Rythmes scolaires : Hamon consolide ce qu’a fait Peillon

samedi 3 mai 2014
par  Catherine

Le 15 avril à l’Assemblée, en réponse aux demandes des députés UMP et UDI, Benoît Hamon annonçait, qu’appuyé sur de nouvelles concertations “avec les organisations syndicales”, il proposerait “un assouplissement de l’application du décret” du 24 janvier 2013 sur les rythmes scolaires par le biais de possibles “expérimentations”. Un projet de décret “d’assouplissement” sera soumis au CSE le 5 mai prochain, au CTM, et sera publié avant fin mai, ainsi qu’une circulaire d’application.

À l’école primaire, les mesures de Hamon concernant les activités péri-éducatives (qui ne sont pas scolaires), ne peuvent faire oublier ni l’austérité budgétaire, ni la journée en plus, ni toutes les nouvelles tâches et missions qui alourdissent le travail des enseignants, ni l’attaque de notre statut, ni même la territorialisation de l’enseignement. Tout est confirmé. C’est pourquoi le retrait du décret sur les rythmes et de la loi Peillon et l’arrêt de toutes les discussions avec le gouvernement restent notre objectif. L’opposition au gouvernement est la seule issue possible et le rôle du syndicat est d’organiser toute la profession dans cet objectif.

Les directions syndicales, dont celle du SNUIPP, doivent refuser de cautionner les nouvelles propositions de Hamon qui cachent la poursuite de la destruction entamée par Peillon en refusant de participer au Conseil Supérieur de l’Enseignement au Comité Technique Ministériel qui vont se tenir début mai.
Dans son projet de décret, Hamon conserve l’essentiel tout en permettant tout type d’expérimentation au niveau des horaires et des rythmes.
Ainsi les horaires journaliers, hebdomadaires et les rythmes annuels vont être le premier instrument de la territorialisation, (soumission de l’enseignement aux communes ou EPIC) puisque ce sont les communes qui vont en décider. Le danger de l’éclatement de ces horaires porte en germe l’autonomie des établissements, donc leur concurrence à terme. Déjà sont publiés régionalement les premiers résultats de contrôles qui mettent les écoles en concurrence.

Les Projets éducatifs territoriaux qui nous soumettent aux communes ou EPIC ne sont pas supprimés

Les activités pédagogiques complémentaires (APC) sont confirmées au travers du projet de circulaire Hamon et leur utilité n’est pas vraiment de relever le niveau scolaire de l’enfant.
Le ministre peut, par le biais des APC, commencer à soumettre les enseignants du primaire aux collectivités locales : territorialisation donc. Les APC ont changé de nature cette année. Elles ont été divisées pour partie devant élèves, et pour partie en réunions préparatoires (aux horaires définis mais encore non imposées). Les heures devant élèves ont dû se soumettre à un nouveau cadrage. À Marseille, dans des écoles, elles devaient faire partie de projets donc être soumis à des objectifs compatibles avec les futurs PEDT (en gestation dans les têtes de notre hiérarchie par la voie de nos nouvelles directions d’école).

L’annualisation de nos heures d’enseignement.
Hamon introduit l’annualisation des 864 heures d’enseignement. Ce n’est pas anecdotique quand deviennent variables, d’une part, l’horaire hebdomadaire et d’autre part le nombre de semaines travaillées. Ainsi, les 36 semaines deviennent maintenant un minimum. Cela pourra varier au gré des maires ou communautés de communes, avec l’assentiment des DASEN, recteur et inspecteurs.

La demi-journée de travail en plus
Le travail se fera sur cinq jours puisque les cinq matins travaillés deviennent obligatoires. Cela fait donc bien un déplacement en plus pour aller travailler, du temps de présence en plus, et cela avec une diminution objective de notre salaire depuis 2010 et sans augmentation prévue d’ici 2017 : austérité.

La nouvelle organisation des REP+
Hamon confirme l’installation des REP+ dès 2014. Les 102 REP+ sont créés par redistribution de moyens dans le secondaire, obéissant donc au principe d’austérité. L’expérimentation REP+ a déjà commencé dans les écoles primaires appartenant à ces réseaux. Mais la suppression des moyens dits supplémentaires dans nombres de collèges ZEP doit nous alerter, car cela laisse présupposer que beaucoup ne seront pas recréés. À propos des ZEP, dans une interview récente, Peillon se félicite d’avoir pu remettre en cause de nombreux acquis (généralisation des primes, création de nouvelles hiérarchies…).

