Émancipation


Tendance intersyndicale

Notre librairie (juin 2021)

Sorcières ! Disent-ils

La figure de la sorcière est de plus en plus prégnante dans la société actuelle ; néanmoins, tout le monde ne connaît pas nécessairement les origines de l’acharnement contre ces femmes, et surtout les raisons des bourreaux de mettre en place les persécutions qu’elles ont subies au fil des siècles. L’autrice a choisi de prendre comme personnages principaux de son récit, des femmes considérées comme “coupables” de sorcellerie, pour différentes raisons. Guérisseuses, magiciennes, ou simples paysannes, mais en tout cas, femmes indépendantes qui détiennent des savoirs ou qui ne correspondent pas aux codes sociétaux que les hommes voulaient imposer. Le personnage du chat noir (associé à la sorcellerie) tient lieu de “voix off” créant le lien entre les époques, montrant l’influence de ces événements sur les périodes qui lui ont succédé. Cette BD qui s’adresse aussi bien aux adolescent·es qu’aux adultes, comporte de multiples notes de bas de pages et une bibliographie intéressante qui permettent d’appuyer les propos et d’apporter des pistes de contenus supplémentaires pour approfondir le sujet. Un ouvrage très documenté, qui réhabilite ces figures émancipatrices dont on cherche à se réapproprier la puissance.

Sorcières ! Disent-ils, autrice Juliette Ihler, dessinateur Singeon, éditions Delcourt, collection Octopus, mars 2021, 144 p., 18,95 €.

Franchir les barricades

L’ auteure, Carolyn J. Eichner , professeure universitaire aux États-Unis porte ses recherches sur l’histoire des femmes et la question du genre en France et dans l’Empire colonial. Dans ce premier livre, elle démontre l’ampleur, la profondeur et les effets des socialismes féministes communard.es bien au-delà de l’insurrection de 1871. Elle se concentre sur trois femmes qui illustrent la diversité des socialismes féministes, à la fois concurrents et complémentaires : André Léo qui enseignait par le biais du journalisme et de la fiction, Élisabeth Dmitrieff qui travaillait à une organisation du pouvoir institutionnel pour les femmes de la classe ouvrière, et Paule Mink, personnalité flamboyante, très anticléricale, radicalement féministe qui haranguait les foules pour inciter à la révolte et fonder un monde socialiste égalitaire. Ce livre, très bien traduit-écrit, avec un appareil de références impressionnant, dont beaucoup d’ouvrages anglo-saxons sur le sujet, est passionnant.

Franchir les barricades, femmes dans la Commune de Paris, Carolyn J. Eichner, éditions de la Sorbonne, 2020, 320 p., 25 €.

Ce que vaut une vie

Il est désormais établi que les moyens que le contre-terrorisme met en œuvre – notamment les bombardements aériens et la torture, dont la pratique est pourtant dénoncée officiellement par les États mêmes qui en font usage – contribuent à nourrir la violence “terroriste”. L’auteur explique comment les violences commises par les professionnel.les de la guerre de l’espace euro-atlantique sont rendues “légitimes”, comment les “dégâts collatéraux” (populations frappées par ce contre-terrorisme) sont tenus cachés. Livrant une enquête magistrale sur les discours et pratiques de la guerre contre le terrorisme, Mathias Delori met au jour la manière dont les sociétés libérales, sans déshumaniser totalement les victimes des guerres qu’elles mènent, hiérarchisent incessamment la valeur des vies humaines.

Ce que vaut une vie théorie de la violence libérale, Mathias Delori, éditions Amsterdam, mars 2021, 300 p., 20 €.

La Commune au présent

Ludivine Bantigny, signe ici un livre original dans sa forme ; à travers des lettres qu’elle adresse à des Communard·es, elle nous fait revivre cette période révolutionnaire et tragique. S’appuyant sur un grand travail d’archive, elle nous fait découvrir des hommes et des femmes inconnues, sans oublier les grandes figures de la période. À travers une sorte de dialogue entre le passé et le présent, elle nous livre un récit à la fois instructif, vivant et sensible et souligne ainsi que “La Commune n’est pas morte ».

La Commune au présent, une correspondance par-delà le temps, Ludivine Bantigny, éditions La Découverte, mars 2021, 400 p., 22 €.


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