Émancipation


tendance intersyndicale

Conseil national de la FSU (19/06/3024) : quelle orientation syndicale contre le RN et Macron ?

Un conseil national exceptionnel de la FSU s’est tenu ce 19 juin. La situation politique nouvelle, suite à la dissolution de l’Assemblée prononcée par Macron, a bien entendu été au centre des débats. Comment faire face à la possible arrivée au pouvoir de l’extrême-droite ? Comment la combattre ? Que penser de la nouvelle union de la gauche, sous le nom de « Nouveau Front Populaire » ?

Le Conseil National de la FSU a pris position (lire cet article) après un débat nourri. Emancipation est intervenue en mettant en avant la nécessité de concevoir une lutte à la fois contre la politique de Macron et celle du RN ; pour cela, le meilleur moyen est de favoriser la construction de comités de base, et pas seulement à des fins électorales : pour organiser les luttes et les mobilisations nécessaires, qui seront indispensables quelque soit le gouvernement à l’issue de ces élections. De ce fait, nous avons déposé l’amendement suivant au texte de la direction de la FSU : à la fin de la phrase « La FSU s’investit et prend toute sa place dans les actions unitaires locales », ajouter : « notamment avec  des comités de base pérennes contre le RN et pour contrôler la satisfaction des revendications par le Nouveau Front populaire ».

Intervention Emancipation (Quentin Dauphiné)

A Emancipation, nous sommes d’accord avec une idée du texte présenté par le secrétariat national : la situation politique et sociale est exceptionnelle, il est donc cohérent que la réponse syndicale soit inhabituelle. Nous sommes en accord aussi avec l’idée de la nécessité d’une rupture avec la politique de Macron.

Dans les discussions avec les travailleurs et les travailleuses, nous pensons qu’il y a deux traits qui se conjuguent :

– tout d’abord la crainte voire la peur ; cette crainte est justifiée : si le RN arrive au pouvoir, il aura tout un arsenal de dispositifs réactionnaires mise en place par Macron, non seulement il les prolongerait mais il mettrait en place un saut qualitatif dont il y a tout à craindre.

– mais en parallèle, il y a aussi la volonté de se battre : cela s’est vu dans nombre de manifestations appelées par l’intersyndicale dimanche dernier, appel qui a constitué un élément positif. Il était visible que dans nombre de cortèges, il y avait beaucoup plus que les seuls syndicats et les seuls cadres syndicaux. Ici où là se mettent en place des comités de base.

Pour Emancipation, les dangers de l’heure impliquent une réponse syndicale cohérente qui articule quatre points liés les une aux autres :

1) il s’agit de battre politiquement le RN ET Macron : il s’agit de combattre les deux, nous ne sommes pas pour un quelconque « front républicain » qui déboucherait sur un appel à voter pour le camp de Macron, qui a mené sept ans de politique réactionnaire et qui a pavé la voie au RN.

2) battre Macron ET le RN, cela veut dire au niveau électoral voter pour les candidats et candidates du Front Populaire, et plus accessoirement pour des candidatures de partis comme Lutte Ouvrière par exemple.

3) mais battre Macron et le RN, cela ne se fera pas seulement dans les urnes. Car si certains font beaucoup référence au « Front populaire », à Emancipation nous rappelons que les principales conquêtes sociales ont été obtenues par les grèves et les occupations d’usines en juin 1936, autrement dit par l’intervention directe des travailleur et travailleuses à la base. Le vote ne suffit pas, une dynamique de lutte est nécessaire :

– l’action revendicative à partir de la base sur les lieux de travail et d’études ;

– pour travailler à une alternative politique, la mise en place de comités de base, d’assemblées populaires. Pas simplement pour faire voter, tracter et coller des affiches… mais aussi mener des discussions politiques, organiser l’auto-défense contre les groupes d’extrême-droite violents qui multiplient leur actions… et le cas échéant organiser le contrôle des élus et la satisfaction des revendications si le « Front populaire » arrive au pouvoir. Il ne s’agit pas de s’intégrer comme organisation au « Front populaire » (nous en parlerons juste après), mais d’impulser à la base de telles structures d’auto-organisation.

