Introduction au débat sur le syndicalisme anticapitaliste

lundi 1er octobre 2012

L’un des débats de la Semaine d’Émancipation (Châtillon-en-Vendelais le 9 juillet) avait pour thème “Pour un syndicalisme de rupture avec le capitalisme : pratiques et revendications”. L’introduction à ce débat que nous publions ci-dessous a donné lieu à un riche débat.

Le syndicalisme des origines

Le syndicalisme qui apparaît à la fin du XIXe siècle a résisté à toute logique d’entreprise. Dès le départ, c’est un syndicalisme de classe qui prône la solidarité et qui lie les revendications immédiates à la remise en cause du capitalisme et du salariat.

La Charte d’Amiens (1906) est bien sûr spécifique à la France. À la différence de ce qui passe dans des pays voisins, le syndicalisme proclame son indépendance vis-à-vis de l’État, des patrons mais aussi des partis. En même temps qu’il refuse de se prononcer sur les questions purement politiques, ce syndicalisme anticapitaliste intervient sur l’ensemble du champ social : logement, éducation… Les syndicalistes anticapitalistes se prononceront contre l’Union Sacrée avec la guerre impérialiste de 1914 et plus tard contre le colonialisme.
L’indépendance vis-à-vis des partis permettra d’éviter les collusions qui seront à l’œuvre en Allemagne ou en Angleterre.

Ce syndicalisme anticapitaliste a construit (même s’il n’est pas le seul) une contre-société basée sur les bourses du travail, les associations de quartier, les maisons de jeunes, les clubs sportifs, les maisons de chômeurs… Ce tissu social fondé sur l’entraide, la solidarité et la conscience de classe s’est sérieusement délité ces dernières années.
Les expériences de syndicalisme anticapitaliste (ou de syndicalisme révolutionnaire) ont existé dans de nombreux pays et ont été réprimées avec férocité. Ainsi aux États-Unis, les patrons, la police et les gouvernements ont entrepris une véritable entreprise de liquidation physique des IWW et de leurs militantEs.

Le syndicalisme à l’œuvre aujourd’hui

Le clivage dont on a parlé entre “syndicalisme des marges” et “syndicalisme de transformation sociale” n’a pas vraiment de sens. Au moment de la scission de la FEN, on a voulu opposer le type de syndicalisme incarné par la CFDT (la collaboration, l’approbation de toutes les contre-réformes) à celui de la CGT ou de la FSU réputé "combatif". Ces différences se sont estompées.

En France, la grande majorité des syndicats (à l’exception de Solidaires et de la CNT) a théorisé la limitation des luttes, le corporatisme, la défense prioritaire de l’appareil syndical, le contrôle “par le haut” des mouvements sociaux, le refus de l’affrontement, l’unité conflictuelle des appareils syndicaux et la non-reconnaissance de la légitimité de la base.

Ce syndicalisme tend à devenir un corps social intermédiaire privilégiant le dialogue social et cherchant avant tout à être reconnu par les patrons et l’État. Il prétend que le dialogue social permet des améliorations alors qu’il accompagne la casse sociale.

Ce syndicalisme est financé par l’État et les institutions européennes. Il est intégré à l’État. À travers la CES et la CSI, il est devenu un partenaire honorable au même titre que le patronat. La notion même de partenaires sociaux nie la lutte des classes.

Enfin ce syndicalisme a délibérément abandonné la partie du prolétariat et du salariat la plus précaire et la plus exploitée : immigréEs, travailleurs/ses précaires ou à temps partiel, femmes. Ces exploitéEs se syndiquent peu parce que le syndicalisme ne les défend plus.

Les expériences

L’histoire des luttes sociales qu’on peut rattacher au syndicalisme anticapitaliste est jalonnée d’occupations, de grèves générales, de tentatives d’expropriations des patrons. À travers quelques exemples historiques, essayons de voir quelles avancées ont été possibles, quelles circonstances ont permis ces luttes, mais aussi quelles limites ont été rencontrées.

Il y a les paysans sans terre d’Amérique Latine qui ont organisé avec leurs syndicats la confiscation des terres des grands propriétaires et leur exploitation par les paysans. Certaines occupations durent depuis des années mais les milices patronales ont assassiné de nombreux paysans.

Toujours en Amérique Latine, au moment de la faillite de l’Argentine, les piqueteros ont occupé et remis en route pour leur propre compte de nombreuses entreprises et ces occupations ont parfois duré des années.

En France, dans les années 70, les ouvrierEs de Lip ont d’abord occupé leur entreprise qui fermait avant de remettre en route l’usine et de vendre les montres produites pour leur propre compte. L’expérience est restée isolée. Lip a été repris par un patron rocardien (Neuschwander) qui n’a pas réemployé tout le monde. Et l’entreprise a fermé quelques années plus tard.

Plus près de nous, les ouvrierEs de Continental ont occupé, contre l’avis des directions syndicales, leur usine. Ils n’ont pas eu le rapport de force leur permettant de produire, mais ils ont fait plier le patron sur le plan financier en obtenant de substantielles indemnités de licenciement.

Enfin, si Thatcher a vaincu en 1984 le syndicat des mineurs, les mineurs d’une mine galloise ont résisté au licenciement en s’emparant de leur mine et en relançant la production. Cette expérience isolée dure depuis près de 30 ans.

Quelles revendications ? Quelles formes de lutte ?

Le syndicalisme anticapitaliste part des droits. Il n’a pas à se poser la question de ce qui est possible ou ne l’est pas dans le cadre du système.

Le syndicalisme anticapitaliste refuse de limiter les luttes ou de s’adapter. Il lie les revendications légitimes à un changement de société.

Par exemple en France, il faut exiger l’annulation de toutes les mesures et de toutes les destructions entreprises sous Sarkozy (retraites, non remplacement d’un fonctionnaire sur deux …) à la fois parce que c’est juste et parce que, par “réalisme”, le gouvernement actuel mettra en œuvre ces pseudo réformes et les directions syndicales s’adapteront.

Il y a urgence à recréer un tissu social éclaté, à renouer les solidarités, par exemple en renouant avec les bourses du travail.
Le syndicalisme anticapitaliste doit s’adresser à tous les laisséEs pour compte, aux précaires, à toute cette fraction du prolétariat qui n’est plus organisée. En particulier, le sexisme s’accompagne d’énormes discriminations au travail qui sont bien peu prises en compte par le syndicalisme.

Il faut impulser partout l’auto-organisation des luttes et les assemblées générales souveraines, même si leur forme n’a pas toujours été satisfaisante dans la période récente.

Il est vain d’imaginer qu’il n’y aura pas une forme d’affrontement avec l’État, le patronat ou les multinationales.

Nos armes restent les occupations, mais aussi l’expropriation et la remise en route de la production sous contrôle des salariéEs. Dans un cas comme PSA, cela s’impose.

Pierre Stambul


Brèves

2 février - Communiqué PPCR

Mise en œuvre du protocole PPCR : plus de risques que de bénéfices sur la feuille de paye (...)

1er octobre 2016 - L’évaluation en débat au CDFN de la FSU

Le projet de réforme de l’évaluation des personnels vient compléter l’ensemble des réformes qui ont (...)

2 septembre 2016 - Retrait du projet “d’évaluation” des personnels enseignants !

La mise en place de la loi de “refondation” de l’école (2013) impose la redéfinition du métier (...)