Le Conseil national de la FSU se réunit en cette fin du mois de mai. C’est peu dire que la situation est dangereuse pour les peuples : la guerre menace, le Moyen-Orient est ravagé et menacé du pire par les gouvernements des Etats-Unis et d’Israël. En France, de redoutables attaques pour les droits des travailleurs et travailleuses, pour la jeunesse, pour les salarié.es issues de l’immigration… se déroulent ou se préparent, alors que la militarisation progresse à marche forcée.
Dans ce contexte, les débats au sein des organisations syndicales seront importants, et encore plus s’ils débochent sur des perspectives de lutte.
Nous publions en pièce jointe la contribution de la tendance Emancipation à des débats, et ci-dessous nos interventions dans les débats. Vous pouvez écouter certaines interventions d’Emancipation en suivant ce lien.
Intervention Emancipation dans le débat général : pas de moyens, pas de rentrée
Ni dans le rapport introductif de notre secrétaire générale, ni dans le projet de texte action je n’ai entendu la petite musique -ou peut-être ça m’aura échappé- la petite musique qui monte, dès à présent et qui devrait aller en s’affirmant avant les vacances : « pas de moyens, pas de rentrée ! ».
Pourtant, à l’issue d’une année difficile, la prochaine rentrée s’annonce infaisable, dans la plupart des services publics siphonnés par les transferts budgétaires massifs vers la course à la guerre et la militarisation de la société et en en premier lieu de l’école.
Justement prenons l’exemple de l’éducation. Du fait des fermetures de postes et des budgets d’austérité imposés via les collectivités territoriales tout est à l’os : les effectifs, comme le fonctionnement. Les diktats managériaux, la priorité à un privé confessionnel complètement gangréné et la main mise de l’extrême droite avec ses milliardaires et ses parents vigilants achèvent de tout rendre insupportable : programmes, atteintes à la liberté pédagogique individuelle comme collective, quand ce n’est pas autoritarisme, harcèlement et répression. Le syndicalisme doit cette fois apporter une réponse adaptée, comme le demandent des AG et des intersyndicales à la base, ainsi que les collectifs de mobilisation.
Pourtant, à longueur des réunions d’instance les camarades déplorent « les collègues ne sont pas prêt.es », « on ne sent pas la mobilisation », « la période est difficile ».
Il est vrai que le contexte, les conditions de travail, d’emploi, de vie et les perspectives tant au niveau national qu’international, sans oublier les dizaines d’années d’échec des mobilisations syndicales, peuvent peser sur les personnels avec le découragement, manque de confiance en l’action collective et le repli individualiste.
Et d’ailleurs tout cela peut peser également, c’est sûr, sur les responsables des syndicats, confronté.es à l’habitude de l’échec, à la lassitude des éternelles revendications jamais satisfaites, ou à l’hébétude résultant des lourdes astreintes du dialogue social.
Il faut dire que les énergies syndicales pourraient être réparties différemment : moins dans les myriades de réunions de l’agenda social d’une efficacité pour le moins relative puisque les rares reculs du pouvoir -provisoires le plus souvent- sur de points mineurs sont assortis de nouvelles menaces contre les acquis. Et cette année les élections professionnelles vont encore voir les militant.es se dépasser dans la concurrence pour les moyens syndicaux.
Gageons que si une bonne partie de ces énergies étaient investies dans les mobilisations, celles-ci seraient plus efficaces. C’est assez mal parti pour cela. En effet au dernier bureau national, notre secrétaire générale a achevé de me couper le moral en lâchant que du fait de la concurrence élective on ne pouvait plus espérer d’actions unitaires dans l’éducation nationale après le mois de juin, et au niveau interpro, après le mois de septembre.
