Offensive cléricale sur l’école

vendredi 9 mai 2014
par  Catherine

L’Église catholique, pour prendre toute sa place dans l’offensive de la droite et de l’extrême droite lancée depuis le mariage pour touTEs, n’a pas hésiter à instrumenter son puissant réseau d’écoles privées. Nous publions à ce propos l’intervention de Philippe LEVET, représentant Émancipation au Conseil National du SNUIPP Des 25 et 26 mars 2014.

Les mobilisations contre "le mariage pour tous"et l’égalité des droits auront au moins eu le mérite de montrer que l’Église catholique cherche à s’imposer dans le débat politique (n’hésitant pas à se présenter le plus souvent comme représentant l’ensemble des confessions et donc fédérant sa prise de parole en leur nom), notamment par le point d’appui qu’est l’enseignement confessionnel sous contrat. Invoquant le "caractère propre" des établissements qui lui sont confiés par contrat avec l’État.

L’école privée, vecteur de l’offensive sociétale

L’Église catholique n’a pas hésité à les mobiliser pour tenter d’imposer ses vues en matière sociétale. Ainsi, les directeurs diocésains de Laval, Saint-Étienne et Avignon, le secrétaire général de l’enseignement catholique contestent les ABCD de l’égalité même ceux-ci ne sont pas nommés explicitement.
Cette offensive réactionnaire tous azimuts qui vise à restaurer l’ordre moral a d’ailleurs des effets dans l’enseignement public :
- Ce sont les JRE même si leur impact réel est resté marginale.
- C’est une intervention d’une sociologue sur ’’la socialisation sexuée des enfants par le biais des jouets’’ dans un lycée de Rueil-Malmaison (Hauts-de-Seine) qui a été annulée par la proviseure par peur de réaction des parents.
- C’est l’inspection académique du Val-de-Marne qui a repoussé la représentation scolaire du spectacle "Oh Boy !", prévue pour une classe de CM1/CM2 de Bonneuil, dans l’académie de Créteil, par crainte d’une éventuelle grogne des parents d’élèves. La directrice académique (DASEN), Elisabeth Laporte, parle d’une décision "sage et de raison".

Les reculs de l’institution

- C’est une mise en garde d’une IPR Vie scolaire contre le contenu d’un ouvrage intitulé "L’art de la bande dessinée" - somme de 600 pages, référence sur le sujet - dans un mail envoyé sous couvert des chefs d’établissement à l’ensemble des professeurs documentalistes de l’académie de Limoges.
- C’est le retrait de l’album ’’Tous à poil’’ de la liste des ’’activités pédagogiques’’ conseillée pour n’être plus qu’une ’’ressource complémentaire indicative’’ des ABCD de l’égalité, suite à l’instrumentalisation de l’ouvrage par Jean-François Copé.
- C’est la remise en cause de la diffusion de ’’Tomboy’’ dans le cadre du dispositif ’’Ecole et Cinéma’’ et ’’Collège et cinéma’’. Le délégué général de l’association Les Enfants du cinéma (qui coordonne le projet) Eugène Andréansky explique : ’’Les annulations étaient marginales lorsque le film, sorti en 2011, est entré dans le catalogue. Mais à l’automne 2013, dans le contexte post-mariage pour tous, ça a commencé à coincer’’.
- C’est le livre ’’Déjouer le genre – Pratiques éducatives au collège et au lycée’’ de Hugues Demoulin chargé de mission égalité garçons-filles dans l’académie de Rouen, ouvrage destiné à être un outil de formation pour les enseignants dont la parution est bloquée depuis le mois de septembre par le SCEREN-CNDP, qui dépend du ministère de l’Éducation nationale : problème de titre ! Aux dernières nouvelles, son livre devrait paraître prochainement... sous un autre titre.

Une attaque contre les principes mêmes de la loi de 1905

De fait, l’Église catholique n’a jamais digéré la loi de 1905. Si, au fil du temps, elle a perdu son emprise sur la société, il lui reste le providentiel privilège que lui confère la loi Debré : elle a su en faire une arme redoutable de reconquête du champ politique notamment par sa demande à "participer à part entière et sans exclusive à l’aménagement du territoire éducatif dans le respect de [son] originalité". On assiste à un très clair rejet du principe politique de la loi de 1905 de séparation des Églises et de l’État : ce qui se met en place c’est une volonté d’immixtion des Églises dans l’État, c’est une tentative d’instrumentalisation de l’État par les Églises, facilitées par l’abandon de la laïcité par les forces de progrès.

Lutter contre les falsificateurs de la laïcité

C’est pourquoi l’interprétation xénophobe ou totalitaire que la droite et son extrême veulent donner de la laïcité, en en faisant une dimension d’une identité nationale fantasmée, doit être contestée par les forces de progrès. Nous ne devons pas abandonner la laïcité à ces falsificateurs et nous devons décider au contraire de soutenir celles et ceux qui se battent pied à pied contre les attaques et les dérives anti-laïques et agir pour :
- la mise en place de cadres unitaires sur le long terme sur des bases fermes et offensives pour que se construise un véritable mouvement populaire et unitaire de défense de la Laïcité en prenant tous les contacts nécessaires (syndicaux, associatifs, politiques...) ;
- la défense de la loi de 1905 ;
- l’abrogation de toutes les lois anti-laïques, depuis la loi Debré (1959) jusqu’à la loi Carle (2009),
- le soutien aux collectivités locales qui appliquent les principes laïques (suppression des financements facultatifs à l’enseignement privé, refus d’appliquer la loi Carle).

Philippe LEVET