4) la question de l’indépendance syndicale : elle semble aller de soi à entendre certaines interventions, y compris face à un éventuelle gouvernement de gauche. A Emancipation, nous n’avons pas le « Front populaire » rencontre une relative effervescence à la base, mais c’est aussi un accord national entre partis. C’est une « union de la gauche » un peu particulière, ressemblant beaucoup à l’ancienne NUPES. Et l’union de la gauche, on a vu ce que cela pouvait donner. On l’a vu décevoir, pour ne pas dire trahir les intérêts des travailleur.es. Mais on a vu aussi que l’indépendance de la direction de la FSU n’était pas évidente sous un gouvernement de gauche, pour ne pas dire plus : souvenons-nous de la « réforme » des « rythmes scolaires ». Souvenons-nous que la FSU l’a chèrement payé ! Alors oui, pas de blanc-seing, indépendance face au gouvernement quel qu’il soit pour la satisfaction des revendications !

Intervention Emancipation (Marie Contaux)

Dans l’introduction au débat général il nous est bien dit qu’on doit attendre que les partis de gauche rassemblés dans le Nouveau Front Populaire doivent appliquer une politique de rupture. Et dans le texte « Faire Front pour Battre le RN », proposé au vote du Conseil National, il est écrit que le NFP est à même d’engager la rupture avec les politiques néolibérales. Pour nous il est clair que le moins que la FSU puisse exiger du nouveau gouvernement, c’est d’abroger les réformes, toutes les réformes de l’Éducation Nationale des 2 gouvernements Macron. Ne le faisant pas, elle est en deçà des exigences du Nouveau Front Populaire qui, dans son programme, promet l’abrogation du choc des savoirs, de rétablir la liberté pédagogique, abolir Parcours Sup, stopper le SNU. Elle est également en deçà de ce qu’exige le SNES, à savoir le retrait de la réforme initiale, de la loi de la Transformation de la Fonction Publique.

Intervention Emancipation (Olivier Vinay)

Je dépasserai les deux minutes puisque je présente l’amendement Emancipation  dont je ne suis pas assuré que la version que j’ai envoyée à Benoit soit affichée avant le vote et je demande donc que soit défalqué le temps de sa lecture. Nous proposons après l’amendement EE sur les structures locales d’ajouter : « des comités de base pérennes contre le RN et pour contrôler la satisfaction des revendications par le Nouveau Front populaire ».

 Je ne vois pas en quoi la mise en place de tels comités de base signifierait une intégration dans le NFP, comme viennent de le prétendre en série les intervenant.es U et A, apparemment tou.tes très géné.es par cet amendement. Les comités locaux contre le RN se sont mis spontanément en place de façon indépendante avant même l’existence du NFP et il serait étonnant que la FSU ne les rejoigne pas tant ils sont complémentaires des intersyndicales (à géométrie variable dans la période). Qu’en cas de victoire du NFP, ces comités puissent également contrôler la satisfaction des revendications par le NFP, cela est moins une adhésion à celui-ci que le texte proposé par le secrétariat qui adoube le PROGRAMME du NFP.

Quand notre secrétaire général annonce vouloir être exigeant par rapport aux politiques, quand le représentant de l’EE soutient qu’il faut contrôler le respect du programme du NFP, tant son échec serait dramatique et quand la même EE amende le texte sur la participation aux initiatives locales, de tels collectif, qui se mettent déjà en place avec des composantes très variables en fonction des lieux semblent bien être une des réponses les plus pertinentes à ces attentes. Il ne vous reste donc plus, chèr.es camarades, qu’à voter l’amendement proposé par Emancipation.


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