Émancipation


tendance intersyndicale

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Manifeste de l’Émancipation tendance intersyndicale

Issue de la scission avec l’École Émancipée en 2003, qui s’était intégrée dans l’appareil syndical réformiste de la FSU en échange de quelques strapontins, Émancipation tendance intersyndicale avait posé les grands axes de son orientation en 2005. Depuis, face aux attaques des grands capitalistes et de leurs sbires au niveau national et international, le mouvement social est traversé de nouvelles problématiques, de nouvelles formes de luttes ont émergé. Le présent Manifeste a l’ambition de répondre aux défis du temps présent et de se tourner vers l’avenir tout en restant fidèle aux principes fondamentaux définis dans le Manifeste de l’École Émancipée en 1954 réactualisé par celui d’Emancipation en 2005.

C’est quoi Émancipation tendance intersyndicale ?

Émancipation tendance intersyndicale est une tendance organisée qui défend et met en pratique, dans tous les syndicats de lutte et dans les mouvements sociaux, une orientation de transformation sociale, féministe, écologique et scolaire, radicale et progressiste. Cette orientation est donc anticapitaliste contre toute les formes de dominations, contre toutes les oppressions et répressions, pour l’auto-organisation des mobilisations sur les lieux de travail et de vie. Elle est aussi pour les formes d’action largement validées dans les luttes auto-organisées des travailleursses et de la jeunesse (grèves reconductibles, grève générale, caisses de grève, occupations, boycotts,…). Elle reconnaît les acquis opérationnels pour les luttes actuelles de différentes philosophies politiques tels que la lutte des classes, le syndicalisme révolutionnaire, l’autogestion.

Elle contribue activement à la publication et à la diffusion de la revue de tribune libre L’Émancipation syndicale et pédagogique et à faire vivre le projet coopératif du local EDMP.

Émancipation Tendance Intersyndicale

• Fédère des militant·es et des sympathisant·es d’orientations et d’origines différentes, syndicales, politiques, associatives, philosophiques, pédagogiques, qui sont en accord avec le présent Manifeste. Qu’iels soient en formation ou travaillent dans les domaines de l’éducation, de l’enseignement supérieur et de la recherche, de la formation, de l’environnement, de la justice, du social, de la protection de la jeunesse. À l’exception des forces de répression et des responsables d’autorité.

• Intervient de façon cohérente, publique et indépendante, sur la base d’une plate-forme globale (cf annexe 1), dans les structures démocratiques dont se dotent les travailleurs⋅ses et les mouvements de lutte et dans l’ensemble des syndicats résultant de l’éclatement actuel du syndicalisme : CGT, CNT, CNT-SO, FO, FSU, Solidaires, syndicats d’étudiant·es et de lycéen·nes… Dans la FSU, seule pour l’instant à reconnaître le droit de tendance, Émancipation tendance intersyndicale est représentée par la tendance Émancipation. Elle s’oppose à l’orientation de la plupart des directions syndicales dont la stratégie de journées d’actions espacées ont mené à l’échec sur les grandes batailles des dernières années (retraites, lois travail…). Leur évolution est de plus en plus réformiste, voire de collaboration de classe quand elles signent unanimement des accords inacceptables du point de vue des fondamentaux du syndicalisme, comme sur la protection sociale complémentaire (PSC), attaque majeure contre les solidarités et contre la Sécurité Sociale.

• A pour objectifs de contribuer à :

– Développer à la fois les luttes de défense quotidienne des travailleur·euses et celles qui vont dans le sens de la transformation sociale anticapitaliste, en assurant l’articulation entre ces deux tâches complémentaires prévues par la Charte d’Amiens.

– Œuvrer à la généralisation des luttes interprofessionnelles et à la préparation de la grève générale pour gagner contre l’offensive du capitalisme sur tous les fronts, dans la perspective de l’expropriation des capitalistes, du contrôle ouvrier et de l’autogestion.

– Rassembler ces luttes en visant à l’unification des organisations syndicales entre elles, mais aussi avec les structures dont se dotent les mobilisations, dans une perspective de (ré)unification syndicale, par la base et non par le sommet.

– Défendre la condition de ce rassemblement de différentes sensibilités dans une même structure syndicale, avec la reconnaissance partout d’un réel droit de tendance, qui permette aussi bien de faire vivre le pluralisme, que de se positionner en alternative aux directions syndicales et de s’opposer aux bureaucraties.

• Construit son intervention à partir de la défense des plus opprimé·es : précaires, licencié·es, chômeur·euses, exclu·es, sans-papiers, immigré·es, réprimé·es… Contribuant à leur résistance à l’oppression et à renforcer ainsi l’organisation des travailleur·euses.

