Émancipation


tendance intersyndicale

Quelles perspectives d’action après le 10 septembre ?

Malgré ses limites (en grande partie liées à la menace de répression sans précédent de la part du gouvernement), la journée du 10 septembre aura été une étape marquante qui initie une confrontation avec le pouvoir et ses politiques d’austérité. Une autre date de mobilisation est dans le paysage : le 18 septembre… qui pose d’autres questions pour le mouvement syndical. Le Bureau national de la FSU tenu le 15 septembre a largement abordé cette question, nous reproduisons ci-dessous l’intervention du représentant de la tendance « Emancipation » à ce sujet.

Bonjour à toutes et tous

Le minimum d’échange sur l’action que j’ai sollicité lors du dernier Bureau national n’ayant pas suffi pour faire évoluer l’exécutif avant le 10 septembre, nous allons devoir, après ce 10 septembre, réussi largement au-delà des prévisions et qui renouvelle profondément le registre militant… tirer le bilan des choix de la FSU, enfin ceux que la direction Unité et Action /Ecole Emancipée a imposés et qu’il va falloir assumer devant les personnels et devant la nouvelle génération militante aguerrie dans la préparation du 10, si compliquée dans son rapport au syndicalisme.

Certes, c’est un problème pour la plupart des syndicats réputés de lutte. Mais encore un peu plus pour la FSU. Tant les personnels de nos services publics n’en peuvent plus des agressions de la macronie et des droites de plus en plus extrêmes. Tant les positionnements fédéraux de cette rentrée ont fait le jeu de ce que la fédération affirme combattre et notamment l’extrême droite.

Le pouvoir lui a su voir le danger de l’appel au 10 septembre et a mis le paquet de ses moyens institutionnels, avec la « confiance » à l’Assemblée, avec les chaises musicales du personnel politique réactionnaire au gouvernement. Exit le politicard Bayrou, pour laisser la place au très réactionnaire et très militariste Lecornu. Demeurent les ministres « démissionnaires » Retailleau et Darmanin, qui n’ont pas fait que menacer de la répression la plus sauvage, en premier lieu contre la jeunesse et les lycéen.nes. Pendant que la FSU, qui se veut si proche de la jeunesse, oubliait de lui apporter son soutien concret dans les blocages. Voilà qui contribue à tapisser le lit de l’extrême droite.

Malgré cette mobilisation exceptionnelle pour casser la révolte du 10, celui-ci s’annonçait déjà comme un grand succès. C’était sans compter sur la gauche parlementaire, qui ne rate plus une occasion de donner raison aux campagnes médiatiques et gouvernementales sur sa division et les risques qu’une partie du mort-né NFP laisse sévir les Macrons, Le Cornu et consorts. Voilà encore une aubaine pour l’extrême droite.

C’était sans compter surtout sur le non-appel au 10 de l’intersyndicale nationale et la concurrence du 18 annoncé avant le 10. Et c’est malheureusement la direction de notre fédération qui a imposé à la FSU la position la plus tiède des syndicats dits de lutte et, excusez le terme, mais lors du dernier bureau national un camarade s’est permis de caractériser sans ménagement mon intervention, alors, on peut se lâcher, et je n’ai pas trouvé de terme plus adapté, la plus « faux-cul ».

Malgré tout, nous avons toutes et tous pu observer que les initiatives intersyndicales, lorsqu’elles ont tout de même été organisées le 10 septembre, ont rassemblé beaucoup. Et notamment énormément de jeunes, plutôt pas particulièrement syndicalistes et pour beaucoup primo-manifestant.es.

C’est la même colère qui a amené ces jeunes à assurer, par exemple à Paris, le succès du rassemblement intersyndical de Châtelet, en même temps que ceux des multiples blocages du matin, de l’initiative des « Sans » à République et du rassemblement énorme du soir à place des fêtes. C’est cette colère qui donne une nouvelle chance aux syndicats de ne pas se couper de l’énorme mobilisation citoyenne que représente le 10 et les suites que les AG lui donneront. Suites qui apparaissent comme un des derniers barrages du terrain, revendiqué et crédible, contre l’extrême droite.

Chance que ne paraît pas vouloir saisir l’intersyndicale nationale, puisqu’elle persiste à ignorer le 10 et qu’elle n’appelle même pas clairement à la grève mais à une – on ne peut plus classique pour organiser l’échec – « journée de mobilisation, y compris par la grève et la manifestation ».

Elle n’a pas appelé au 10, et persiste à le nier. Sa mise en concurrence du 18 avec le 10 a eu deux conséquences : imiter le succès du 10 et donc la dynamique du mouvement et dissuader un certain nombre de militant.es et d’AG d’entamer des grèves dures, reconduites avant le 18, ce qui ne permet pas de maintenir la mobilisation.

Voilà qui risque de faire du 18 un plan d’action à un coup, autrement dit un journée d’action isolée, parce qu’ayant freiné la dynamique du 10, avant, et sans lendemain bien assurés pour l’après ; En effet, l’intersyndicale à 8 reprend exactement le chemin perdant de la grève des retraites en n’appelant ni aux formes d’action que les AG citoyennes massives du 10 ont réfléchies et expérimentées, de mobilisation large, de blocages et d’initiatives innovantes. Et en n’appelant pas pour autant à la reconduction de la grèves, forme la plus adaptée, dans la période, de réponse du monde du travail aux politiques plus agressives que jamais de casse et d’austérité du pouvoir.

C’est vraiment la dernière limite pour changer de braquet pour concilier non pas tant « unité interpro et unité sectorielle », comme le propose notre secrétaire générale, mais plutôt concilier « unité interpro – dont autant que de besoin, sectorielle – avec unité des collectifs et AG citoyennes » ; et là, il y a du travail !


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