La mise en place des rythmes aux Mureaux

lundi 14 octobre 2013
par  Catherine

Dans son article "Bilan d’une mobilisation" publié dans L’Émancipation syndicale et pédagogique n°9, mai 2013, Germain Cannevière faisait le récit de la mobilisation contre les nouveaux rythmes aux Mureaux. Il dresse ici un premier état des lieux de leur a mise en place imposée.

C’est contre la mobilisation des enseignants et des parents que la municipalité des Mureaux (Yvelines) met en place à cette rentrée le décret sur les “rythmes scolaires”.

Les horaires des groupes scolaires (maternelles et élémentaires) sont organisés de façon alternée. La ville est partagée en deux zones. La classe commence à 8h30 et finit à 15h (le lundi et le jeudi) dans la moitié des écoles de la ville, alors que dans les autres écoles, la classe commence à 8h30 et finit à 16h. Et vice versa pour le mardi et le vendredi. Dans toutes les écoles, la pause méridienne est de 1h3/4, de 12h à 13h45. Le mercredi, il y a classe de 8h30 à 11h30.

Des engagements non tenus

En juin, la mairie s’était engagée à ce que tous les enfants de la ville puissent bénéficier des temps péri-éducatifs gratuitement tous les jours (sauf le mercredi) jusqu’à 16h30 (de 15h à 16h30 ou de 16h à 16h30 suivant les jours). Or, dès la deuxième semaine de la rentrée, ce dispositif est retiré. Les soirs ou la classe se termine à 16h, les parents doivent récupérer leurs enfants.

Tous les animateurs embauchés (plus de 200) par la mairie devaient être titulaires du BAFA. Or, un nombre très important d’animateurs ne l’a pas. Les associations de la ville sont sollicitées pour participer au dispositif municipal.

La mairie sollicite également les enseignants. Quand l’inspectrice demande des volontaires pour encadrer le péri-scolaire et qu’on lui répond que les enseignants se sont battus contre le décret, elle rétorque que nous sommes dans la vengeance.

Le chaos organisé

La première semaine, c’est le chaos organisé. Les animateurs (nous devons dire : “intervenants spécialisés”) ne savaient pas ce qu’ils devaient faire, quels enfants encadrer. Quelques uns arrivent avant l’heure, puis repartent. Le gros de la troupe revient après la sonnerie, en ordre dispersé, les uns après les autres. En élémentaire, les enseignants leur confient leur groupe classe. Ils ne savent pas quoi en faire. Certains, en pleine improvisation, demandent des salles, ou des ballons. Ils n’ont pas la liste des élèves, alors que ces listes ont été communiquées à la mairie. Les classes à double niveaux n’ont pas été prévues dans l’organisation. Des enfants essaient de partir à 15 heures, se sauvent, font des crises.

Toutes les classes de maternelle sont occupées par le périscolaires. Les “animateurs” ne savent pas quoi faire pendant une heure et demie. Ils n’ont pas de matériel. Pendant une heure et demie, chant-coloriage, coloriage-chant. Les enfants finissent debout sur les tables ou se battent.

Les enseignants refusent que le matériel de la classe soit utilisé par le périscolaire. Mais dans nombre de cas, leur demande n’est pas respectée. Le matin les classes sont bien souvent à ranger.

Les enfants de maternelle appellent les animatrices : “maîtresse”.

Certains enseignants de maternelle, écœurés par le déroulement des activités et la situation chaotique faite aux enfants, s’effondrent en larmes. Beaucoup restent le soir pour éviter des catastrophes aux enfants.

Un rythme éprouvant

La semaine de classe est éprouvante. Il n’y a plus de pause en milieu de semaine. Dans quel état les élèves et les maîtres finiront-ils la première période de classe ?

La mise en place de l’APC est difficile, car les enseignants doivent se conformer au PEDT. L’inspectrice demande d’abord aux enseignants de faire l’APC de 16h à 16h30 pour ne pas gêner les TAP (Temps d’accueil péri-éducatif), puis accepte que l’APC puisse être faite sur les heures de TAP, mais à la condition que les élèves bénéficient de l’APC sur une période complète pour ne pas gêner l’organisation du péri-scolaire.

Au bout de deux semaines, les animateurs ont enfin des listes d’élèves. Les transitions scolaire/péri-scolaire se déroulent mieux, mais le chaos persiste dans les maternelles. Des fournitures ont été commandées par la mairie, elles ne devraient pas tarder à être livrées.

Pour le moment, en élémentaire, les salles de classes ne sont pas utilisées. Quelques groupes restent dans les cours d’école pour faire des activités. La grande majorité sort et utilise des structures municipales de tous genres (en intérieur et en extérieur). Qu’en sera-t-il cet hiver ?

Les projets de la mairie.

Le maire s’appuie sans compter sur l’Education nationale pour organiser son dispositif. Il compte sur la conscience professionnelle des personnels de l’Education nationale sur le terrain, des enseignants aux directeurs d’écoles, sur l’autorité des IEN (Inspectrice de l’Education nationale, responsable d’une circonscription) et du Directeur Académique, sur l’appui de la Ligue de l’enseignement, pour éviter que son projet ne s’effondre de lui-même.

Dans la pratique, c’est déjà le maire de la ville, ses décisions qui s’imposent aux enseignants. La fatigue des collègues est palpable, la désorganisation des écoles a commencé.

Alors que le 28 mars, près de 200 parents et enseignants rassemblés devant la mairie exigeaient la non application de ce décret, le maire avait présenté son projet comme une réorganisation des apprentissages. La suite est donc à venir. Après les vacances de Toussaint, les projets “pédagogiques” de la mairie vont prendre leur place. Ils sont en voie d’élaboration. Ce dont on peut être sûr, c’est qu’ils continueront le travail de désorganisation des écoles, de déqualification des enseignants et de remise en cause de leur statut.

Germain Cannevière