Peut-être alors, nous faut-il revenir au fondamentaux. Au dernier conseil national, des camarades nous ont rappelé la double besogne de la charte d’Amiens, mais il y-a un complément indissociable depuis les grandes luttes de ces dernières décennies : la quintuple exigence de la construction de la mobilisation : informer, impulser, étendre, coordonner, centraliser
INFORMER, les syndicats le font à peu près, mais pour « peser sur le dialogue social »
C’est toute la suite qui est défaillante :
Particulièrement IMPULSER : l’action syndicale ne saurait se borner à attendre une mobilisation de la base. Face aux attaques de plus en plus graves, l’information devrait être accompagnée de propositions d’action en rapport.
Et de toute façon, même quand la mobilisation est là malgré tout il n’y a bien souvent pas d’action syndicale à la hauteur. Comme dans la période récente de luttes partout dans les établissements et les écoles contre l’austérité budgétaire, les fermetures de postes et de classes, pour le maintien et l’extension de l’éducation prioritaire en parallèle avec les milliards pour l’armée. Voyons comment ça a dysfonctionné au niveau des termes suivants de la stratégie de mobilisation :
ETENDRE, il n’y a pas eu d’information en tant réel sur l’ensemble des établissements et écoles en lutte, contrairement à ce qui se faisait précédemment, avec des moyens techniques pourtant moins favorables.
COORDONNER, il n’y a eu que très rarement des propositions syndicales de réunions inter-villes, départementales, ni surtout au niveau national.
CENTRALISER nous avons eu cette année moins que jamais de journées d’actions limitées à l’avance et très en retard par rapport aux attentes du terrain et espacées. Et pour autant rien à la place.
Dans l’attente que ce dispositif de mobilisation revienne à l’ordre du jour des directions syndicales, heureusement nous ne sommes pas à l’abri d’un grand ras le bol.
Comme par exemple le 10 septembre. Parlons-en du 1O septembre…
Si d’aventure, nous retrouvions à nouveau dans ce cas de figure, peut-être pour l’anniversaire du 10 septembre oui à un autre moment plus inopiné, il faudrait tout faire pour contribuer au succès d’une telle mobilisation, qui nous ferait sortir de l’inertie des directions syndicales :
En particulier,
-commencer à travailler d’égal à égal, avec l’auto-organisation, plutôt que de la dénoncer ou de la nier. Et ça peut commencer dès les vacances , comme cette année
-ne pas appeler à une action avant que ne se déroule la mobilisation auto-organiser ce qui revient à l’amoindrir
-ne pas reprendre le logiciel perdant des journées espacées
Alors, dès à présent entonnons et amplifions la petite musique « pas de moyens, pas de rentrée.
Intervention Emancipation dans le débat général : bilan de l’action syndicale
Bilan de ce que nous avons accompli et obtenu.
Les syndicats, y compris au niveau professionnel, ont fait preuve d’une grande passivité tout au long de l’année scolaire. Plus encore qu’à son habitude.
L’intersyndicale , après le succès de la Journée d’Action du 18 septembre (grâce au dynamisme du mouvement » bloquons tout « ) a mis fin à la mobilisation par un pseudo ullimatum pour le 2 octobre puis s’en est remise au débat parlementaire comme seule perspective.
En mars, l’intersyndicale a ignoré les possibilités de lutte par « la Semaine Noire / bloquons tout ».
Elle s’est limitée à un appel tardif sans perspective ni volonté de reconduction , alors que dans l’éducation un nombre important d’écoles et d’établissements étaient mobilisés depuis janvier sur les dotations horaires, l’éducation prioritaire et contre la priorité budgétaire pour l’armée visant à militariser les esprits et la société.
L’enjeu maintenant n’est pas d’attendre , mais de préparer l’action pour la rentrée scolaire. Populariser une plateforme de revendication reprenant les mots ordres des « rallonges budgétaires pour l’éducation pas pour la guerre » et « pas de moyens, pas de rentrée ».
Alors , quelle est la stratégie de la FSU pour la rentrée ? À t’elle une stratégie ?
