Édito

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Ras l’bol de la résilience…

Résistance !

Le capitalisme ne se contente pas de s’approprier et de marchandiser nos vies. Si on le laisse développer sa logique ultime, le profit à n’importe quel prix, c’est de toute la vie sur terre qu’il va venir à bout. L’émotion et la solidarité légitimes vis-à-vis des victimes des multiples aspects du réchauffement climatique – dont le drame népalais est un des exemples – ne doivent pas faire oublier les autres limites planétaires.

Au nombre de neuf, dont l’utilisation massive d’engrais, l’acidification des océans, la destruction de la biodiversité, des forêts, du cycle de l’eau douce, et de la couche d’ozone, l’augmentation du nombre de particules dans l’atmosphère, ces limites conditionnent la vie sur terre. Elles sont toutes dépassées ou sur le point de l’être pour les deux dernières. Les catastrophes ponctuelles deviennent des dérèglements permanents et irréversibles. Avec toutes les conséquences sur les écosystèmes qui ne retrouvent plus leur équilibre… Et sur les sociétés humaines de plus en plus déstabilisées. Les victimes directes des canicules, incendies, glissements de terrains et de glaciers et les réfugié·es climatiques sont déjà innombrables, mais ce n’est rien en rapport de ce qui doit survenir si rien ne change. Notamment les premier·es producteur·trices, les paysan·nes (je dis bien les paysan·nes pas les “agriculteur·trices” industriels), voient leurs cultures grillées, leurs animaux exsangues, et pour beaucoup ne s’en remettront pas. Et derrière toutes les chaines de l’alimentation (produits hors de prix, de mauvaise qualité) et de la santé…

Sommé de rendre des comptes sur une telle situation dont il est largement responsable, le capitalisme et ses politiques inféodé·es, affectent l’indifférence et le cynisme. Et même, au lieu de répondre aux exigences urgentes et de bon sens des citoyen·nes, iels choisissent la fuite en avant : la loi agricole dont l’“urgence” est d’imposer le contraire de ce qui est réellement urgent, l’arrêt des pesticides, des mégabassines et des mégafermes ; le détournement en faveur de la course à la guerre, on ne peut plus écocide, et de la militarisation de la société et de l’école, des milliards qui manquent à la prévention et la prise en charge des catastrophes climatiques, à la transition écologique et aux services publics utiles (protection civile, hôpital public, Éducation nationale…) ; et pour toute forme de solidarité et d’entraide indispensables dans la période, les lois et décrets sur le droit de tuer, contre la jeunesse et les migant·es et plus généralement tapis rouge pour les extrêmes droites, aux crédos climatosceptiques et fascisants mal repeints…

Face à un si calamiteux tableau, en plus dans un contexte international de guerres et de génocides abominables perpétrés par des régimes qui appartiennent à la même caste de possédant·es, on peut être tenté de céder au découragement et au fatalisme. C’est exactement ce que veulent leurs médias, leurs think tanks, leurs idéologues : isoler, diviser, casser les luttes collectives, les dynamiques alternatives.

Avec un maitre mot, “résilience” utilisé à toutes les sauces pour donner l’illusion d’un retour à l’équilibre, et donc d’une relative permanence de l’environnement et de la société, suite à des catastrophes et puis par extension à des agressions permanentes. Ce terme d’abord utilisé pour les matériaux, avec le sens du retour à l’état initial après un choc, puis en psychologie et en écologie, n’a pour les groupes humains que le sens que veulent bien lui donner les dominant·es. La résilience de la biodiversité se mesure, celle des écosystèmes après un incendie aussi et elles se dégradent notamment en raison du dépassement des limites planétaires. Mais la “résilience sociale” est un levier contre le rapport de force gagné par les luttes. Un des exemples le plus classique de “résilience” a consisté pour la société japonaise à lui faire abandonner, en quelques années après Fukushima, l’exigence très largement partagée d’en finir avec le programme nucléaire.

“Isolement, découragement, fatalité, Résilience…”, ce sont les termes de l’ennemi. Opposons leur “solidarités collectives, résistances, révoltes, révolution”, et les luttes pour que la fin du monde ne soit que celle du monde capitaliste ! Cette rentrée de mobilisations écosyndicalistes et contre Macron et son monde peut en constituer l’amorce.

Olivier Vinay

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