SNESUP-FSU : Des brèches ouvertes pour les luttes, malgré un Congrès verrouillé

vendredi 7 juin 2013
par  Catherine

Le Congrès du SNESUP s’est tenu les 26, 27 et 28 mars derniers, dans une période de mobilisation grandissante contre le projet de loi pour l’enseignement supérieur et la recherche, quand l’Intersyndicale élargie venait enfin de faire sien le mot d’ordre du retrait et appelait étudiantEs et personnels à une AG nationale le 30 mars, et quand plusieurs organisations (sans la FSU) appelaient à une grève dans l’éducation le jour-même de sa clôture. Pas plus que celui de la FSU ce Congrès ne fut pourtant celui de l’action, et encore moins celui de la rupture avec le “dialogue social” dont le Congrès d’étude de mai 2012, au lendemain de la défaite de Sarkozy, semblait tant espérer… Pire, ce fut un Congrès fortement verrouillé par l’appareil, en particulier sur la question primordiale de la formation des enseignantEs et CPE. Malgré tout, Émancipation aura pu y faire entendre sa voix.

Ce Congrès d’orientation fut peu fréquenté : le premier jour, on dénombrait un peu moins de cent déléguéEs ; le dernier, les motions (exclusivement Émancipation) et l’appel final n’étaient plus votées par une petite cinquantaine. En dehors des éluEs dans les instances sortantes du SNESUP, les syndiquéEs des sections furent relativement absentEs de ce Congrès : une désaffection reflétant aussi le faible taux de participation au vote d’orientation (moins de 30%). L’expression des sections fut de fait réduite à portion plus que congrue : presqu’aucun texte paru en amont du Congrès dans l’espace créé à cette fin sur le site du syndicat (les camarades d’Émancipation furent les principales contributrices) ; aucune motion de section hormis celle de La Rochelle sur le soutien à la lutte des ouvrierEs de PSA-Aulnay – que la tribune refusa de mettre au vote, refusant aussi tout amendement. La direction du SNESUP n’avait pas non plus produit de texte à débattre dans les sections, comme cela avait été le cas au Mans l’an passé sur la formation des enseignantEs (FDE) : aucun texte transmis en amont des quatre commissions définies (Recherche-Service public, Formations supérieures-FDE, Situation des personnels, Vie syndicale) en dehors d’un document rudimentaire de bilan du secteur concerné : dans ces conditions, la question de l’évolution des mandats du syndicat n’était donc même pas posée…

Le Congrès de la continuité, malgré l’urgence à mobiliser contre la LRU bis

Après avoir défendu la stratégie de l’attentisme et du “dialogue social” en participant au simulacre de “concertation” des “Assises de l’Enseignement supérieur et de la recherche” (ESR) qui ne visait qu’à faire entériner un projet de loi déjà dans les tiroirs du ministère (1), la direction sortante du SNESUP avait poursuivi dans cette veine en entreprenant d’analyser, ad nauseam, les différents états du texte jusqu’à celui issu de son examen par le CNESER (2) quelques jours avant le Congrès. Avec la majorité des syndicats et associations, le SNESUP avait dénoncé cette nouvelle attaque contre l’ESR public inscrite dans la continuité de la loi LRU : maintien de l’“autonomie” des universités ; pas de retour à une gestion de la masse salariale par l’État ; soumission accrue de l’ESR public au “pilotage” des régions et au “tissu économique local” ; ajout des enseignements numériques pour masquer le sous-encadrement pédagogique et supprimer toujours plus de postes tout en fragilisant encore davantage les statuts ; parachèvement de la casse du cadrage national des diplômes ; nouvel affaiblissement de la vie démocratique des établissements, etc.

Au vu de ces constats accablants, la seule conclusion à tirer aurait été de rompre toutes les “concertations” engagées par le gouvernement – mais ce n’est pas l’option retenue par la direction sortante, qui avait choisi de se livrer à une “bataille d’amendements” en parallèle au mot d’ordre d’envoi massif… d’une carte postale de mécontentement à Hollande. Campant sur les positions de la FSU relative à sa non-participation à la journée du 28 mars au profit de l’initiative isolée de la fédération le 6 avril (sans aucune référence aux revendications de l’ESR), le Congrès n’aura pas été celui de l’action : on voit le résultat aujourd’hui, où la nouvelle direction poursuit dans cette voie de garage à l’occasion des débats parlementaires engagés au mois de mai, en se focalisant sur les amendements proposés, acceptés, rejetés, alors même qu’elle demande officiellement l’abandon du projet…

Enterrer le débat… et la FDE ?

