Nicole nous manque

mardi 18 septembre 2012
par  QD, Administrateur

Nicole nous manque

La disparition de Nicole Desautels est une perte irremplaçable pour nous, pour Émancipation et son Groupe Départemental du Var, pour le syndicalisme de lutte pour la défense des libertés et pour l’antifacisme… Voilà la seule forme de discours d’adieu que Nicole aurait toléré, celle qui rend plus hommage aux causes qu’elle a servies, qu’à l’énorme travail qu’elle a accompli dans l’espoir de les voir triompher. Car elle n’était pas seulement modeste, mais aussi extrêmement discrète sur ses mérites ; et sur tout ce qui touchait à sa vie personnelle, comme elle l’a été sur la maladie qui a fini par l’emporter en nous prenant touTEs de court, “sans tambour ni trompette”, comme avait souvent répété Nicole. Elle s’était fait une spécialité d’essayer de dénouer les difficultés grandes ou petites survenant dans les engagements qui étaient essentiels à ses yeux, au premier rang desquels se trouvaient la tendance Émancipation et la revue L’Émancipation Syndicale et Pédagogique pour lesquelles elle ciselait toujours le consensus opportun, la synthèse incontournable ou la traque - à un près - des caractères en trop. Alors bien sûr elle ne voulait “embêter personne avec ses problèmes”. Il est vrai qu’il aurait été difficile à quiconque d’assumer l’écoute de Nicole sur ses “problèmes”, qui ont été en fait d’indicibles malheurs tout au long de sa vie, à commencer par la perte tragique de plusieurs de ses enfants, et par les disparitions, maladies et besoins de soins de plusieurs membres de sa famille. On peut se demander comment elle-même est parvenue à assumer tout cela.

Certainement pas par le cynisme, ou la recherche d’oubli dans le travail ou le militantisme. Pour continuer à vivre et à se battre, elle a fait des choix portés vers l’avenir et les alternatives personnelles, pédagogiques et sociales, y investissant ses immenses qualités, de la façon qu’elle pensait la plus appropriée. La gentillesse et le dévouement avec les personnes les plus proches ; l’investissement fort mais critique dans son travail de professeurE de Lettres et dans ses pratiques et recherches pédagogiques sur la presse, notamment dans le cadre du CLEMI ; la circonspection dans la militance, enjeu de tant de rapports de force avec le pouvoir, les bureaucraties syndicales, les courants politiques tentés par l’instrumentalisation des tendances. Cette mise à distance lui permettait d’apparaître au-dessus de la mêlée, de pouvoir jouer les arbitres, et d’être crainte autant que respectée par ses adversaires.

Je ne saurais dire quand j’ai rencontré Nicole pour la première fois tant il m’a semblé qu’elle avait toujours été là, dans l’ÉÉ, avec ses convictions, sa rigueur, son investissement dans toutes les tâches de la tendance, “sans choisir entre le politique et révolutionnaire et le quotidien et matériel” comme elle disait souvent... Car elle avait l’art de la formule précise et teintée d’humour, parfois acérée, ce qui faisait craindre ses réparties. Mais c’est surtout quand j’ai siégé avec elle au bureau national du SNES, début 90, que j’ai pu mesurer sa force de frappe vis-à-vis des directions syndicales et son niveau d’exigence vis-à-vis d’elle-même comme des camarades : je n’ai compris que plus tard pourquoi elle dénonçait la passivité d’autres élus nationaux de l’ÉÉ au BN “placés là par leur organisation politique”. L’action de Nicole pour la tendance a été énorme : redynamisation du GD 83, participation active à toutes les Semaines, élue pour l’ÉÉ puis pour Émancipation à la CA académique du SNES de Nice, au conseil syndical de la FEN 83 puis au CDFD FSU 83, à la CA nationale et au bureau national du SNES, participation aux commissions “bonnes femmes” (comme elle disait) du SNES et de la FSU, aux congrès de la FEN, de la FSU et du SNES locaux et nationaux, avec une présence décisive dans les plus “délicats” de ces congrès…

Servie par une intelligence et une culture impressionnantes, excellente connaisseuse de la langue française et pratiquante de plusieurs autres, énorme travailleuse, toujours en alerte, elle n’a jamais levé le pied même lorsque la maladie prenait le dessus, au point qu’on a pu croire qu’elle allait s’en sortir. Elle a pris le mors aux dents dans toutes les périodes et sur tous les sujets où nous rencontrions des difficultés : la scission de la FEN où elle a été en première ligne de la réflexion pour concilier un syndicalisme de masse et fédéral avec la sauvegarde de l’unité de l’ÉÉ. La scission de l’ÉÉ où elle a assumé des tâches dont elle connaissait mieux que quiconque l’importance : la trésorerie de la première Equipe Responsable d’après scission, partie de zéro elle a laissé deux ans plus tard une situation qui nous a permis de passer ce mauvais cap ; les Semaines de Forcalquier et de Rians ont permis à Émancipation de continuer, tout en renforçant son investissement. Notamment c’est lors de la Semaine de Forcalquier qu’a été mise sur pied la commission internationale d’Émancipation, nourrie par un important défrichage de Nicole sur le syndicalisme international, les réseaux syndicaux alternatifs et les forums sociaux. Travail exhaustif et tout en finesse qui a beaucoup aidé l’élaboration et les choix de la tendance sur ces questions et toujours allégé ma tâche lorsque j’étais responsable national.

Avec la retraite, Nicole a tenu à être remplacée pour une bonne partie de ses mandats syndicaux, sans abandonner sa participation à la vie de la tendance dont elle est toujours restée une des plus convaincantes et percutantes contributrices, et s’est investie entre autres dans une approche (critique) du syndicalisme des retraitéEs et surtout dans la commission Revue au point d’en devenir une des animatrices, ô combien incontournable…

Je tiens à insister sur tout ce qu’Émancipation et la Revue perdent avec Nicole, mais aussi sur le vide que, outre sa famille, ses amiEs, ses proches et toutes celles et ceux qui se battaient à ses côtés vont ressentir sans cette femme*, cette grande dame qui, malgré la dureté de la (sa) vie et du monde, a su garder une boussole, la guidant en toute circonstance et la conduisant notamment jusqu’à co-animer la lutte contre la mairie FN de Toulon et à s’investir dans la défense des droits (RESF...). Cette boussole, Nicole n’a eu de cesse de nous en fournir le mode d’emploi, dans la Revue comme dans le Bulletin Intérieur ; elle serait satisfaite d’apprendre qu’elle peut encore nous épauler dans ce combat que nous continuons sans elle, mais avec son souvenir vivace.

Olivier Vinay

* Catherine et moi ne nous résoudrons pas à ne plus être surpris par Nicole, se faufilant sous notre clôture en oubliant pour l’occasion les séquelles d’un grave accident, pour nous proposer malicieuse de partager une spécialité, un vin rare ou le plaisir d’un concert ou d’un opéra auquel elle avait assisté. Elle avait une passion pour la musique, comblée par la carrière de concertiste de son fils Serge. Nous ne pourrons pas non plus oublier les moments (“très simples” comme elle disait, alors que tout était réfléchi et attentionné) auxquels elle nous conviait dans cette maison - accrochée au-dessus de la rade de Toulon - qu’elle avait conçue avec bonheur “pour être autonome à sa retraite”… Sa retraite elle n’en aura pas beaucoup profité, mais c’est toute sa vie qu’elle a voulue autonome.


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