• Considère comme essentielles les luttes globales qu’elle s’efforce de réinvestir dans le cadre syndical :

– Luttes contre l’extrême droite, contre les discriminations et les oppressions, contre toutes les formes de racisme ; pour l’égalité des droits des sans-papiers et mineur·es isolé·es, les revendications féministes, LGBTQI+, de la jeunesse, sans concurrence des exclusions ni instrumentalisation…

– Luttes pour la sauvegarde de l’environnement, contre le système écocidaire, qui s’imposent comme un enjeu majeur pour l’humanité, en particulier pour les classes dominées de tous les pays qui sont les premières touchées (et dans de nombreux pays à la tête des mobilisations).

– Luttes contre le pillage de la planète, l’appropriation des biens communs, comme l’eau ; luttes de solidarité internationalistes, pour l’émancipation des peuples, contre le néocolonialisme et les occupations, contre le militarisme et la guerre.

• Est particulièrement investie dans le syndicalisme et les luttes de l’Éducation nationale et de la jeunesse, considérant qu’il ne saurait y avoir de transformation sociale sans transformation de l’École et vice versa.

• S’est dotée, en cohérence avec ces principes, de structures démocratiques : Groupes Départementaux là où c’est possible, Régionales, Collèges nationaux, Semaine estivale annuelle, comprenant l’AG Statutaire regroupant les adhérent·es et abonné·es à la Revue. Les instances nationales sont préparées par une équipe responsable désignée pour deux ans, un bulletin intérieur et une liste de débat interne pour l’élaboration de son orientation, la confrontation des points de vue et expériences diverses. Les décisions sont prises au consensus ce qui permet la coopération et la mise en synergie des différentes sensibilités syndicales, politiques, pédagogiques et autres, qui se fédèrent au sein de la tendance. L’équipe responsable veille à la mise en œuvre des décisions ; un site et une liste de diffusion assurent la communication externe en lien avec la revue L’Émancipation syndicale et pédagogique.

Une tendance fidèle à son héritage,
ancrée dans l’actualité
et résolument tournée vers l’avenir

Émancipation tendance intersyndicale actualise son manifeste, son orientation et ses pratiques, pour tenir compte des mutations accélérées du monde, des attaques renforcées du capitalisme et des impérialismes, et bien sûr de l’évolution des rapports de force entre les oppresseurs et la résistance des populations, des luttes, syndicales ou bien auto-organisées.

Elle garde comme fil à plomb ses principes fondamentaux hérités de son histoire : le syndicalisme révolutionnaire des Bourses du Travail et des débuts de la CGT, en particulier la motion (“Charte”) du congrès CGT d’Amiens en 1906 ; et aussi les luttes des institutrice·teurs dès la fin du XIXe siècle pour imposer le droit syndical dans la fonction publique. Émancipation tendance intersyndicale assume la continuité de l’École Émancipée (ÉÉ) “unitaire” historique contrairement à l’École Émancipée actuelle, qui résulte de la scission par une fraction politique (LCR) qui achevait son alliance avec la direction réformiste et bureaucratique de la FSU (initiée dès la création de la FSU en 1994). L’ÉÉ actuelle a abandonné ces positions historiques fondamentales.

Les ravages d’une domination exclusive du capitalisme mondialisé et financiarisé s’aggravent, particulièrement depuis l’effondrement du système soviétique stalinien, système que nous avons toujours condamné et farouchement combattu. Les catastrophes climatiques d’une violence inouïe s’enchaînent, la concentration des richesses mondiales s’accélère au profit d’une minorité d’ultra riches prête à tout pour préserver ses intérêts, y compris à mettre au pouvoir les extrêmes droites autoritaires. Les puissances impérialistes et leurs valets perpétuent les guerres, massacres et génocides, visant à des recompositions régionales (Moyen-Orient, Afrique de l’Est…). Elles ne font même plus semblant de respecter le “droit international”, que le capitalisme a mis en place comme paravent démocratique de sa domination au niveau international. Le système capitaliste s’appuie sur des systèmes de domination (patriarcale, raciste, validiste, néo-coloniale…), ils se renforcent mutuellement.

