Congrès SNESUP : Syndicalisme et féminisme : et pourtant, ça rime !

vendredi 22 février 2013
par  QD, Administrateur

Ci-dessous et en pièce jointe, une contribution de camarades d’Emancipation dans le cadre de la préparation du congrès du SNESUP.

Syndicalisme et féminisme : et pourtant, ça rime !


Le Congrès d’orientation du SNESUP aura lieu en même temps qu’une des Journées Intersyndicales Femmes, organisées chaque année en mars à l’initiative de la CGT, de la FSU et de Solidaires – le chevauchement de ces deux rendez-vous militants empêchant les déléguéEs de participer à chacun d’entre eux dans son intégralité. Nous le regrettons d’autant plus que, le 26 mars, la journée Femmes doit notamment aborder la question des « stéréotypes et freins à l’égalité professionnelle », qui concerne l’Enseignement supérieur et la recherche (ESR) comme tous les autres domaines.


Dans l’ESR comme ailleurs, le combat pour obtenir l’égalité réelle des femmes et des hommes ne saurait être subordonné à des impératifs perçus comme plus « urgents », voire plus « nobles » : tous les combats doivent être menés de front – ce qu’il est parfois difficile de faire entendre, y compris dans nos milieux dits progressistes.


Le combat pour l’égalité passe notamment par notre fonctionnement syndical. Or même le secteur Droits et libertés du SNESUP (peu actif au demeurant) n’a guère fait preuve jusqu’ici d’un intérêt marqué pour les droits des femmes. Les instances de notre syndicat sont par ailleurs très majoritairement masculines : 30% de femmes seulement à la Commission Administrative, 43% au Bureau national, et… 15% au Secrétariat national, à savoir au niveau exécutif. Enfin, comme à la FSU (malgré le mandat du Congrès de Lille en 2010), la féminisation des textes qui émanent du SNESUP est à peu près inexistante, donnant à penser que l’ESR (et le syndicalisme) seraient avant tout une affaire d’hommes. Pour notre part, nous ne nous reconnaissons pas dans cette « représentation ».


Les combats à mener ne manquent pas en matière de droits des femmes. Nous ne prendrons que quelques exemples dans l’ESR :
- le « plafond de verre » auquel se heurtent les femmes, ingénieures, chercheurEs ou enseignantEs-chercheurEs. Ainsi en 2010-2011, on comptait 41,9 % de femmes maîtresses de conférence, et 20,3 % de professeures. Au CNRS, de 38% de femmes CR1 (chargées de recherche 1ère catégorie), on tombe à 29% de directrices de recherche 2ème catégorie (DR2). En fonction des spécialités, le taux de féminisation peut parfois chuter, comme dans les disciplines dites scientifiques et techniques (15% de PR ; 32,3% de MC). De manière générale, les femmes sont aussi largement minoritaires dans les fonctions à responsabilité. Enfin, à l’évidence, l’écart entre rémunérations est à la mesure de celui observé dans les carrières.
- le harcèlement sexuel et les discriminations sexistes et lesbophobes. Comme le rappelle le Clasches (Collectif de Lutte Anti-Sexiste Contre le Harcèlement Sexuel dans l’Enseignement Supérieur), la loi du 6 août 2012 sur le harcèlement demeure insuffisante. En particulier, elle ne règle pas les difficultés posées par le statut et le fonctionnement des sections disciplinaires dans l’ESR : procédure de saisine soumise à la décision des présidentEs d’université, composition locale de la section disciplinaire, inégalité dans l’accès au dossier d’instruction et aux informations, etc. – la situation étant aggravée pour les étudiantEs, ne bénéficiant d’aucune protection liée à leur statut.


Si une « Charte pour l’égalité Femmes/Hommes » dans l’ESR, élaborée et ratifiée notamment par la CPU, vient d’être signée, le 28 janvier, par les ministres Fioraso et Vallaud-Belkacem, on connaît le peu d’impact de ce type de document, qui sert bien plus la communication du gouvernement et des établissements d’ESR que les avancées réelles en matière de droits des femmes. Comme avec la « Charte de la diversité » dans les entreprises (2004), les principes affichés ne contribuent en rien à analyser, et encore moins à combattre les origines des inégalités prétendument visées. De manière significative, on ne trouve du reste aucune allusion, dans cette charte, au « plafond de verre ». Quant au harcèlement, le Charte n’offre évidemment aucune piste concrète pour répondre aux difficultés pointées plus haut.


Concernant enfin la sous-représentation des femmes dans l’ESR : si nous sommes favorables à la parité, nous ne pouvons nous réjouir de celle qu’entend instaurer le projet de loi Fioraso dans les Conseils centraux des universités : car le nouveau mode de fonctionnement de ces Conseils (Conseil académique, droit d’élire les présidentEs pour les personnalités extérieures nommées au CA…), leurs attributions et leur mode de scrutin (prime majoritaire modifiée mais maintenue, représentation défavorable aux MCF, aux BIATOSS…) vont à l’encontre des principes de collégialité et d’égalité que nous défendons. Il en va de même de l’incitation à une représentation « équilibrée » des femmes et des hommes dans les « comités de sélection », dont le SNESUP doit évidemment continuer à combattre les modalités de constitution au vu des multiples dérives dont ils ont été le lieu depuis leur mise en place par la LRU – dérives que l’actuel projet de loi n’endiguera en rien. En tant que femmes et féministes, nous refusons d’être l’alibi des contre-réformes du gouvernement, dans l’ESR comme ailleurs.


Pour toutes ces raisons, et d’autres, nous pensons que le SNESUP doit s’emparer des questions féministes, mais qu’il ne pourra le faire sans ancrer ses positions dans une perspective résolument et explicitement anticapitaliste. Dans l’ESR, cela suppose aujourd’hui de combattre sans ambiguïté le projet de loi Fioraso, et d’exiger sans relâche l’abrogation de la loi LRU (avec son volet RCE) et du Pacte pour la recherche, instruments nationaux d’une marchandisation européenne de l’ESR impulsée à Bologne par les gouvernants et les grands patrons. Nous pensons qu’aujourd’hui l’orientation du SNESUP n’est pas la bonne, et que les attaques subies par l’ESR durant la dernière décennie doivent conduire notre syndicat à en changer, sous peine d’aggraver le fossé grandissant entre direction et syndiquéEs.


Ce changement d’orientation passe notamment par des instances largement renouvelées, mais aussi (et par conséquent) largement féminisées.


Valérie Gillot, Annick Ortalo-Magne, Nathalie Patel, Émilie Devriendt

liste « Pour un syndicalisme de lutte contre la nouvelle université capitaliste »

http://www.emancipation.fr

Contact : er@emancipation.fr

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