Émancipation


tendance intersyndicale

Éditorial revue n°4 (décembre 2022)

Pour une riposte à la hauteur

La crise économique actuelle ouvre à la perspective d’une récession et est la conséquence d’un ensemble de causes structurelles qui montrent que la politique d’accumulation qui est celle du néolibéralisme trouve ses limites – causes renforcées par la pandémie et la guerre en Ukraine. Les conséquences sont sans appel et frappent de plein fouet les populations déjà les plus précaires mais aussi les “classes moyennes”, puisque l’inflation généralisée – et qui va s’intensifier – concerne surtout les terrains de l’énergie et de l’alimentation.

De fait, les inégalités et les politiques réactionnaires qui les sous-tendent se développent : les femmes sont les plus touchées par les conséquences de l’inflation, tout comme les travailleur·ses les plus précaires. Mais aussi, le gouvernement profite de la crise, pour pointer des boucs émissaires et présenter, par les voix des ministres Darmanin et Dussopt, un nouveau projet de loi qui vise à durcir la politique migratoire et les OQTF, faciliter et accélérer toujours plus les expulsions, et dans le même temps donner des gages à la droite et à l’extrême droite.

C’est dans ce contexte aussi que Macron et son gouvernement réaffirment leur volonté d’impulser une nouvelle contre-réforme des retraites dès le début 2023, voire avant. Cette régression pourrait prendre la forme d’un report de l’âge légal de départ en retraite à 64 voire 65 ans, ou d’un allongement de la durée de cotisation, ou les deux. Dans tous les cas, elle aurait pour principal objectif de diminuer de manière encore plus importante le montant des pensions. Pour les travailleurs, et surtout les travailleuses qui occupent plus que les hommes des postes à temps partiel notamment, une telle contre-réforme va accroître la précarisation.

Les luttes existent, à la fois sous la forme de luttes sectorielles dans le cadre des négociations annuelles obligatoires comme chez Total, dans la grande distribution ou encore à Air France, mais aussi sur les terrains qui articulent les conséquences de la crise au modèle qui les sous-tend et devient critique pour la population et la planète. Ainsi les mobilisations pour l’écologie par exemple se développent et se sont cristallisées notamment ces derniers mois en France sur la question des mégabassines. La réponse du gouvernement a été, à Sainte-Soline le 29 octobre dernier, sans appel : la répression, tant armée que juridique. Notons, sur ce sujet que Macron anticipe une mobilisation contre la contre-réforme des retraites et annonce d’ores et déjà des mesures de répression. Il nous faudra nous y préparer, notamment par la mise en place de caisses de solidarité, au niveau des collectifs, mais aussi voire surtout au niveau syndical, pour soutenir les militant·es concerné·es.

Dans le même temps, les luttes contre les violences sexistes et sexuelles qui ont donné lieu à des manifestations partout en France fin novembre ont pour beaucoup porté des revendications anticapitalistes et dénoncé les inégalités d’accès aux soins, la casse des services publics comme celui de l’hôpital public, entraînant des difficultés pour une prise en charge digne des personnes victimes de violences.

Construire une riposte à la hauteur de tous ces enjeux nécessite de soutenir et construire à la base des cadres où chacun·e puisse s’emparer des débats et des éléments de mobilisation, de soutenir les formes d’auto-organisation existant dans les secteurs où les mobilisations se développent, et de construire un véritable mouvement de grève public-privé large et qui porte la nécessité d’une grève générale reconductible.

Karine Prévot,

le 29 novembre 2022


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