Rappelons qu’un appel à l’auto-organisation lancé à la mi-juillet a recueilli plus de 500 000 participant-e- le 10 septembre et qu’il y en aurait eu bien davantage si le Premier Ministre n’avait démissionné opportunément et si l’intersyndicale s’était concertée avec « Bloquons tout » au lieu de l’ignorer.
Intervention sur la motion Emancipation « Loi de programmation militaire »
Je commencerai par un détournement de la devise de César revisitée :
Qui veut la guerre … prépare la guerre !
La loi de programmation militaire votée en mai permet une rallonge de plus de 36 milliards d’euros pour les armées qui s’ajoutent aux 413 milliards déjà prévus, soit 4 à 9 milliards par an. Avec cette loi, le budget de la défense atteindra les 2,5 % du PIB en 2030 avec 76,3 milliards d’euros. Il était de 47,2 milliards en 2024.
A l’échelle internationale, les dépenses militaires ont quasiment atteint les 3000 milliards d’euros en 2025 ! Les dépenses pour munitions, de fabrication de drones explosent, et quand on commande des armes, c’est pour s’en servir !
La course à l’armement est une spirale infernale vers la guerre. Les guerres sont impérialistes et contre les peuples. Par ailleurs, non seulement la production d’arme est énergivore et accapare des ressources mais leur utilisation détruit tout. Il ne faudrait donc pas s’engouffrer, sous prétexte de guerre, vers une pseudo transition énergétique. Cette explosion des budgets militaires correspond à une réorientation du capitalisme, qui est dans une recherche de croissance et de profit infinis alors que le monde est fini. La militarisation croissante des sociétés s’allie aussi à un autoritarisme fascisant.
C’est d’ailleurs l’énorme problème du dispositif « état d’alerte de sécurité nationale » créé par la loi de programmation militaire.
Ce régime déclenché en cas de « menace grave et actuelle » permettra, sur simple décret de l’exécutif et pour une période de deux mois avant que le Parlement ne soit consulté, d’accroître la possibilité des réquisitions dans l’industrie de l’armement, mais aussi sur l’ensemble de la chaîne logistique civile et sanitaire, en autorisant « des dérogations temporaires à des normes de niveau réglementaire »
Le texte donne le droit de déroger au droit environnemental, de l’urbanisme ou du travail en cas de menace, sans que les critères de menace soient précisés.
C’est un état d’urgence qui ne dit pas son nom et les états d’urgence deviennent très vite la règle, comme nous l’avons vu sous Macron. Ce dispositif s’inscrit aussi dans une lente érosion des libertés publiques amorcée dès le premier quinquennat Macron : Arrestations préventives de manifestants, dissolution arbitraire d’associations au nom du « séparatisme », bureaucratisation du droit de manifester, surveillance algorithmique légalisée sous prétexte de sécurité et j’en passe.
Les droits mettent des siècles à se conquérir et quelques mois à se perdre.
La FSU doit exiger l’abrogation de cette loi et la réattribution des crédits aux services publics.
Deuxième partie de mon intervention, placée cet après midi alors qu’elle parle de formation. A Dijon le 27 avril, nous avons fait une formation intersyndicale FSU, CGT, SUD et FO, contre la militarisation de la jeunesse et pour une culture de la paix. Cette formation a été impulsée suite au constat déjà partiellement dit plus haut : augmentation du budget militaire, qui passe devant celui de l’éducation nationale, propagande pro guerrière pour préparer la population à une économie de guerre et à «être prêt à perdre ses enfants ». Cette journée de formation a rencontré un vrai succès avec une cinquantaine d’inscriptions et un intérêt manifeste des participant⋅es au programme. Nous avions découpé la journée avec une intervention sur la militarisation de la société faite par Pierre Douillard Lefèvre, auteur du livre Maudite soit la guerre, que je vous conseille vivement de lire, et Raphael Porteilla, professeur en sciences politiques. Nous avons ensuite pu entendre des mères d’élèves en lutte contre la mise en place d’une classe défense dans un collège de côte d’or. Enfin nous avons eu une double intervention d’Amélie Hart du SNES et du collectif contre la militarisation ile de France pour présenter les liens étroits entre l’armée et l’éducation.