Cette situation ne relève pas d’une crise conjoncturelle ; c’est une donnée durable et c’est le résultat du fonctionnement du mode de production capitaliste. Le discours dominant monopolisé par une poignée de milliardaires réactionnaires martèle sans cesse qu’il n’y a pas d’alternative possible. Du fait des impératifs de compétitivité, de la fuite en avant militariste et de la course aux armements, inhérents au mode de production capitaliste mondialisé et ses prolongements impérialistes, les pouvoirs, de plus en plus nombreux à être fascisants, autoritaires et/ou néolibéraux, imposent la régression sociale. Ils attaquent particulièrement les services publics et la sécurité sociale dans l’ensemble des pays riches et aggravent la situation des pays pauvres, tout en les rendant de plus en plus dépendants.

En France et dans l’ensemble de l’Europe, la social-démocratie, après avoir conditionné tout progrès social à une gestion loyale du capitalisme, en est réduite à négocier les reculs.

Les grandes centrales syndicales accompagnent cette politique. Partout, cette orientation conduit à un échec politique et social, lequel alimente les extrêmes droites.

Dans un tel contexte, un syndicalisme de transformation écologique, féministe, sociale et éducative à la hauteur de la situation doit se réapproprier les principes du syndicalisme révolutionnaire et de l’École Émancipée unitaire, qui restent d’une totale actualité et qu’Émancipation tendance intersyndicale promeut partout où elle intervient :

– La lutte entre classes exploitée et dominante : l’objectif des dominé·es dans cette lutte est la gestion directe des instruments de travail, de production et d’échange et des services publics, dans une perspective de révolution sociale, d’expropriation des capitalistes, de socialisme autogestionnaire et de disparition des classes sociales et des systèmes de dominations.

Dans la fonction publique, cette opposition dominant·es/ exploité·es se traduit par la lutte contre les hiérarchies et, “la distinction nécessaire entre fonctionnaires d’exécution et fonctionnaires d’autorité, qui ne sont pas les simples agent·es salarié·es de l’État, mais ses représentant·es direct·es. Les rapports des fonctionnaires d’exécution avec l’État sont des rapports analogues à ceux des ouvrières/ ouvriers et des patrons ; les fonctionnaires d’autorité sont l’État incarné, matérialisé. En ce sens, la lutte contre les classes dominantes se trouve transposée sous la forme d’une lutte contre l’autorité et toutes formes de répressions administratives et plus généralement de « raison d’État », ou d’obligation de réserve. II n’y a entre l’autorité, et le syndicat aucune collaboration confiante. II y a antagonisme et lutte. La lutte contre la hiérarchie fait partie de l’apprentissage de la gestion directe par les travailleur·ses” (Manifeste de l’École Émancipée 1954). Le piège du “dialogue social” dans lequel tombent de plus en plus de directions syndicales, est un outil des pouvoirs pour légitimer leurs attaques et faire perdre beaucoup de temps et de crédibilité aux syndicats (cf. supra accords sur la Protection Sociale Complémentaire).

– L’unification des situations renforce la classe dominée : la division en catégories hiérarchisées au sein des classes exploitées, l’ouverture de l’éventail des salaires, la création factice de fonctions, de titres, et de distinctions salariales ou de conditions de travail, diluent l’opposition de classe à la bourgeoisie et à l’État qui l’incarne. En particulier, dans la Fonction publique, l’unification des conditions de travail, d’emploi, des statuts et des salaires passe par le combat contre les primes au mérite, augmentations hiérarchisées des salaires, hors classes et classes exceptionnelles, avancement arbitraire, postes à profil, multiplication des statuts et des formes de précarité… Il faut y opposer des augmentations uniformes et un statut identique pour tou·tes, indépendamment de la fonction exercée à commencer par les non-titulaires qui doivent tou·tes être titularisé·es immédiatement et sans conditions. Les formations permettent l’accès à des métiers différents mais ne justifient en aucun cas ni la hiérarchie salariale ni des charges de travail inégales.

Les luttes complémentaires du champ traditionnel du syndicalisme, partout où le capitalisme produit ses ravages, en particulier là où le syndicalisme tarde à s’investir ou ne réussit pas : le sens du travail, l’environnement, le sexisme, le patriarcat, l’embrigadement de la jeunesse et le militarisme, luttes des “sans”, tous les racismes, LGBTphobies… Elles doivent être soutenues et reprises par les syndicats, mais elles doivent aussi prendre en compte les préoccupations du syndicalisme (écosyndicalisme), ainsi que les acquis théoriques et pratiques, notamment de l’intersectionnalité, de l’écoféminisme et des phases de non-mixité. Ces luttes et ces mouvements sont traversés par des orientations différentes et parfois opposées, Émancipation y porte une perspective anticapitaliste et y défend l’auto-organisation.

