Communiqué d’Emancipation : Enseignement privé : quand Tartuffe est ingrat

samedi 5 janvier 2013
par  QD, Administrateur

Enseignement privé : quand Tartuffe est ingrat

Associé en tant que tel à la Refondation de l’École de la République, gratifié de nouveaux postes dès la rentrée 2012, assuré d’une confortable dotation de recrutements programmés, autant d’attentions... qui ne peuvent qu’inciter l’enseignement catholique à réclamer toujours plus. Après le traitement de faveur dont il a bénéficié sous l’ère Sarkozy, il aurait mauvaise grâce de se plaindre de ce gouvernement : le voilà conforté dans sa prétendue mission de service public. Statut bien commode impliquant un large financement public (état, régions, départements, communes) tout en permettant à l’Église catholique d’utiliser l’école confessionnelle comme vecteur de propagande et instrument d’emprise sur la jeunesse.

Tenu à respecter la liberté de conscience de ses élèves comme l’y oblige la loi Debré, l’enseignement catholique sous contrat, portant en bannière son "caractère propre", entend s’inscrire dans la campagne contre le "mariage pour toutes et tous".

Tartuffant sur cette ambiguïté, dans un communiqué du Secrétariat de l’Enseignement catholique daté du 14 décembre, "l’Enseignement catholique estime qu’il est de son devoir de faire entendre sa voix sur le projet d’ouverture du mariage et de la parentalité aux personnes de même sexe ». Les 8500 écoles catholiques et l’ensemble de leurs « communautés éducatives" (enseignantEs, parents, élèves) ont reçu pour instruction de "prendre part, en conscience et clairvoyance au débat qui doit s’ouvrir".

Débat ouvert mais déjà fermé puisque le même communiqué en formule la conclusion : "... l’Enseignement catholique est en désaccord avec une évolution législative ouvrant au mariage et la parentalité aux couples homosexuels". Consigne est donc donnée aux directeurs/directrices et aux personnels des établissements privées sous contrat (de ce fait rémunérés par l’État) de relayer les mots d’ordre de l’Église catholique en vue de la manifestation du 13 janvier contre le projet de "mariage pour toutes et tous".

On le savait déjà, mais à cette occasion les responsables de l’enseignement catholique ne s’en cachent même plus : ils assument ouvertement le fait d’appliquer les consignes de l’Eglise dans le domaine éducatif, et la duperie que constitue leur revendication de "mission de service public" (pour continuer à recevoir des subventions massives de l’Etat)… apparaît encore plus nettement.

Une fois de plus est mise en évidence l’absurdité de cette spécificité française que constitue le financement public d’un "réseau" privé d’enseignement confessionnel concurrent au service public d’enseignement et institue un dualisme scolaire confortant la division de la jeunesse selon des critères sociaux et encourageant les replis communautaires. Comment admettre cette situation qui voit une entreprise privée d’enseignement dont les responsables sont désignéEs par la Conférence des évêques, dont les personnels recrutéEs par les autorités confessionnelles sont rétribuéEs par l’État et dont le fonctionnement est financé, pour une large part, par les collectivités territoriales ?

Émancipation, tendance syndicale et pédagogique du syndicalisme de l’Éducation ne s’étonne guère de l’attitude du Secrétariat de l’enseignement catholique. Ce dernier s’inscrit dans le droit fil de la loi Debré de 1959 offrant à l’Église catholique le privilège de pouvoir maintenir sa main mise sur une partie de la jeunesse. Émancipation reste fidèle au Serment de Vincennes de 1960 demandant l’abrogation de cette loi qui constitue une atteinte scandaleuse à la loi de 1905 de séparation des églises et de l’État.

Cette provocation du Secrétariat de l’Enseignement catholique aux ordres de la Conférence de évêques doit être l’occasion pour toutes les forces laïques de se rassembler pour exiger l’abrogation de la loi Debré et toutes celles qui en découlent. Et aussi de continuer à défendre l’égalité des droits pour touTEs et la laïcité.

Emancipation tendance Intersyndicale,
le 02 janvier 2013


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