L’urgence était aussi, bien sûr, de définir les moyens d’action contre le projet Peillon de “refondation” de l’École, en particulier concernant la FDE (nouvelle “mastérisation”, mise en place de Ecole Supérieures du Professorat et de l’Éducation). Au vu des discussions qui avaient animé les forums en ligne avant le Congrès, au vu de l’actualité législative brûlante de cette question, on pouvait s’attendre à ce que la commission Formations supérieures-FDE soit consacrée à définir des mots d’ordre offensifs contre la “réforme” et sa mise en œuvre d’une part, à débattre d’autre part des mandats du syndicat relativement au recrutement (contenu et place du concours) et à la formation des futurEs enseignantEs et CPE. Or c’est précisément cette commission qui a fait l’objet du verrouillage le plus organisé. Comme toutes les commissions, ses travaux devaient se dérouler sur deux demi-journées, l’après-midi étant consacré à un atelier “Quelles ESPÉ pour la rentrée ?” : la matinée, la question de la FDE n’a pas été abordée ; l’après-midi, l’atelier consista en une série d’interventions, type table ronde, qui accaparèrent la majeure partie du temps de parole. Au final, quelques dizaines de minutes furent consacrées aux questions de fond : en particulier, une motion “trans-tendances” revendiquant notamment un mandat d’étude relatif à la place du concours en fin de troisième année de Licence, si elle put être présentée rapidement, subit une salve de plusieurs interventions coordonnées visant à la “recadrer”… Quant à l’idée de lancer des mots d’ordre offensifs (par exemple, celui du boycott de la “réforme” au sein des établissements), elle fut écoutée poliment et est aujourd’hui traduite par… un simple appel à un moratoire d’un an.

La question de la FDE devait néanmoins faire l’objet d’une discussion à l’occasion des travaux en plénière. Plusieurs camarades intervinrent pour dénoncer le verrouillage de la commission FDE, ce fut l’occasion d’échanges extrêmement vifs avec la tribune, sous l’œil impassible de Bernadette Groison. Les camarades porteurEs de la motion “trans-tendances” avaient néanmoins renoncé à la présenter, pour cette raison-même, dès la veille. Il revint donc à Émancipation de porter le seul texte alternatif sur la FDE (pré-recrutements massifs ouvrant droit à statut d’élève-professeurE salariéE, concours en fin de L3, reconnaissance d’un niveau de qualification à Bac + 5, IUFM rénovés en écoles professionnelles universitaires spécialisées dotées de moyens propres, etc.), et la tribune à cette occasion fut mise en difficulté. En effet, des camarades des deux tendances majoritaires annoncèrent leur intention de voter pour notre motion. La tribune tenta de nous faire renoncer à la mettre au vote, au prétexte qu’elle aurait été déposée “en catimini”, puis… que le mandat du concours en fin de L3 n’avait jamais été débattu… Elle finit par donner explicitement la consigne de voter contre. Malgré tout, le score de notre motion (30%) mérite d’être souligné, de même que le taux d’abstention (14%). Suite à cet épisode, le Congrès débouche sur un mandat d’étude relatif à la place du concours… dont on peut penser que la direction fera tout pour l’enterrer, sauf à considérer l’offensive qui semble pouvoir être menée au sein même du collectif FDE du SNESUP et, bien sûr, dans les sections.

Statuts (évaluation, précarité) : passages en force et renoncements politiques

Deux de nos motions furent d’abord présentées dans le cadre de la commission Situation des personnels : une motion précarité (abrogation de la loi Sauvadet, fin du recrutement contractuel et mise en place d’un plan pluriannuel d’emplois de fonctionnaires, restitution des postes supprimés, etc.), et une motion contre l’évaluation des enseignantEs-chercheurEs (EC) et des personnels en général. La question de l’évaluation systématique et récurrente des EC avait déjà été abordée la veille en plénière, elle fut l’objet de débats intéressants et nuancés dans cette commission, à l’issue de laquelle nous nous étions entenduEs, avec plusieurs camarades des deux autres courants de pensée, pour ne plus la déposer au nom d’Émancipation, mais d’une liste de signataires individuelLEs. La teneur des débats donnait à penser que cette motion pouvait passer. Comme par hasard, la tribune refusa de la mettre au vote sous prétexte que la liste des signataires n’apparaissait pas sur le document déposé, puis qu’il aurait fallu déposer les motions 10 jours avant le Congrès… Nouvel incident de séance : mais rien n’y fit.