– Les luttes écologistes : pollutions, réchauffement climatique, gaspillage des ressources, extinction de masse des espèces… sont directement liées à la dynamique extractiviste et impérialiste du système capitaliste. Les luttes écologiques sont donc une dimension incontournable de toute lutte pour Émancipation. Elles sont traversées de débats et de courants divers, depuis le “greenwashing”, promouvant un capitalisme vert, jusqu’à des pratiques de lutte auto-organisées qui combattent le capitalisme et les “grand projets inutiles et imposés”.

– Les luttes féministes et des LGBTQIA+ : les femmes et minorités LGBTQIA+ subissent l’oppression du patriarcat en plus des autres dominations, ce qui se traduit notamment par des féminicides et la négation du droit effectif à disposer de leur corps, des violences sexuelles et sexistes, l’exploitation domestique, les inégalités salariales. Émancipation défend l’auto-organisation des luttes féministes, en privilégiant le terrain, notamment par l’organisation de grèves féministes.

– La laïcité élément-clé du rapport de force : Émancipation défend le vivre-ensemble dans l’égalité des droits, la laïcité, telle que codifiée par les lois de séparation des Églises et de l’État de 1905. Émancipation s’oppose à l’intrusion des pouvoirs religieux dans la sphère publique, elle est anticléricale et privilégie une philosophie rationaliste et athée. Toutes les religions participent à l’aliénation des peuples, parce que les pouvoirs religieux sont des acteurs de cette aliénation. Toutes les récupérations, détournements et instrumentalisation de la laïcité par les forces réactionnaires et sectaires doivent être combattues particulièrement celles de l’État et de l’extrême droite visant à stigmatiser des populations par des discours et agressions racistes (particulièrement islamophobes), et à faire de la laïcité un élément constitutif d’une identité nationale fantasmée.

– L’internationalisme contre les impérialistes, les guerres : l’internationalisme prolétarien, la solidarité internationale avec les peuples colonisés, envahis, victimes d’oppression, de pillages de leurs ressources, de guerres, de génocides sont la meilleure réponse aux menées impérialistes des États-Unis pour tenter de maintenir à tout prix leur hégémonie mondiale, et aux impérialismes russe, chinois ou de certains pays de l’Europe de l’Ouest qui veulent étendre leur propre domination capitaliste et leur territoire.

Les guerres fomentées par les impérialismes et les colonisateurs atteignent des sommets dans l’horreur en Palestine dont le peuple est opprimé depuis près de 80 ans. Cela n’est possible qu’avec le soutien des USA et de la plupart des États européens particulièrement des gouvernements de la France également puissance impérialiste et néo-coloniale, qui assimilent l’antisionisme, que défend Émancipation avec beaucoup d’autres courants progressistes, à l’antisémitisme. De son côté l’impérialisme français maintient le joug colonial sur la Kanaky, Mayotte et autres “territoires d’outre-mer”.

L’internationalisme est aussi la meilleure réponse à tous les régimes autoritaires et extrémismes religieux (islamismes radicaux, sectes évangélistes, sionisme religieux…). Chaque fois, la boussole est le soutien intransigeant aux peuples opprimés et l’action concertée des travailleur.es, et non pas l’incapacité sur toutes ces questions de l’ONU et des structures comme les confédérations syndicales internationale et européenne (CSI et CES), qui ont montré leur impuissance à les soutenir. Ces dernières n’ont de syndical que le nom et sont en fait l’antichambre d’instances au service du capitalisme mondialisé, FMI, banques mondiale et européenne. À l’opposé, les réseaux internationaux de solidarité comme le RSISL (Réseau syndical international de solidarité et de lutte, dont fait partie Émancipation), doivent permettre d’opposer des projets cohérents pour résister à l’oppression, produire, échanger et consommer autrement. Il s’agit que l’ensemble des peuples vivent décemment en maîtrisant la gestion de leurs ressources et les risques technologiques pour préserver l’environnement et la paix.

– L’opposition irréductible au militarisme, au nationalisme, au chauvinisme sous toutes leurs formes, à l’armée en tant que corps constitué, à l’embrigadement de la jeunesse, aux “économies de guerre” qui préparent les boucheries et permettent d’imposer l’austérité, la casse des droits sociaux et politiques, ainsi que le contrôle social. Les lobbies de l’armement et le commerce des armes doivent être dénoncés et combattus particulièrement quand ils alimentent des conflits contre les peuples ou des guerres coloniales (comme le font par exemple les dockers et Stop Arming Israel pour le peuple palestinien).

