Notre Dame des Landes : Seule la lutte décolle !

mercredi 28 novembre 2012
par  QD, Administrateur

13000 manifestantES selon la police, qui a fait son estimation d’après un comptage approximatif des véhicules entrés sur la zone, 40 000 selon les organisateurs, chiffre tout à fait crédible et peut-être même sous évalué pour celles et ceux qui ont participé au cortège dense et long de 5 km. Au-delà des chiffres la manifestation du 17 novembre à Notre Dame Des Landes a incontestablement marqué un tournant dans la lutte contre le projet d’aéroport.

Tout a pourtant été tenté pour diviser les "squatters" et la population locale.

Alors qu’un sursis avait été accordé aux occupantEs légaux, qui avaient obtenuEs après une grève de la faim qu’aucune expulsion n’aurait lieu avant la fin des derniers recours, les pouvoirs publics pensaient peut-être pouvoir expulser les occupantEs illégaux, présentéEs comme des marginaux dangereux, sans entraîner un large mouvement de solidarité.

La violence de "l’opération César"
Mais c’est l’inverse qui s’est produit. Le lancement à partir du 16 octobre des opérations de destruction des maisons occupées illégalement, avec l’intervention de plus de 500 gendarmes et CRS, a au contraire soulevé l’indignation, renforcé les solidarités et dynamisé la lutte.

En 2007 les premierEs occupantEs illégaux s’étaient installéEs dans des maisons abandonnées sur les terrains de la ZAD (Zone d’Aménagement Différé, rebaptisée Zone A Défendre). Depuis, leur nombre n’avait cessé de croître, les liens s’étaient tissés au fil de la vie quotidienne et des actions militantes. Certes les divergences d’analyse et de méthodes de lutte étaient et sont encore bien présentes, mais l’unité et la solidarité au service de l’objectif commun l’ont emporté.

Une résistance déterminée
L’opération d’expulsion massive déclenchée par la Préfecture a tout d’abord rencontré une farouche opposition de la part des occupantEs. Les destructions de maisons et de cabanes perchées dans les bois, les affrontements répétés, n’ont pas permis d’expulser les occupantEs, qui sont restés sur la ZAD malgré des conditions de vie difficiles. Les images des maisons détruites ont été largement médiatisées, la répétition des violences policières pendant deux semaines, ont montré aux habitantEs légaux une préfiguration du sort qui pourrait attendre celle et ceux qui refuseraient de partir une fois le sursis terminé, et jusqu’où l’État pouvait aller dans l’usage de la violence.

La solidarité avec les "squatters" s’est organisée sur le terrain avec une rapidité et une efficacité remarquables. Elle s’est notamment concrétisée sur un lieu devenu symbolique, "La Vache rit", un hangar assez vaste, situé en limite de la zone des expulsions, où sont stockés couvertures, vêtements, chaussures, nourriture, tout ce qui est donné pour aider à la vie quotidienne sur place.

Elle s’est aussi manifestée dans les réseaux sociaux, les soutiens et les appels associatifs, syndicaux et politiques et même dans certains médias avec notamment les deux émissions de Daniel Mermet "Là bas si j’y suis" des 8 et 9 novembre. Déjà la manifestation de Rennes le 10 novembre, qui avait réuni 3000 personnes, avait été une réussite et donnait un signe positif de la dynamique de mobilisation.

Une nouvelle phase de la lutte
Le brillant succès de la manifestation du 17 novembre ouvre indéniablement une nouvelle période dans la lutte contre ce projet délirant.

D’abord sur le plan politique, cela a largement été relayé dans les média, Ayrault et le PS sont mis en difficulté, avec l’entrée en scène (d’ailleurs très discutée dans la manifestation) de Mélanchon et des "poids lourds" d’Europe Ecologie Les Verts, venus médiatiser leur soutien la veille, en se faisant photographier dans une mise en scène de réoccupation.

Mais aussi sur le terrain : le soir même près de 3000 personnes sont restées sur place pour une soirée festive et la poursuite des constructions. Les matériaux et outillages apportés sur place ont permis en quelques jours de reconstruire des cabanes, un espace de réunion de 80m2, une cantine, 2 dortoirs, un bloc sanitaires et un atelier.

Enfin, en seulement deux semaines, des centaines de collectifs locaux de soutien se sont créés dans toute la France, pour participer à la manifestation du 17 novembre.

Le gouvernement a reculé face au MEDEF sur la réforme fiscale, il a reculé face à l’extrême droite sur l’égalité des droits au mariage et à l’adoption, il a encore reculé face aux Maires sur les rythmes scolaires. Reculera-t-il aussi sur Notre Dame Des Landes ? Espérons au moins qu’il aura retenu la leçon de ces dernières semaines et qu’il aura compris que l’usage de la force, à nouveau utilisée les 23-24 novembre ; ne fait que renforcer la lutte. Après l’annonce d’une "commission du dialogue" et du report de six mois des travaux de défrichement, l’enjeu reste de maintenir durablement la réoccupation de la ZAD, et aussi de faire vivre les récents collectifs de soutien pour continuer à élargir la mobilisation.


Raymond Jousmet, 25 novembre 2012