Nous publions ci-dessous l’intervention d’Emancipation au meeting unitaire de « Bloquons tout » tenu à Paris le 15 novembre.
Bonjour à tou·tes, je suis Olivier, membre de la tendance intersyndicale Émancipation.
“Tendance”, parce que nous ne nous reconnaissons pas dans l’orientation des directions syndicales qui mènent systématiquement à l’échec. Nous y opposons des formes d’action et des revendications pour la transformation radicale de la société et du système éducatif, anticapitalistes, écologistes, féministes…
“Intersyndicale”, parce que ses membres militent dans les différents syndicats dit de lutte, CGT, FSU, FO, Solidaires… je suis personnellement syndiqué à la FSU et élu au bureau national, où j’ai mené la bataille pour que la FSU soutienne l’appel “Bloquons tout”, en vain, comme ce fut déjà le cas pour le soutien aux Gilets jaunes.
Émancipation défend l’auto-organisation des mouvements sociaux, avec les AG souveraines et leur coordination à tous les niveaux, ainsi que leur indépendance par rapport aux syndicats. Mais attention, indépendance ne signifie pas refus de travailler ensemble sur des bases claires et égalitaires. Nous avons les unes et les autres participé à nombre de ces mouvements et devons constater que jusqu’ici ils n’ont pas plus gagné que les syndicats à de rares exceptions près.
Essayons rapidement de voir pourquoi
Pour gagner contre les pouvoirs actuels ultralibéraux et répressifs, un mouvement doit être puissant, coordonné aux différents niveaux et porteur de perspectives communes. Et j’ajouterai qu’il doit être aussi capable d’agréger autour de lui des soutiens : dans les quartiers, dans la jeunesse par exemple… et ne les oublions pas, même si ce n’est pas toujours facile dans les syndicats.
Malgré les tentatives pour affaiblir le 10 septembre (comme la démission de Bayrou ou l’annonce avant le 10 d’une journée d’action intersyndicale le 18) “Bloquons tout” peut revendiquer un grand succès surtout pour une période de rentrée : plus de 500 000 personnes en une journée, c’est énorme et enthousiasmant, quand on a vécu comme moi, tout au long de la journée, les blocages de Fontenay-sous-Bois, de Montreuil/Bagnolet, de Saint-Denis, puis les marées humaines de République, de Châtelet et de Place des Fêtes. Le dynamisme de tous ces jeunes et toutes ces personnes qui manifestaient pour la première fois ne s’était pas vu depuis longtemps.
L’appel du 10 septembre, parti de rien, s’est donné les moyens d’être puissant, en intégrant et en rénovant les pratiques de débat et de décision, les mots d’ordre et les formes d’action, dans le cadre très démocratique des AG.
C’est de toute évidence cette force du 10 qui a permis le succès du 18, mais il en fallait plus pour faire comprendre aux syndicats qu’ils devaient compter avec “Bloquons tout”.
Malheureusement peu d’AG avaient avancé sur les suites du mouvement et surtout, rien n’avait été prévu pour étendre et coordonner nationalement la mobilisation.
Du coup l’intersyndicale a définitivement pris la main avec son pseudo ultimatum et sa journée d’action bidon 15 jours plus tard et a fini d’enterrer la forte dynamique de la rentrée.
La leçon est douloureuse, mais doit nous permettre d’avancer.
Avancer d’abord sur l’indispensable coordination des AG
Les réticences à coordonner les AG jusqu’au niveau national, pour définir des perspectives communes, sont le refus du “chef”, de la concurrence pour représenter l’AG ou la peur du non-respect des mandats. Mais pour limiter ces craintes, il suffit d’organiser la rotation obligatoire et systématique de délégué·es, dûment mandaté·es à chaque fois.
Et aussi avancer sur l’impératif de déborder les syndicats dès que le mouvement est assez fort
S’il y a eu un mouvement qui a montré sa puissance et sa coordination, c’est les Gilets jaunes qui ont fait vaciller le pouvoir, malgré une lourde répression. Mais ça n’a pas suffi non plus. Il leur a manqué pour battre réellement Macron, de déborder les directions syndicales. À partir du moment où la force du mouvement avait rendu plus difficile le refus des directions syndicales d’entrer dans la danse. Il suffisait de pousser. Mais bien qu’Émancipation défende le travail avec les syndicats sur les ronds-points et dans les Assemblées des Assemblées ça n’a pas été tenté par l’ensemble des Gilets jaunes. Les directions syndicales les avaient trop méprisées. C’est pour ça qu’il faut les déborder : déborder les directions ce n’est pas un gros mot, ce n’est pas antisyndical, c’est simplement remettre les syndicats à leur place, en soutien aux mouvements sociaux.
Pour résumer, c’est en maintenant la mobilisation des AG, en les coordonnant et en offrant des perspectives, notamment dans l’AG de 20 h 30, demain toute la journée au Baranoux et tous les dimanches matin dans les rencontres interAG. Et quand le rapport de force sera suffisant, en agissant d’égal à égal avec les syndicats, en débordant les directions syndicales et en déjouant les récupérations,
C’est ainsi que nous battrons Macron, son budget et son monde.
