Émancipation


tendance intersyndicale

(Lyon 69) Cérémonie du 11 novembre : Non à l’embrigadement des consciences à l’École !

En novembre 2025, Macron annonçait que « nos jeunes devront participer à au moins une cérémonie commémorative par an dans chaque établissement ». La circulaire du 2 juillet 2026 instaure ainsi une « cérémonie commémorative » à l’occasion du 11 novembre, en commémoration « de la victoire et de la paix » et en « hommage à tous les Morts pour la France », pour tous les élèves à partir du CM11. À noter que depuis 2012, la loi fait du 11 novembre un hommage à tous les “Morts pour la France”, y compris en OPEX.

Une atteinte à la liberté de conscience

Macron affirme que « commémorer n’est pas célébrer ». Mais « rendre hommage » à quelqu’un c’est lui témoigner publiquement sa reconnaissance et sa gratitude (voire sa vénération et sa soumission).

Imposer aux élèves et personnels un tel hommage, c’est les obliger à témoigner publiquement reconnaissance et gratitude envers les « Morts pour la France », parmi lesquels des généraux et officiers morts pendant les guerres menées contre l’indépendance de l’Indochine et de l’Algérie.

Or la liberté de conscience est le droit d’avoir ses propres valeurs, opinions, convictions (religieuses ou non) et de pouvoir les manifester (sans troubler l’ordre public). Imposer la participation à cet hommage est donc contraire à la liberté de conscience inscrite dans la Déclaration des Droits de l’Homme de 1789 (l’École doit « faire acquérir » le « respect » de la liberté de conscience– art. L-111- Code de l’Éducation).

Une remis en cause de la démarche scientifique historique

L’histoire cherche à établir un récit le plus objectif et universel possible et à expliquer des faits. Elle est notamment construite à partir d’un ensemble de faits, la confrontation de plusieurs sources, et suit une démarche scientifique avec ses dimensions critiques. La mémoire quant à elle forme un récit partiel et subjectif et est fondée sur un ensemble de souvenirs. Les mémoires sont plurielles.

La circulaire du 2 juillet 2026 organise la confusion entre mémoire et histoire. Ainsi, il est écrit que la mémoire « permet de comprendre la manière dont les conflits contemporains ont éprouvé la vie quotidienne des populations et l’action des institutions qui en sont les gardiennes » : en quoi rendre hommage aux officiers français morts lors de la guerre contre l’indépendance de l’Algérie permettrait de « comprendre » l’« action des institutions «  ? Quid des torturés et des « Morts par la France » ? En quoi rendre hommage aux soldats morts pendant la Première Guerre mondiale permettrait de « comprendre » l’« action des institutions », les guerres pour le partage du monde ? Quid également des soldats qui ne voulaient pas « mourir pour la France », des fusillés pour l’exemple, des fraternisations sur le front ?

En outre en expliquant que les institutions sont « gardiennes » des populations, la circulaire impose une idéologie qui exclut ou atténue toute responsabilité des forces armées françaises (ou de police) dans nombre de massacres en dépit des travaux d’historiens (le massacre des tirailleurs sénégalais à Thiaroye en 1944, le massacre d’Algériens à Paris le 17 octobre 1961, le débat autour de la complicité – ou non – de l’État français dans le génocide au Rwanda en 1994…).

Jouer sur l’émotion pour forcer l’adhésion

La cérémonie obéira à des règles que le guide Eduscol précise : les élèves seront rassemblés pour un « un moment d’hommage et de recueillement » ; l’annonce « aux morts » sera suivie  d’une minute de silence, puis de la Marseillaise2 : une gestuelle qui fait appel à l’affect, visant à stimuler l’adhésion au message politique 3.

Le ministère ne s’en cache pas, cette cérémonie est un « rituel républicain ». Or, des chercheurs l’ont montré, un rite politique vise à jouer sur l’affect et le respect de règles pour permettre l’ »intégration », l’inculcation d’une « morale civique », la légitimation du pouvoir (qui organise la cérémonie) et l’affichage d’un message politique. Tout cela est opposé à la mission de l’école : former des citoyens éclairés par des savoirs et des méthodes à même de former des esprits critiques.

Un objectif politique

De fait, le ministère ne se cache pas, ou peu, du message politique et de ses objectifs. Avec la décision de rendre hommage à tous les « Morts pour la France, il s’agit de respecter l’immense majorité des décisions politiques prises par l’État français engageant l’armée française depuis 1914, notamment sa politique coloniale ou impérialiste (avec son soutien militaire à des dictatures comme celle de Émirats Arabes Unis). Il s’agit aussi de nier les oppositions à cette politique (comme les fusillés pour l’exemple), nier ou rabaisser des mémoires autres que la mémoire d’État (comme celle des familles dans lesquelles il y a des morts « par » la France).

La circulaire explique que cette cérémonie commémorative vise notamment à renforcer la « cohésion nationale ». Pour le gouvernement, cette « cohésion nationale » serait le « premier fondement de la sécurité nationale » 4: elle est nécessaire pour soutenir les interventions à l’étranger de l’Armée française et soutenir la militarisation de la société (avec la forte augmentation du budget de l’Armée qui se fait au détriment de l’École, des Hôpitaux, de la Sécurité sociale…). Macron n’a pu imposer le SNU, mais il revient à la charge, instaure un Service national volontaire, multiplie les partenariats École-Armée…

Des personnes extérieures peuvent être invitées (élus, police, gendarmerie, armée…), confortant l’orientation politique de cette cérémonie, que personne ne doit être obligé de soutenir.

Exiger l’abrogation de la circulaire : une nécessité

Les enseignants seront impliqués lors de cette cérémonie en regroupant et surveillant les élèves qui devront y participer. Des enseignants sont déjà invités à préparer des projets pédagogiques. L’espoir de détourner cette cérémonie est illusoire car cela n’efface en rien son cadre politique : un hommage à tous les “Morts pour la France”, la célébration de la “Victoire et de la Paix” (la victoire de qui ? Des ouvriers qui ont dû envoyer leurs enfants au front ou celle des marchands d’armes dont les enfants étaient protégés ?). En outre, un élève ou un enseignant peut avoir du respect pour tel ou tel « Mort pour la France » sans devoir être obligé pour autant de se recueillir en public.

Ainsi, il y a urgence à exiger que les directions syndicales se prononcent dans l’unité pour le retrait de cette circulaire du 2 juillet 2026 ; et cela d’autant plus que d’autres mesures accentuant la militarisation de l’École sont annoncées (comme la loi Blanchet déjà votée en première lecture) et qu’en dix ans de macronisme, les libertés démocratiques ont fortement reculé. Ne pas exiger l’abrogation de ce texte, c’est donner les moyens au gouvernement d’aller plus loin en imposant de nouvelles lois ou décrets.

  1. https://www.education.gouv.fr/bo/2026/Hebdo27/MENE2614920C ↩︎
  2. https://eduscol.education.gouv.fr/6420/commemorer-le-11-novembre
    ↩︎
  3. Voir par exemple Célébrations et cérémonial de la République, Claude Rivière, dans Hermès, la Revue 2005/3 (n°43), éditions CNRS ↩︎
  4. Livre Blanc sur la défense et la sécurité nationale de 2013. ↩︎


Image : monument aux morts de Dardilly (69)
« Contre la guerre, à ses victimes, à la fraternité des peuples ». Par son message pacifiste il souligne la perte humaine plutôt que la victoire, au point que le Préfet de l’époque demanda même sa démolition ! Cette œuvre exceptionnelle à plus d’un titre correspond à la volonté de la municipalité de la ville qui en avait fait la commande en 1921.


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