Ces positions sont antimilitaristes : face au gouvernement français, nous combattons en toutes circonstances la propagande militariste, les exportations d’armes et de technologies mortifères ainsi que l’augmentation des budgets militaires. Ces positions sont pacifistes au sens de choisir la paix et peuvent passer aussi par les actions de boycott et de grève, par le respect des droits humains, du droit international, par la désobéissance civile ou ldiverses formes. Il n’y a pas de paix sans justice ni démocratie : la résistance armée aux guerres de conquêtes, aux occupations et les guerres de libération des peuples n’ont pas le même sens que les guerres impérialistes générées par les capitalistes qui ne débouchent jamais sur une paix durable.

Pour un syndicalisme de lutte et de classe

Le syndicat est un instrument de lutte, de défense et d’éducation. Il doit être indépendant et irremplaçable, et devrait rassembler et organiser les travailleur·euses dans l’emploi, retraité·es ou chômeuse·eurs des différents secteurs et catégories, regroupé·es aux différents niveaux géographiques, face au patron ou à la hiérarchie de la Fonction publique, dans un syndicalisme de fédération d’industrie. Cette conception s’oppose à une construction verticale de syndicats de métiers catégoriels, nationaux souverains, qui ne cesse de tirer en arrière certains syndicats comme la FSU.

La fédération des intérêts communs doit prédominer sur le catégoriel : les services publics, tous les acquis sociaux comme les retraites par répartition à temps plein dès 60 ans au maximum, une baisse généralisée du temps de travail, les biens communs comme l’eau, la terre, l’air dans une perspective de rupture avec le capitalisme (notamment l’agriculture productiviste et l’agro-industrie promue par la FNSEA).

Le syndicat est indépendant. II refuse tout lien organique avec les partis politiques, l’État ou les Églises et d’une manière générale tout groupement extérieur (troisième préconisation de la Charte d’Amiens). Cette règle n’exclut pas la possibilité d’accords circonstanciels avec d’autres organisations non syndicales en vue de lutter contre l’ennemi de classe commun.

Des principes organisationnels valables en toutes circonstances déterminés par le respect de la démocratie interne, de l’indépendance et la volonté d’unification syndicale :

– interdiction du cumul des mandats politiques et syndicaux ;

– droit de tendance à tous niveaux, sans modalités dissuasives, et médias syndicaux pluralistes ;

– homogénéité des organes exécutifs : les tendances minoritaires ne doivent pas mettre en œuvre une orientation qu’elles combattent ;

– rotation des mandats ;

– détermination de l’orientation syndicale par des assemblées générales et des congrès réguliers (au moins annuels) et démocratiquement organisés, dans le respect des minorités ;

– unification dans le cadre de luttes et de bas en haut plutôt qu’à froid et orchestrées par les directions.

Toutes les structures existant aujourd’hui doivent être provisoires. Toutes sont menacées, à des degrés divers, par des phénomènes de bureaucratisation et d’adaptation au capitalisme et à son État, et parfois à des tentatives de prise de contrôle par des courants extérieurs au syndicat. Émancipation tendance intersyndicale prend acte de l’actuel paysage syndical. Elle respecte et soutient la pluralité des engagements syndicaux de ses militant·es. Pour autant, elle ne saurait se satisfaire de cette situation de division, qui affaiblit les luttes d’ensemble des travailleur·euses.

Dans toutes les organisations syndicales où iels interviennent, les militant·es d’Émancipation tendance intersyndicale œuvrent à l’unité d’action. Iels travaillent à l’unification syndicale et à la création d’une fédération d’industrie comme décrite supra. Parce qu’elles doivent se réunifier, les confédérations, fédérations, syndicats actuels ne constituent pas une fin en soi. L’objectif de l’unité syndicale interdit d’accepter leur pérennisation ou de jouer le jeu de leur concurrence, notamment dans les élections professionnelles, afin de se répartir les subsides d’État, instrumentalisés contre l’union et l’indépendance syndicales.

Émancipation tendance intersyndicale refuse un syndicalisme limité à la seule Éducation nationale ou même à la Fonction publique. Elle se prononce pour une confédération unitaire, interprofessionnelle des travailleuse·eurs.

