En mars 2026, l’avocate et révolutionnaire Elsa Marcel a publié aux éditions La Fabrique “État de droit”, ordre bourgeois. Renouer avec la défense politique », un livre qui théorise à partir de sa pratique militante, dialogue avec la tradition, polémique avec ses consœurs et confrères, et vise la révolution socialiste mondiale.
Après un passage obligé voire convenu sur les reculs des libertés démocratiques dont les reculs des droits salariés et des syndicaux (chapitre 1), Elsa Marcel en tire des conclusions politiques dès le chapitre 2 : ces reculs sont les conséquences logiques d’une bourgeoisie en crise et radicalisée.

L’auteur va ainsi polémiquer (cordialement) tout au long du livre avec ce qu’elle appelle “la gauche judiciaire” : ses confrères de gauche (Arié Halimi et Raphaël Kempf), et les organisations d’avocats (Syndicat des Avocats de France et Syndicat de la Magistrature). Selon elle, tous pensent que ces attaques ne sont que des dérives. Ils considèrent qu’aujourd’hui un vrai état de droit démocratique est possible, quand Elsa Marcel dénonce le fait que le droit et l’État ne sont pas neutres : ils ne sont que la transcription d’un rapport de force social inséré dans la domination de la classe dominante. Les avocat.es militant.es font face à une justice de classe.
Ainsi l’idée centrale du livre est qu’un·e avocat·e ne peut pas bien défendre un·e militant·e en se contentant de dire le droit. Dans l’idéal il faudrait coupler une défense offensive avec la mobilisation politique de masse en dehors des tribunaux, afin de pressurer les juges et donc in fine l’État, et politiser les soutiens à la cause.
Ainsi dans le chapitre “Se réapproprier l’héritage de la défense politique” elle propose une typologie de ce type de défense, de Gisèle Halimi pendant la guerre d’Algérie qui profitait des procès de militant.es FLN pour accuser le régime colonial, à la “commission Dewey”, qui a pris la défense de Trotsky en 1937 en dehors de toute institution judiciaire contre les procès de Moscou. L’objectif est toujours de mobiliser pour mettre la pression sur l’institution, et politiser les masses.
Une autre grande qualité du livre est, certes, de montrer qu’il y a de la répression et de la criminalisation (des écolos, des soulèvements pour Naël, des soutiens à la Palestine…), mais que celle-ci n’a pas lieu que dans les manifs, on la retrouve aussi dans les entreprises, dans les grèves. Les syndicalistes font, eux et elles, aussi face à un patronat radicalisé, qui criminalise les salarié·es ou en appelle à l’État pour des réquisitions pendant les grèves (raffinage, hôpitaux…).
L’ensemble de ce spectre une fois posé, et la défense du droit par le droit étant très limitée, Elsa Marcel défend l’idée que les acquis démocratiques issus de la Révolution française, ne peuvent se défendre que de façon révolutionnaire, avec la perspective de détruire l’État bourgeois, avec comme moteur et comme centre, la classe dominée.
Si le patronat se radicalise, l’auteure rappelle qu’il y a eu des épisodes explosifs au sein de certaines entreprises : mise à sac de la préfecture de Compiègne par les Conti en 2009, chemise arrachée du DRH d’Air France en 2015, menace de faire exploser l’usine GM&S en 2017…
Ce livre intéressera évidemment tout·e étudiant·e de gauche en cursus de droit, mais aussi tout·e militant·e ayant eu à subir la répression ou l’anticipant et s’étant interrogé sur le rôle des avocat·es. Au-delà des considérations judiciaires, le livre met sur la table la perspective d’une révolution socialiste qui passe par la destruction de l’État bourgeois. Une telle proposition secoue positivement son lecteur ou sa lectrice. Personnellement j’ai été enthousiasmé à la lecture de cet ouvrage qui envisage sérieusement un changement de société de fond en comble.
Loïc
État de droit, ordre bourgeois Renouer avec la défense politique, Elsa Marcel, La Fabrique, 2026, 180 p., 14€.
À commander à l’EDMP, 8 impasse Crozatier, Paris 12, edmp-librairie@emancipation.fr