pas de différence entre les guérillas qui se disent de gauche et les paramilitaires ou bandes fascistes. Tous ces conflits armés sont faits par des agrégats d’individus dont l’auteur cherche à comprendre les motivations socio-économiques à avoir recours à “la violence”. Le premier paragraphe du livre considère d’ailleurs comme violence “les manifestations et les émeutes”.
Même si nous ne partageons pas du tout les options théoriques de l’auteur, le livre a, au moins, le mérite de dénoncer la guerre. Elle est affreuse pour toutes celles et ceux qui la subissent : hommes, femmes, enfants, tué·es, blessé·es, traumatisé·es, déscolarisé·es, malades etc.
L’auteur explicite à plusieurs endroits du livre sa démarche : il veut donner des outils d’analyse et d’action pour des décideurs politiques afin d’éviter au maximum que ce type de violence n’advienne, en sortir au plus vite et faire en sorte que la violence ne revienne pas. Sans surprise, l’éducation aurait un grand rôle à jouer dans la prévention et la reconstruction des personnes et pays violentés. Il s’agit vraiment d’analyses pour des personnes qui voudraient être de bons gouvernants. Pour ma part j’essaye d’être un bon manifestant.
Loïc
L’économie de la violence. À qui profite la guerre ?, Mathieu Couttenier, Les Leonides, 2025, 250p., 21,90e.
À commander à l’EDMP, 8 impasse Crozatier, Paris 12, edmp-librairie@emancipation.fr