Dans ce cadre, le droit de tendance devra s’imposer comme modalité de structuration du débat démocratique. Le droit de tendance est un des éléments historiquement constitutifs de l’identité d’Émancipation. Cela implique de pouvoir présenter des textes d’orientation syndicale et des listes de candidat·es au vote pour l’élection des instances délibératives là où c’est déjà possible, et de le promouvoir là où ce ne l’est pas encore avec des mesures statutaires, plutôt favorisantes que dissuasives : scrutin proportionnel au plus fort reste, absence de seuil minimum pour présenter des listes… Dans l’immédiat, tou·tes les militant·es d’Émancipation, quel que soit leur lieu d’investissement syndical, veillent à garantir le droit d’expression publique des opinions minoritaires. Iels défendent publiquement, et à tous les niveaux, leur projet d’orientation syndicale. Ce droit de tendance ne doit pas se réduire à une caution démocratique pour les directions en place, à un parlementarisme figé ou à la recherche d’une unanimité à tout prix. II impose un combat sans concession face aux directions syndicales réformistes. À l’inverse, la (ou les) tendance(s) élue(s) à l’exécutif ne doivent pas abuser de leur position pour limiter les droits et expressions des tendances minoritaires et encore moins se dédouaner sur les autres tendances des échecs liés à leur orientation réformiste et/ou cogestionnaire. Toute mise en cause ou manque de respect vis-à-vis d’une tendance est un très mauvais signe pour un syndicat sur la survie du pluralisme.

En ce qui la concerne, Émancipation défend les orientations définies dans le présent manifeste, au sein des instances des organisations syndicales où elle est reconnue en tant que tendance. Ses élu·es sont mandaté·es sur cette base, et les textes publics de la tendance sont rédigés en cohérence avec le présent manifeste. Dans les syndicats où Émancipation n’est pas reconnue comme tendance, ses militant·es font connaître, défendent et s’efforcent de mettre en pratique ses analyses et positions.

Un projet révolutionnaire
pour tous les degrés du système éducatif
comme pour la société

Émancipation tendance intersyndicale porte les exigences de laïcité et de gratuité. Elle combat pour la laïcité et défend le service public laïque et gratuit d’éducation. Elle prône la nationalisation sans indemnité ni rachat de toutes les écoles et établissements privés confessionnels, patronaux et commerciaux et leur socialisation, sous forme d’un réel contrôle populaire. Revendication d’autant plus urgente que commencent à transparaître dans beaucoup d’établissements privés, des violences sexuelles et sexistes, des brimades, des atteintes physiques et une totale absence de contrôle de l’État et des inspections, y compris pour les établissements sous contrat. Elle combat les atteintes au principe de laïcité et l’immixtion de la religion dans l’École, que ce soient par les lois anti-laïques (Debré, Guermeur, accords Lang-Cloupet, loi Carle…), les aumôneries, les systèmes concordataires d’Alsace-Moselle et de Guyane, ou par l’attribution de la collation des grades et la validation des diplômes nationaux au privé (projet de loi de casse du supérieur). Chaque élève doit pouvoir accéder à l’école jusqu’à la fin des études secondaires sans discrimination (handicap, inclusion, police du vêtement…)

Elle s’oppose à la mainmise des pouvoirs locaux sur le système éducatif, organisée par la déconcentration de la gestion du service public vers les régions, le contrôle du patronat sur la formation technique et professionnelle ou le détournement croissant de ces formations vers l’entreprise (alternance, lycée des métiers, licences professionnelles…). Elle refuse aussi le développement des formations payantes à l’Université et la marchandisation progressive de divers secteurs de l’Éducation.

L’intervention syndicale et les pratiques pédagogiques et éducatives sont intimement liées, comme cela apparaît dans le titre de la revue, et ce lien organise les revendications. Dans une société capitaliste, les rapports de force entre classes sociales s’expriment aussi sur les enjeux assignés au système éducatif. Les rapports de la société à son École sont constamment soumis aux intérêts contradictoires des classes en présence : nature des savoirs à enseigner, ouverture ou limitation de l’accès à ces savoirs, ségrégation ou démocratisation dans l’organisation scolaire (privé/public, groupes de niveaux), places et rôles des enseignant·es, des personnels agent·es, ouvrier·es, administratif·ves et des élèves au sein du processus d’enseignement et d’éducation, dimensions idéologique et éducative liées aux formes de l’éducation, de l’enseignement, valeurs des diplômes, etc.

Se situant clairement dans le camp de celles et ceux qui luttent contre l’exploitation et l’aliénation capitalistes, Émancipation tendance intersyndicale lutte pour une éducation populaire visant à une culture scolaire émancipatrice, dans la perspective de la transformation révolutionnaire de la société. En effet, il n’y a pas de pratique éducative neutre, toute pratique éducative est d’ordre politique.

II importe de refuser les “lignes” pédagogiques ou éducatives, les programmes et projets clé en mains imposés par les suppôts du capitalisme ou les associations réactionnaires, en y opposant la liberté pédagogique individuelle et collective contre les hiérarchies des chefaillons et de l’Inspection.

