Rythmes scolaires et campagne électorale

En marge du festival d’Avignon
mercredi 9 octobre 2013
par  Catherine

Le mercredi 17 juillet, à Avignon, s’est tenue la rencontre du Parti Socialiste et de la Fédération des Élus Socialistes et Républicains (FNESR). Cette rencontre devait porter sur l’échange d’expériences et de pratiques portées par éluEs et acteurs/trices culturels dans les territoires. Quelques grands responsables dans le domaine de la culture y ont participé (de Marseille, Rennes, Toulouse…) en présence d’ A. Filipetti, ministre de la Culture et d’Harlem Désir.

Notre surprise fut grande pour nous enseignantEs, venuEs à cette rencontre (qui s’est transformée en meeting du PS) pour entendre parler de culture, car l’un des grands thèmes abordés a été l’application du décret Peillon sur les rythmes et principalement les activités péri-éducatives.

Un nouveau discours dominant

Ces dernières ont été présentées comme un nouveau débouché sérieux pour les salariéEs de la culture dans l’enseignement de l’art dans les écoles. La partie enseignement des arts retirée de l’enseignement proprement dit, relèverait de la partie activités péri-éducatives ; elle serait remplacée par les parcours culturels qui ont été sérieusement évoqués qui font donc partie des activités péri-éducatives, en lien avec les Projets Educatifs Territoriaux (PEDT), diligentés par les communes ou communautés de communes.

De plus une discussion à la fin de ce pseudo-meeting du PS nous a quelque peu interloqué. Nous avons interpelé une adjointe au maire en charge des écoles sur la mise en place du parcours de culture artistique dans sa grande ville du sud. La réponse mêlait culture scientifique, culture historique, culture artistique, car tout est lié, et démontrait bien le rôle décisionnaire de cette élue (et de la ville) quant à l’offre « culturelle » faite aux élèves de la ville.

Autre question soulevée par plusieurs intervenantEs avec une légèreté impardonnable, la transdisciplinarité présentée comme « LA » méthode d’enseignement qui pourrait carrément envoyer l’enseignement disciplinaire aux oubliettes. Une évidence qui doit être combattue car elle abaisse le niveau de connaissance et permet de diminuer le nombre de professeurs etc.

Une école sous influence

Egalement soulevé, le rôle des décideurs communaux ou territoriaux au sein des conseils d’écoles. Les éluEs PS présentEs demandaient que leur rôle soit croissant dans ces derniers au travers du PEDT clairement évoqué, relié au Projet d’Ecole clairement évoqué également. Autre moyen de mettre en cause le caractère que nous voulons uniquement national de l’enseignement public.

Un dirigeant syndical a fait une parenthèse non négligeable en rappelant que le budget de la culture n’a jamais été aussi bas depuis 1980 (il avait été doublé en 1981), ce qui relativise tous les projets du gouvernement avancés par A. Filipetti. (Rajoutons les 1,5 milliard d’euros de baisses drastiques de subventions aux collectivités territoriales, chacune des trois prochaines années). Cela concerne directement les élus des communes ou communautés qui doivent subventionner les activités péri-éducatives. Rajoutons qu’une des solutions approuvées par le gouvernement, c’est le subventionnement par des grandes firmes privées. TOTAL a déjà passé un accord avec l’État pour des aides substantielles destinées au financement des activités péri-éducatives.

Main mise sur les locaux

Une question importante de la part d’éluEs dont les villes appliquent déjà les rythmes, à laquelle la ministre n’a pas répondu, concernait les locaux scolaires et leur mise à disposition. Demande était faite de pouvoir livrer les locaux scolaires à toutes les associations demandeuses. Cette requête concernait les activités péri-éducatives.

Cependant il est certain et évident que réquisitionner les locaux existants constitue la solution la plus facile et la moins coûteuse et participe de la gestion de la pénurie. Pourtant, cela prend un aspect de ghettoïsation des enfants. Il nous semble incroyable de considérer que des activités post-scolaires quelles qu’elles soient, puissent s’effectuer dans le cadre de nos établissements scolaires. Cela a d’ailleurs été une des revendications des professeurs des écoles parisiens lors de leur dernière manifestation en mai-juin 2013, que les activités péri-éducatives aient lieu ailleurs que dans les écoles. Nous voyons que la majorité de nos élèves qui mangent à la cantine (installée trop souvent dans l’enceinte scolaire ou à côté) sont déjà « parqués » dans leur école 8h d’affilées, (parfois 9h quand ils restent à l’étude). Comment, dans ce cadre, pouvons-nous parler d’ouverture culturelle ou autre ?

La nécessité d’un cadre serein

D’autre part, la sérénité du lieu que représente l’école n’est en rien un fait négligeable. Les enseignants ont besoin de leurs locaux pour travailler sans pression. Celles qui ressortent de la nature même du métier sont déjà bien suffisantes comme cela :

l’exigence intrinsèque des programmes,

le respect du travail de l’enfant et du suivi de ce travail, de son rythme propre,

les relations avec les parents, avec les collègues.

Sans compter un aspect important que doit revêtir le cadre scolaire, c’est son caractère « sanctuaire » et son utilité en cas de problème, éloigné des liens familiaux et de ses problématiques que notre société ; qui mélange tout, gomme allègrement. L’enfant a besoin de ce lieu exclusif qu’est l’école qui attend de lui qu’il mène à bien son travail d’élève et de socialisation.

Par contre, après l’école, l’enfant a besoin de plus de salles de sports, de plus de stades, de plus de piscines, de plus de lieux de pratique culturelle, théâtres, musées cirques, lieux de promenades, lieux de jeux, beaux espaces naturels, de la gratuité de tous ces lieux et d’animateurs qui n’ont rien a voir avec l’Ecole Publique et qui ne concernent pas l’Ecole directement.

Marie Contaux