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La solution : Vendre toujours plus d’armes ?

Fin décembre 2025, paraissait Les Armes, Marchandisation et fabrique d’un monde dangereux. Un livre petit et costaud. Christophe Wasinski, son auteur, est professeur en science politique à l’Université Libre de Bruxelles. Le livre n’est pas centré sur la Belgique, mais se veut être, avec modestie, un panorama mondial de l’histoire et de l’actualité de la fabrication des armes et de leur exportation.

On entend souvent dire : la France doit se réarmer car le reste du monde est menaçant. L’auteur montre exactement l’inverse : c’est parce que des pays comme la France, les États-Unis, la Russie, la Chine, ou Israël vendent des armes à tous les pays du globe, que le monde devient dangereux.

Les exemples qui parcourent le livre montrent qu’après chaque guerre, qu’elle soit mondiale, régionale, chaude, ou froide, ou en temps de paix, les entreprises d’armement se reconvertissent peu, et cherchent plutôt à convaincre les États qu’ils doivent continuer d’acheter des armes, parce qu’il y a une “menace” (soviétique hier, chinoise aujourd’hui…) ou parce qu’il existe une nouvelle version plus sophistiquée d’armes déjà en leur possession, qui est meilleure que celle de leur ennemi potentiel. Vendre des armes tous azimuts, notamment à des États qui risquent d’entrer en guerre, ou à des États particulièrement répressifs, aboutit bien souvent à ce que ces États utilisent ces armes pour mener des guerres extérieures et intérieures.

Concrètement, ces pressions des entreprises sur les États passent par le lobbying, le placement de responsables de cette industrie dans les gouvernements ou les Assemblées (pensons à Serge Dassault), les think tank, les sociétés de consultants, les écoles militaires…

Ainsi au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, quand l’industrie d’armement étatsunienne agite une abstraite menace soviétique, et réussit à faire acheter du matériel militaire à son État, la réaction de la Russie va être de s’armer réellement à son tour, ce qui confirme a posteriori le discours initial. Le discours de la menace a alimenté de nombreuses prophéties autoréalisatrices.

On notera également que quelles que soient les périodes qui nous séparent de la Seconde Guerre mondiale, répondre aux besoins de l’industrie d’armement se fait toujours au détriment des services publics, et des emplois utiles.

Le livre se clôt sur cette idée : “La réalité est que, lorsque nous appelons à l’usage des armes, éventuellement pour des raisons moralement justifiées, par exemple pour soutenir l’Ukraine attaquée par la Russie, nous devenons de fait les jouets des acteurs du champ industriel de l’armement”. Ainsi, faire campagne pour que la France arme l’Ukraine, c’est penser que cette guerre d’agression ne peut se régler qu’en armant un des camps. On s’en remet donc aux industriels qui fabriquent ces armes. Pour ma part, je pense qu’à l’inverse, on pourrait faire en sorte que la Russie ne soit pas armée, par exemple en faisant campagne pour que la France arrête de financer l’économie de guerre russe en stoppant immédiatement les achats du gaz, pétrole et d’uranium. Ceci permettrait de sortir d’un imaginaire technosolutionniste armé.

Le livre de Christophe Wasinski est passionnant de bout en bout, extrêmement bien sourcé et convainquant. Il donne envie de lire de nombreux ouvrages parmi les 300 qu’on retrouve en bibliographie. C’est donc un excellent point d’entrée pour qui veut se familiariser en quelques heures avec le sujet de la fabrique et du commerce des armes.

Loïc

Les armes, Marchandisation et fabrique d’un monde dangereux, Christophe Wasinski, Éditions de l’Université de Bruxelles, 2025, 146 p., 10 euros.

À commander à l’EDMP, 8 impasse Crozatier, Paris 12, edmp-librairie@emancipation.fr