Un enseignement polytechnique contre l’école des filières et de la ségrégation sociale. Émancipation défend un unique service public laïque d’éducation, avec, pour tou·tes, et jusqu’à l’actuelle fin du lycée, un enseignement polytechnique et donc polyvalent, porteur de la suppression des hiérarchies entre champs disciplinaires ; ceci impose une redéfinition de la notion de travail et des savoirs à acquérir. Le but de l’école n’est pas de former des élèves à des métiers précis ou de les formater pour l’entreprise ; de même que le terrain de l’éducation, et donc de l’École, ne saurait être un nouveau et lucratif marché sur lequel faire fructifier du capital.

À l’opposé du capitalisme et du libéralisme, elle défend une pratique éducative fondée sur la coopération, favorisant l’entraide, le mutualisme contre la compétition, le collectif contre l’individualisant, l’autonomie des individu·es et la critique de tous les mécanismes de hiérarchie et de soumission. La coopération doit se traduire aussi dans l’organisation de l’encadrement éducatif adulte via le travail d’équipe et de concertation, ainsi que dans l’accès continu des travailleur·ses de l’éducation aux résultats de recherches fondamentales et de recherches-actions qui ne soient pas des béni oui-oui des pouvoirs en place.

Émancipation milite pour une pratique éducative fondée sur l’action et l’interaction, sur la rencontre des élèves avec les questions qui motivent les savoirs, car leur acquisition passe par leur construction et leur confrontation et sont à la base d’une ouverture des regards sur le monde. C’est aussi de cette manière que se forge l’esprit critique.

Tout cela suppose une réorganisation globale de la formation des personnels, du temps scolaire, des locaux, des programmes, la progression des acquisitions, l’organisation collective du travail des élèves comme des travailleur·euses de l’éducation. Il faut tendre vers une unification des statuts et des salaires des personnels, dont une étape pourrait être la création d’un corps unique des enseignant·es de la maternelle à l’université. Tous les personnels (enseignant·es, encadrant·es, agent·es…), les élèves, parents et les partenaires éducatifs doivent être associés à la gestion de l’établissement et de l’institution, dans son organisation matérielle et dans ses contenus grâce à un fonctionnement démocratique. Pour que de telles orientations trouvent une traduction réelle sur le terrain, elles nécessitent des luttes syndicales unitaires avec les assemblées générales des établissements, et leur coordination en lien avec les groupes ou mouvements pédagogiques fondés sur les pédagogies critiques et coopératives comme par exemple l’ICEM Pédagogie Freinet. Elles sont inséparables des luttes interprofessionnelles de transformation sociale.

Pour plus amples infos ou prise de contact www.emancipation.fr ;

tendance@emancipation.fr

Annexe 1 :

La plateforme revendicative d’Émancipation

Le Manifeste d’Émancipation précise son analyse du monde, de l’école et de la société capitalistes, et ses perspectives pour un changement social et scolaire. Les interventions publiques d’Émancipation en tant qu’organisation se situent en cohérence avec ces perspectives. Dans le cadre syndical, et notamment dans les instances où Émancipation est reconnue en tant que tendance, ces principes généraux se déclinent dans une plateforme revendicative d’ensemble, bien entendu adaptée à chaque situation concrète et aux enjeux tactiques. Cette plateforme reprend des positions défendues de longue date par notre tendance. Elle s’inscrit dans une perspective anticapitaliste, impliquant à terme l’expropriation et la socialisation des moyens de production et d’échange.

L’école émancipatrice

Il faut combattre toutes les politiques éducatives du pouvoir, qui visent à accentuer le tri social. Pour autant, l’école actuelle reste une école du tri social et au service du capitalisme.

Les revendications immédiates :

– abrogation de toutes les contre-réformes de Macron, qui asservissent l’école aux besoins du capitalisme, embrigadent la jeunesse : loi Rilhac, labellisation des manuels scolaires, “pacte enseignant”, “choc des savoirs”, Service national universel, Parcoursup, lois LRU, réformes des lycées (généraux, technologiques et professionnels)…

– baisse des effectifs par classe, créations massives de postes de toutes catégories ;

– défense de la liberté pédagogique individuelle et collective, qui permet des pratiques collectives fondées sur la coopération et non la compétition ;

– des moyens suffisants pour l’accueil de tou·tes les enfants à besoins particuliers ;

– défense de la laïcité (loi de 1905), nationalisation laïque de l’enseignement privé, abrogation des lois et dispositifs anti-laïques y compris la loi sur “la modernisation et la régulation de l’enseignement supérieur” (généralisant notamment la délivrance de diplômes par les établissements privés).

