Marche, crève, ou grève ? L’enseignement supérieur public à la croisée des chemins

samedi 6 octobre 2012
par  QD, Administrateur

Notre revue n°2 d’octobre a publié un important dossier sur l’enseignement supérieur. Nous reproduisons ci-dessous la présentation dudit dossier. Il est possible de lire le dossier complet en se procurant le numéro d’octobre de la revue "L’Emancipation".

Marche, crève, ou grève ?
L’enseignement supérieur public à la croisée des chemins

La semaine Émancipation de Châtillon-en-Vendelais s’était donné pour tâche de dresser un bilan des attaques subies dans l’enseignement supérieur (universités et filières en lycée ou écoles aussi appelées filières “post-bac”) pour redire la nécessité d’une convergence des analyses et des luttes, de la maternelle à l’université et autres filières du “supérieur” public, contre la logique capitaliste de son démantèlement.

Si l’université a servi de laboratoire à une marchandisation accélérée sous Sarkozy, les attaques sont plus anciennes et se poursuivent. Ainsi, Fioraso pour l’enseignement supérieur et la recherche (ESR), tout comme Peillon pour l’éducation nationale, a d’ores et déjà annoncé quelles seraient les orientations de la loi-cadre qui doit résulter du dispositif de “concertation” mis en œuvre : les “Assises” de l’ESR, pas plus que l’opération “Refonder l’école”, ne visent à remettre en cause les contre-réformes menées durant la décennie antérieure (LMD, LRU et décrets associés, nouvelle licence…).

À l’Université, pas de mise en cause l’“autonomie”. Elle devrait même être accentuée avec l’acte III de la décentralisation et la poursuite de la “réforme” de l’État. C’est la poursuite du démantèlement de l’Université publique à grands renforts de casse des statuts, de développement de la précarité, de course aux financements au détriment des emplois, au détriment des conditions de travail et d’études, du caractère national des diplômes, d’une répartition territoriale égalitaire des formations. Si le rétablissement d’une véritable démocratie universitaire s’impose, cette mesure n’est pas dissociable du reste des revendications. Quant aux moyens, il semble aujourd’hui confirmé que le MESR ne fera pas partie des ministères “prioritaires”, ce qui signifie 2,5% de postes en moins chaque année. Et l’austérité, les établissements passés aux Responsabilités et Compétences Elargies (RCE) connaissent bien : une dizaine sont désormais sous tutelle pour cause de déficit prolongé…

La conséquence du désengagement financier joint à la gestion “autonome” des universités-entreprises ? À cette rentrée universitaire, l’ensemble des établissements sont contraints à revoir leur “offre de formation”. Dans chaque université, on a ainsi “dégraissé” des formations pourtant habilitées dans le cadre du contrat signé avec le ministère : cours mutualisés entre maquettes, réduction du nombre d’heures, du nombre de groupes de TD, disparition progressive de la distinction entre cours magistraux (CM) et travaux dirigés, fermeture de formations ou de parcours… Ce dégraissage a touché les vacataires, remerciéEs après souvent des années de travail précaire au sein de ces formations, et les titulaires sont contraintEs d’assurer des cours à la marge de leur domaine de spécialité. Dans d’autres cas, la date de la rentrée universitaire se trouve repoussée faute de personnels (précaires) pour assurer certains cours proposés dans le cadre de formations ouvertes sans moyens mais censées attirer davantage d’étudiantEs…

La conclusion s’impose : le “dialogue social” sous toutes ses formes, à commencer par les “Assises” conduit à l’impasse et à l’échec. Il a empêché que se réalise la convergence des luttes entre l’école et l’université, pourtant soumises à la même logique capitaliste qui, sous couvert de leur “modernisation” ne vise que leur privatisation. C’est peut-être la leçon qu’on peut retirer de l’échec de la mobilisation de 2007 contre la LRU, puis de celle, pourtant massive, de 2008-2009…

L’enseignement supérieur est donc à la croisée des chemins… Nous savons lequel choisir : celui du rapport de forces pour construire l’éducation et la recherche gratuites, laïques, anticapitalistes que nous voulons.