Pour un projet de rupture dans la politique éducative

lundi 28 mai 2012

Les gouvernements et l’Union Européenne oeuvrent à la mise en place de politiques éducatives au service des intérêts du capitalisme : il s’agit de fournir au patronat une main d’œuvre flexible et précarisée, dans le cadre d’un démantèlement des garanties collectives du salariat (statuts et conventions collectives).

Dans le domaine éducatif, cette offensive prend diverses formes selon les secteurs concernés, mais cohérentes entre elles :

- dans le troisième degré, le démantèlement des diplômes nationaux dans le cadre du processus de Bologne, engendrant une sélection sociale accrue. Il a d’ores et déjà abouti à des contre-réformes majeures : LMD, LRU, "nouvelle licence"… Le développement des référentiels de compétences, pierre angulaire de l’arrêté Licence et des masters, à l’université et dans le monde du travail où ils trouvent leur origine, montre que c’est tout le système des qualifications reconnues (conventions collectives, statuts nationaux) qui est ainsi miné. D’autres éléments complètent ce dispositif comme la "loi d’orientation sur la formation tout au long de la vie" (2009) et le "passeport européen de compétences" mis en place par les instances de l’Union Européenne : autant de pas importants dans le processus de contournement des conventions collectives.

- dans le premier et le second degrés, la loi Fillon d’orientation sur l’école (2005) structurée autour du "socle commun de connaissances et de compétences". Elle vise la mise en place du Livret Personnel de Compétences (LPC) dans les écoles et les établissements du second degré. Dans la continuité, le nouveau livret scolaire veut faire entrer l’approche par compétences au lycée avec les mêmes procédés qu’au collège (compétences disciplinaires, comportementales, B2i).

Contre la transformation du système éducatif selon la logique des “compétences” :

- elle constitue une régression dans le domaine pédagogique. L’approche par “compétences” est loin d’être un progrès au plan pédagogique ; elle est liée à la mise en place d’un “socle commun” déconnecté des pratiques disciplinaires et des programmes. Des évaluations binaires de savoirs strictement utilitaristes et de comportements se substituent à l’évaluation des connaissances, des capacités de raisonnement et de la réflexion critique. À l’université en particulier, les référentiels n’ont plus rien à voir avec des programmes nationaux : avec ses “compétences disciplinaires” réduites à portion congrue, la Licence “déréglementée” met l’accent sur les “compétences transversales” et “préprofessionnelles”.

- elle constitue un levier pour en finir avec les diplômes et les qualifications. Elle met en cause le droit à un enseignement gratuit conduisant à des diplômes et des qualifications reconnus nationalement et le droit à la formation continue payée par l’employeur, pour y substituer une logique libérale : en réponse aux exigences patronales, sous couvert de formation "tout au long de la vie", chaque individu devra vendre ses compétences sur le marché du travail, "investir" dans des officines privées pour en acquérir de nouvelles ou pour actualiser celles déjà acquises dans son "portefeuille" individuel.

- elle vise à la généralisation programmée du “portefeuille d’expériences et de compétences” à l’université, pièce maitresse du système où l’élève/l’étudiantE est chargéE de “gérer” son “parcours individuel” et doit se soumettre à une “orientation active” dont l’objectif est de réguler les flux de formation en vue de “l’employabilité” nécessaire au patronat.

Porter un projet éducatif progressiste

Dès lors, pour porter un projet éducatif progressiste, il n’est pas possible pour le SNESUP de se limiter à la dénonciation d’aspects ponctuels de la transformation capitaliste de l’école et de l’université publiques. Et il serait contradictoire de poursuivre au nom du moindre mal une stratégie de "concertations" visant à discuter les modalités d’application de contre-réformes que nous combattons (participation aux "comités de suivi" divers et variés).

Il faut au contraire élaborer, avec les étudiantEs et les autres syndicats de la FSU, un projet émancipateur et en rupture avec la politique actuelle, ce qui passe par l’abrogation de l’ensemble de ces dispositifs (LMD, LRU…) pour avancer vers une école et une université égalitaires et démocratiques, sans hiérarchie entre les savoirs, sans sélection précoce. Démocratisation qui passe en premier lieu par :

- un contrôle démocratique du fonctionnement des universités

- une démocratisation pour les étudiantEs, contre toute sélection sociale, passant notamment par une allocation d’étude permettant de vivre et d’étudier en toute autonomie

- la réaffirmation des libertés pédagogiques et scientifiques des universitaires

- un renouvellement des pratiques pédagogiques à la mesure de nos aspirations à transformer la société.