Référentiel de compétences : l’exemple des CPE

lundi 11 mars 2013

Le ministère travaille sur les "référentiels de compétences professionnelles des métiers du professorat et de l’éducation" (ouf !), associés à la définition de nouveaux concours de recrutement des personnels. Les CPE n’y échappent pas.

Le référentiel de compétences du CPE… après les "10 compétences professionnelles" attendues du personnel d’éducation (texte ministériel de 2010) on passe aux 34 compétences du/de la CPE, réparties en neuf grands thèmes !!! Super CPE est né, si les stagiaires (et même les titulaires !) arrivent à maitriser tout ça ils/elles sont "arch’ment balaizes" comme dirait Coluche. Certaines sont très significatives…

Sous le signe du socle… et des contre-réformes

Certaines des "compétences" attendues consistent en fait à mettre en œuvre la politique éducative du gouvernement. Et en premier lieu le fameux "socle commun".

Ainsi il s’agirait de "Coopérer avec ses collègues enseignants pour élaborer des situations d’apprentissage en vue de développer et d’évaluer les compétences visées (socle commun de connaissances, de compétences et de culture, référentiels professionnels, etc.)" (compétence 31)… ça y est l’évaluation des piliers 6 et 7 du socle commun, jusqu’alors les CPE avaient réussi à y échapper. Outre le problème de fond concernant le "socle", rappelons que les CPE n’ont aucune formation pour évaluer les "compétences" des élèves… mais le ministère ne s’arrête pas à ce genre de détails.

On trouve aussi (compétence 7) : "Contribuer à l’enseignement civique et moral de l’élève", une partie de l’enseignement de la morale laïque va-t-il être laissé aux CPE ?

Ils doivent en outre (compétence 1) "assurer la sécurité des élèves". Là rien de nouveau, mais dans la même catégorie on trouve la maîtrise des outils d’information : lesquels ? En fait les ENT (Environnements Numériques de Travail…) et SCONET… en avant vers le CPE super informaticien (et flic à l’occasion). Mais quand on met sécurité des élèves et numérique dans la même catégorie, ça laisse songeur.

Enfin, pour finir en beauté, ils doivent (compétence 1) "veiller aux respect des rythmes des élèves". Encore faudrait-il que ces rythmes soient définis. Et pour posséder cette compétence ils doivent (sur)veiller qui ? Les profs ? Déjà que le/la CPE est souvent perçu-e comme "l’œil de Moscou" par les autres personnels…

Management et hiérarchie

Cela fait longtemps que les gouvernements – et les chefs d’établissement – veulent intégrer les CPE à l’équipe de direction.

Dès lors, on ne peut que s’inquiéter de la compétence suivante dans le référentiel (compétences 16 à 18) :

"Organiser et animer l’équipe de vie scolaire

- Organiser les activités et les emplois du temps des personnels de la vie scolaire dans un souci de continuité, de cohérence et d’efficacité du service.

- Préparer et conduire les réunions de coordination et d’organisation de l’équipe et en formaliser les conclusions.

- Évaluer les besoins de formation des membres de l’équipe et proposer des formations."

Le mot "management" ne figure plus dans le référentiel comme prévu initialement, mais... on va vers le recrutement et la notation des AED (1) par les CPE, alors que cela est pour l’instant dévolu aux chefs d’établissement : la porte est bien ouverte vers un management en bonne et due forme.

CPE, c’est quoi finalement ?

On peut se le demander, à la lecture du projet de référentiel.

Une formation en psychiatrie est-elle prévue dans la formation des CPE stagiaires (et titulaires ou non titulaires) ? Il leur faudra en effet (compétence 4) "Identifier les conduites à risque, les signes d’addiction, les comportements dégradants et délictueux".

Mais aussi (compétence 34) "Analyser avec les parents les progrès et le parcours de leur(s) enfant(s) en vue d’identifier les aptitudes"… c’est quoi les "aptitudes" ? S’agirait-il d’acter le retrait des Co-Psy des établissements scolaires, et de "sous-traiter" aux enseignant-e-s et aux CPE les fonctions qu’ils remplissaient (avec de plus en plus de difficultés après toutes les suppressions de postes) ?

Plus les compétences communes comme, la maîtrise d’une langue étrangère et la série de compétences 11 : "- S’engager dans une démarche individuelle et collective de développement professionnel

- Compléter et actualiser ses connaissances scientifiques, didactiques et pédagogiques.

- Se tenir informé des acquis de la recherche et participer à des démarches d’innovation pédagogique afin de pouvoir s’engager dans des projets visant à l’amélioration des pratiques d’enseignement.

- Réfléchir sur sa pratique - seul et entre pairs - et réinvestir les résultats de sa réflexion dans l’action.

- Identifier ses besoins de formation et mettre en œuvre les moyens de développer ses compétences en utilisant les ressources disponibles."

Alors on résume…

Les CPE doivent être psychologues, conseiller-e-s d’orientation, assistantes sociales, s’occuper d’enseignement, accessoirement flics et tampons, membres de l’équipe de direction… Plus l’auto-formation ! Dans des journées qui ont toujours 24 heures.

Sarkozy était "hyper président", y aura-t-il des "hyper CPE" ?

En tout cas cette transformation du travail de CPE correspondrait parfaitement aux impératifs de la transformation libérale de l’école et de la "flexibilisation" des personnels qui en est la conséquence.

Catherine Laurenti (Var)

(1) Assistant-e-s d’Éducation, personnels de Vie scolaire qui remplacent les anciens MI-SE… avec un "statut" dégradé


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