La proposition phare et ambigüe des 60 000 postes créés confirmée par Hamon
Le problème c’est que la majeure partie sont des postes précaires. Et les postes d’enseignants créés ne sont pas suffisants pour répondre à l’augmentation des élèves, tant dans le primaire que dans le secondaire.

Les solutions qu’avancent les collègues depuis toujours pour résoudre vraiment la baisse de niveau scolaire des élèves sont à l’opposé des rythmes et de la loi Peillon.
Les activités péri-éducatives sont un leurre. Par contre, sorties les activités péri-éducatives, restent la territorialisation avec les PEDT, la surcharge de travail, les nouvelles hiérarchies avec leurs nouveaux grades que sont les directeurs et les conseillers pédagogiques. Ces nouveaux dispositifs ne répondent en rien à nos besoins pour élever le niveau de nos élèves. Nos mots d’ordre ont été abandonnés dès juillet 2012, quand Hollande a invité nos directions syndicales autour d’une table. Diminuer l’effectif dans nos classes reste la vraie réponse n°1. Et en conséquence, la création de postes en nombre suffisant pour qu’aucune classe ne dépasse 20 élèves (et moins dans les ZEP). Nous laisser faire notre travail sans le surcharger inutilement. Revoir le budget de l’EN à la hausse pour nos salaires et les moyens supplémentaires nécessaires. Et bien sûr, vouloir cela, c’est sortir du cadre de discussion de dialogue social, qui nous oblige à discuter de ce qu’on n’a pas choisi, et du cadre politique décidé par le gouvernement. Il en découle qu’il faut s’opposer au gouvernement et s’organiser pour pouvoir le faire, c’est à dire utiliser les bonnes stratégies pour gagner. En tout premier se mobiliser et s’unir.

Des dispositifs qui préfigurent depuis quelques années les nouvelles missions de Peillon-Hamon

Le conseil d’école : Il gagne un droit de regard sur les projets et sur les horaires de l’école. À travers celui-ci la mairie renforce son contrôle avec un conseiller municipal ou représentant de l’EPIC en plus du représentant de la mairie. Donc territorialisation. L’administration renforcera aussi son contrôle : deux personnalités qualifiées en plus, nommées par le DASEN sur proposition de l’IEN et du maire. C’est confirmer le nouveau droit de regard mais surtout le nouveau rôle de hiérarchie des élus locaux sur l’enseignement et l’enseignant.

L’institutionnalisation du concept de projet : Le projet est, depuis quelques années déjà, le souci majeur dans nos écoles au détriment du reste. Les projets sont souvent fournis clés en mains, pas toujours financés, médiatisés et nous font parfois jouer un rôle politique. Ces projets monopolisent souvent nos discussions et nos réunions et relèguent les autres préoccupations qui devraient nous animer. Ces projets sont une anticipation des PEDT.

La recherche de financement : Le but de la nouvelle Éducation Nationale (intégrant les nouvelles notions capitalistes de concurrence, rentabilité, utile à l’entreprise), c’est aussi de transformer l’enseignant en entrepreneur. Pour cela, il faut le rendre conscient du fait que tout a un coût. La nouvelle occupation chronophage qui en découle, c’est le financement des projets qui a tout à voir avec une nouvelle tâche qui est de fournir de la main d’œuvre à nos entreprises nationales qui ont besoin d’enseignants conscients des “vraies valeurs”.

Les achats pédagogiques : sont diligentés et surveillés très étroitement déjà dans certaines villes. Ainsi, impossible d’acheter certains manuels, ou matériels pédagogiques quelconques, car ils n’appartiennent pas au choix qu’ont fait nos élus. Il s’agit donc bien de décisions pédagogiques et politiques prises par eux. Notre liberté pédagogique est bien remise en cause de ce point de vue. Une mairie qui a fait le choix du tout numérique va tout faire pour rendre impossible l’achat de tout ou partie des manuels scolaires. Autre exemple, une mairie xénophobe rendra très difficile l’accès à du matériel qui encouragerait l’ouverture aux autres cultures ou autres pays.

La liberté pédagogique individuelle remplacée par l’autonomie pédagogique de l’équipe
L’ “autonomie pédagogique de l’équipe” est une notion, qui de fait, prépare la soumission des enseignants au directeur d’école. Sa nouvelle attribution de responsable pédagogique, va de plus, dans le sens de l’autonomie des établissements. Concurrence et division de la profession en sont les conséquences directes.

28 avril 2014, Marie Contaux