Nous proposons que les différentes SD multiplient cette formation, je peux donner les contacts avec les différents intervenants !
Intervention Emancipation sur la rentrée scolaire
Je vais présenter une motion sur l’action qui concerne la rentrée 2026, rentrée que nous avons été nombreu.se.s à évoquer hier et c’est tout à fait naturel au regard des enjeux.
On assiste aujourd’hui à une offensive néo-libérale brutale qui n’est certes pas la première mais qui gagne en intensité et qui touche toujours plus lourdement les services publics.
Ces attaques contre les services publics sont méthodiques et suivent un calendrier qui sait s’adapter et se saisir de toutes les opportunités pour imposer une cure d’austérité, secteur par secteur, avec l’objectif politique clair de réduire les potentiels d’émergence d’une mobilisation de masse.
Cette parcellisation des attaques qui a été évoquée hier rend difficile le fait de se coordonner et d’impulser. Néanmoins, elles se multiplient et c’est pourquoi la responsabilité syndicale pour la rentrée est immense.
Pourquoi ? Et bien parce que politiquement, le corollaire de ce budget d’austérité, c’est la montée des pouvoirs autoritaires avec, là aussi, des atteintes croissantes contre nos libertés, contre nos organisations syndicales et contre les militant.e.s.
Bien que cela ne soit pas inéluctable et que nous pouvons encore agir à ce stade, il est clair que la montée de l’extrême droite se mesure concrètement partout : par le regain des organisations fascistes et neo fascistes, dans les médias, dans l’hémicycle bien sûr mais aussi à l’école où elle tente d’interférer sur les programmes.
Face à tout cela et pour revenir sur l’action et sur notre motion, pour nous, le mot d’ordre est clair : pas de moyens, pas de rentrée.
– nous refusons le budget Lecornu, la suppression des postes dans l’éducation ainsi que le maintien dans la précarité des AED et des AESH, pour lesquels nous réclamons un véritable statut et la titularisation immédiate et sans conditions
– nous refusons toutes les réformes visant à démanteler l’éducation prioritaire et à détricoter les garanties statutaires des personnels avec la réforme du concours de recrutement
– nous pensons également qu’il est important de ne plus baser notre calendrier syndical sur le calendrier institutionnel et sur le budget et de nous rapprocher des initiatives prises par le mouvement auto organisées quand elles existent (Et elles existent).
Rappelons qu’un budget, même voté, peut se moduler mais cela n’est possible qu’au prix d’un rapport de force.
Cela est d’autant plus vrai que le gouvernement dispose visiblement de marges de manœuvres budgétaires lorsqu’il estime les dépenses nécessaires. À titre d’exemple, une rallonge de 8 milliards d’euros à été accordée à la Défense, 3 mois après le vote du budget.
Par ailleurs, le refus de la militarisation de la société et de l’école est également un mot d’ordre qui nous semble incontournable aujourd’hui et dans la prochaine année.
Nous ne le répéterons jamais assez : nous refusons de saigner les services publics pour financer la guerre.
Concernant les perspectives concrètes comme l’a dit hier la camarade de Côte d’Or, certaines écoles ont déjà déposé des préavis de grève pour la rentrée.
Ces initiatives sont à soutenir et à notre sens, pour la rentrée, il faudrait encourager la tenue d’HIS sur ces questions et favoriser l’auto-organisation à la base.
Mais il faudrait aussi que les directions syndicales impulsent des mots d’ordre clairs et se lancent dans des batailles que l’on peut gagner. Autrement dit, nous ne voulons pas d’une journée d’action sans lendemain en septembre.
Les collègues pour se mobiliser ont besoin d’envisager qu’ils et elles peuvent gagner. C’est cela qui nous semble être la meilleure stratégie d’action pour lutter contre l’extrême droite ajd : permettre aux organisations syndicales, de gauche, d’emporter des victoires et ce, au plus vite.
