Le "dialogue social" contre le syndicalisme de lutte

vendredi 10 mai 2013

Ci-dessous l’éditorial du dossier "Le dialogue social contre le syndicalisme de lutte" de la revue L’Émancipation. N’hésitez pas à vous procurer le numéro de mai de notre revue si ce dossier vous intéresse !

Les lecteurs et lectrices ont l’habitude de nous voir critiquer le "dialogue social" dans ces colonnes. En effet, il faut distinguer la négociation avec le patronat et l’État, qui est inévitable quand on veut faire aboutir des revendications portées par un rapport de forces… et le "dialogue social" qui consiste essentiellement à négocier l’application de mesures déjà décidées et entraînant des reculs sociaux. Prenons le cas de l’Accord national interprofessionnel (ANI) : il a été discuté pendant des mois par les organisations syndicales, dans les locaux du MEDEF et sur la base de son projet qu’elles ont amendé… et sans mobiliser jusqu’à la conclusion des discussions. Faut-il s’étonner s’il constitue une régression importante pour le salariat ? En tout cas cette démarche est à l’antipode du syndicalisme de lutte de classe, qui entend au contraire imposer au pouvoir et au patronat de négocier sur la base des revendications.

Ne nous y trompons pas : le "dialogue social" est une stratégie gouvernementale et patronale. Il est l’un des moyens qu’ils peuvent utiliser face au syndicalisme. L’article de Serge Goudard qui ouvre ce dossier rappelle qu’il n’en pas toujours été ainsi : pendant plusieurs décennies la seule réponse de l’État face au syndicalisme a consisté dans une stratégie de répression ouverte. Puis est venu le moment où cela n’était plus possible, face au mouvement syndical légalisé diverses formes d’intégration à l’appareil d’État et d’association à la politique du pouvoir en place ont vu le jour. Cela ne signifie pas que l’usage de la répression pure et simple ait été définitivement abandonné : "dialogue social" et répression ouverte constituent deux moyens complémentaires pour le gouvernement pour neutraliser le potentiel de contestation représenté par le syndicalisme. Ainsi ce même gouvernement qui rejette toute amnistie pour les militantEs du mouvement social, multiplie dans le même temps les "concertation" avec les directions syndicales.

Comme on l’a dit, le développement du "dialogue social" ne vient pas de nulle part. Il s’est accéléré à partir des années 1980, porté par un courant "moderniste" et en contradiction avec des aspects importants du mouvement syndical français (voir l’article de Stéphane Sirot). D’abord dans le privé, où il a accompagné un processus de casse des droits collectifs en s’appuyant sur les accord dérogatoires dans le cadre privilégié de l’entreprise. Ensuite dans le public, avec les lois sur le dialogue social et le représentativité syndicale ("accords de Bercy", qui constituent le pendent d’une loi similaire dans le privé). Enfin, le projet de "constitutionnalisation" du dialogue social porté par F. Hollande constitue le point le plus abouti de ce processus (voir article de Quentin Dauphiné). De manière en apparence paradoxale, à chacune de ces accessions au pouvoir le PS y contribue activement.

Finalement, la question du "dialogue social" pose la question – incontournable depuis la formation du mouvement ouvrier – du rapport à l’État capitaliste. Défendre le refus du "dialogue social", c’est finalement défendre l’indépendance syndicale !


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