Sur la précarité, nous avons souligné le décalage inquiétant entre le caractère primordial de cette question et le temps qui lui fut consacré en commission : à peine dix minutes… Notre intervention porta sur la nécessité de faire apparaître la cohérence entre la politique “managériale” mise en œuvre dans l’ESR (comme dans la totalité de la Fonction publique) et le constat de la dégradation des conditions de travail, auxquelles la commission avait consacré la majeure partie de ses débats : clairement, l’emploi contractuel, comme les dispositifs de mise au pas et de “gestion” des personnels (parmi lesquels l’évaluation), sont les outils du nouveau “management” public à l’origine du démantèlement en cours de nos statuts. Comme pour la motion FDE, la tribune appela explicitement à voter contre notre texte, au prétexte… qu’il allait contre les mandats du SNESUP. Malgré tout, et comme pour la motion FDE, le score obtenu fait apparaître les brèches ouvertes par les positions intenables de la direction : 30,7% des voix, et 15,4% d’abstention.

Ce vote, comme celui sur la FDE, nous semble en effet significatif du fossé creusé entre une direction du SNESUP engluée dans la cogestion depuis des années au prix de tous les renoncements, et au mépris de l’expression de ses syndiquéEs.

Situation et scores d’Émancipation à l’issue du Congrès

Quant à Émancipation, elle se sort relativement bien de la crise interne qui l’avait affaiblie au sein du SNESUP (3). Avec 4,22% des voix (contre 4,84% en 2011), nous maintenons une représentation de la tendance à la Commission administrative nationale (un siège de titulairE, un siège de suppléant) et au Bureau national (un siège), et dès lors au sein des deux commissions statutaires (4). Grâce au travail d’élaboration qui, malgré tout, avait pu être fait en amont avec l’aide des camarades, Émancipation a été la seule tendance à présenter des textes alternatifs à ceux de la direction du SNESUP, et à proposer au Congrès une orientation résolument anticapitaliste. Il nous faut désormais poursuivre dans ce sens partout où nous intervenons : auprès des collègues, dans les établissements, dans les instances syndicales où nous sommes éluEs. Pour ce faire, nous appelons notamment les camarades du supérieur et touTEs celles et ceux qui le souhaitent à participer aux stages sur l’ESR qui pourront être organisés par la tendance dès la rentrée.

S’organiser dans les sections pour lutter contre les projets en cours

La nouvelle direction du SNESUP a défini une orientation strictement équivalente à celle de ces dernières années. Pire, alors que cette année de nouvelles “réformes” était propice à la construction du rapport de force pour faire entendre étudiantEs et personnels mépriséEs pendant 5 ans sous Sarkozy, elle déclara qu’il fallait “attendre que la loi soit effective pour lutter”. Sans surprise donc, le SNESUP continue à suivre les “feuilles de route” ministérielles.

Plus que jamais, les syndiquéEs doivent se réapproprier leur outil de lutte : les brèches sont ouvertes, notre expérience au Congrès montre que sur plusieurs mandats cruciaux, la tendance est susceptible de s’inverser. Dès maintenant, il s’agit pour les camarades de s’organiser dans les sections pour construire les luttes et contrer les projets de loi en cours dans l’Éducation et dans le supérieur.

Émilie Devriendt et Thierry Champion

(1) Cf. motion de la section de Toulon publiée dans L’Émancipation n° 2, octobre 2012, p. 51.

(2) Conseil National de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche

(3) Une liste concurrente à l’initiative de deux camarades Émancipation avait été constituée.

(4) Notre délégation est composée de : Émilie Devriendt (tit.) à la CAN et au BN, Thierry Champion (supp.) à la CAN, Claude-Michel Braud (tit.) à la Commission des conflits, et Didier Torset (tit.) à la Commission des finances.


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