Les perspectives plus lointaines :

– une école sans hiérarchie entre les savoirs, fondée sur des diplômes et programmes nationaux, le droit à l’éducation pour tou.tes ;

– une scolarité sans orientation précoce jusqu’à la classe de Terminale dans la perspective d’un lycée unifié polytechnique, à l’inverse du tri social actuel. Tout.e jeune doit pouvoir développer ses potentialités dans tous les domaines ;

– un fonctionnement démocratique des écoles et établissements, sans hiérarchie entre les personnels.

Revendications corporatives/professionnelles :

– création de tous les postes statutaires nécessaires ;

– réemploi et titularisation immédiate et sans conditions de tou.tes les non-titulaires, y compris par la création de nouveaux statuts si nécessaire (AED et AESH) ;

– alignement par le haut des conditions de travail et de service ; indexation des salaires sur l’inflation et leur augmentation uniforme (400 euros en points d’indice) ; un salaire minimum à 1800 euros net.

– abrogation des contre-réformes des retraites, retour à la retraite sans décote (75 % du dernier salaire) à 60 ans, vers les 55 ans. Sécurité sociale remboursant à 100 %, fondée sur les cotisations sociales et sous contrôle des travailleur·es, à commencer par la dénonciation des accords sur la Protection sociale complémentaire et la suppression des exonérations de cotisations patronales ;

– tendre vers une unification des statuts et des salaires des personnels, dont une étape serait la création d’un corps unique des enseignant.es de la maternelle à l’université ;

– recrutement, formation initiale : pré-recrutement à l’issue du bac, deux années de formation professionnelle initiale après l’obtention du concours, rémunérées sous statut de fonctionnaire stagiaire, et une entrée progressive dans le métier, et ce pour toutes les catégories des personnels : le temps de service doit être limité à 1/3 du service d’un personnel titulaire.

La construction des solidarités

– contribuer à impulser les convergences à la base entre le mouvement syndical et les luttes qui combattent le capitalisme : luttes écologistes, luttes antiracistes et féministes, contre les violences policières…

– participer à la lutte contre le racisme, sur une base internationaliste : annulation de la dette des pays dominés, arrêt de la “Françafrique” et du néo-colonialisme, liberté de circulation et d’installation, régularisation et/ou naturalisation de tou·tes les sans-papiers et exilé·es qui le demandent, droit de vote des immigré.es à toutes les élections, abrogation de tous les dispositifs et des lois xénophobes, dont la circulaire Attal sur l’abaya.

– les luttes féministes et des LGBTQIA+ contre les féminicides, les violences sexuelles et sexistes, l’exploitation domestique, les inégalités salariales et la négation du droit effectif à disposer de leur corps. Émancipation défend l’auto-organisation des luttes féministes, en privilégiant le terrain, notamment par l’organisation de grèves féministes ;

– proposer des pratiques de solidarité internationaliste, par le soutien aux droits des peuples en lutte, et aux structures qui agissent sur ce terrain (notamment sur la question du soutien aux droits du peuple palestinien, où les militant.es d’Émancipation sont particulièrement impliqué·es) ;

– lutte contre la militarisation de la société : combat contre les intrusions de l’institution militaire et policière en milieu scolaire, abrogation de tous les partenariats entre l’école et l’armée (SNU, classes “défense”…), refus des dispositifs d’embrigadement, participation aux mobilisations antimilitaristes.

Le fonctionnement syndical

– la stratégie syndicale ne peut se limiter à des “journées d’action”, et doit refuser l’impasse du “dialogue social”. Pour cela, priorité à l’auto-organisation à partir de la base, et la démocratie directe dans les luttes : AG souveraines des personnels dans les établissements qui intègrent les syndicats et qui se coordonnent à tous les niveaux. La conduite démocratique des luttes s’articule avec la grève reconductible et la perspective de la grève générale ;

– organiser les solidarités : soutien et popularisation des luttes existantes, organisation de la solidarité (caisses de grève), solidarité collective contre la répression (des militant·es, mais aussi de la jeunesse et les quartiers populaires) ;

– pour des commissions syndicales féministes, et une implication réelle pour construire la grève féministe ;

– la structuration syndicale : elle doit dépasser l’émiettement en syndicats nationaux de catégories, au profit de structures syndicales locales regroupant toutes les catégories, sur un même lieu de travail (fédération d’industrie). Elle doit se fonder sur un fonctionnement démocratique avec notamment le droit de tendance. Elle doit viser la construction d’une confédération unitaire et interprofessionnelle.

– l’indépendance : l’action syndicale se situe en indépendance par rapport aux institutions, à l’État, aux partis politiques. Elle doit rester indépendante de toute coalition politique électorale y compris de gauche.

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