Dès maintenant un plan de mobilisation pour faire aboutir des revendications d’urgence : Non à une rentrée 2012 sur des bases définies par Sarkozy !

vendredi 25 mai 2012

Sur le terrain électoral, la défaite de Sarkozy est donc actée, ouvrant sur la possibilité autant que sur la nécessité d’une déroute de l’UMP aux législatives du mois de juin. Pour autant, sur le terrain syndical et militant, on ne saurait s’en remettre à l’espoir fondé dans l’alternance politique amorcée en adaptant nos revendications au nouveau gouvernement, donnant à penser qu’un “bon” dialogue social serait possible, ou même souhaitable. Un seul mot d’ordre : indépendance !

Que penser, du reste, de cette “alternance” ? Nombre de “réformes” de la droite ne seront que réaménagées à la marge, et le PS français pourrait aussi bien poursuivre le démantèlement de nos droits sociaux et démocratiques en menant une politique d’austérité inspirée de ses homologues socio-démocrates européens.

Le programme du candidat Hollande donne en effet à penser qu’aucune “rupture profonde” n’est à attendre en matière d’enseignement supérieur et de recherche (ESR), dans la mesure où le principe d’“autonomie” des universités s’y trouve au contraire revendiqué – en parfaite cohérence avec la politique du gouvernement Jospin qui œuvra à la construction de l’espace européen de l’ESR (Lisbonne, puis Bologne), entérinant le principe de sa privatisation.

Le Congrès du Mans doit donc avoir pour but d’affirmer nos revendications et de développer les mobilisations pour mettre en place le rapport de force seul à même de les imposer.

Dans son introduction au supplément préparatoire au Congrès, Stéphane Tassel nous invite à “Travailler aux alternatives”. Mais sur quelles bases, et dans quel cadre ? Celui de la privatisation de l’ESR vécue comme une fatalité ?

Dans ce 8-pages, la direction nationale et la tendance majoritaire défendent, entre autres, une “bonne” masterisation de la formation des enseignantEs. De même, elles y déplorent le “morcellement (…) du paysage des formations post-bac” non pour remonter à sa cause européenne, le système LMD, et en revendiquer l’abrogation, mais pour demander une meilleure “lisibilité” pour de “nouveaux parcours”. Les propositions du SNESUP pour le cycle licence (24 mars 2011) demandaient pourtant un “bilan contradictoire des réformes antérieures (LMD, plan licence,…)” : il faut poursuivre dans ce sens, et aller plus loin. Car revendiquer “ un cadrage national des formations menant à des diplômes nationaux reconnaissant une qualification ” implique nécessairement la mise en cause du système LMD, les décrets de 2002 ayant supprimé la définition nationale des maquettes et le cadrage national des diplômes au profit de parcours individualisés et professionnalisés dont le dernier avatar est le nouvel arrêté Licence, lequel se trouve étrangement absent des textes les plus récents de notre syndicat (8-pages, Appel du SNESUP).

S’agirait-il ce faisant de faire consensus avec l’UNEF et, d’autre part, le PS, dont le programme relatif à la “démocratisation” des études supérieures repose en partie sur les “innovations” proposées dans le cadre de cet arrêté ? Dans cette logique, la part belle faite par nos camarades à l’impératif d’“insertion professionnelle”, mission des universités introduite par la loi LRU, de même que l’ambiguïté associée à la notion de “professionnalisation”, ont tout lieu d’inquiéter.

Tout aussi préoccupant : le 8-pages fait état d’une évaluation “formative” des personnels d’enseignement et de recherche, la notion d’évaluation étant en parfaite conformité avec le décret de 2009 relatif au statut des EC, dont notre syndicat revendique pourtant l’abrogation ! Le Congrès devra se prononcer une bonne fois pour toutes contre l’évaluation récurrente, et non pas sur la question de savoir s’il existe une “bonne” évaluation, forcément compatible avec la “gestion” néo-managériale des personnels préconisée par la logique de l’“autonomie” des universités.

Plus largement, le SNESUP devra prendre une position claire concernant cette “autonomie”, sur laquelle la direction nationale ne se prononce pas explicitement. Revendiquer l’abrogation de la LRU et de ses décrets d’application ne saurait suffire pour s’opposer à l’autonomie  : c’est simplement compatible avec le programme PS d’une “réforme” de ces textes censée être favorable à la mise en œuvre d’une “bonne” autonomie des établissements. À cet égard, il y a lieu d’espérer que le Congrès ne sera pas le lieu d’expertises juridiques, de ce fait obscures aux non-initiéEs, portant sur les “exigences d’abrogation et de réécriture des textes législatifs et réglementaires” – ce qui serait un véritable écran de fumée quand, par ailleurs, l’Appel du SNESUP propose de “donner aux établissements les moyens de revenir sur les gels d’emplois et de financer l’évolution de la masse salariale”, revendication impliquant que les établissements en question demeurent aux Responsabilités et Compétences Elargies !

De la même façon, au lieu d’inviter les présidentEs d’université à respecter, au nom du “dialogue social”, l’application des mesures de CDIsation mises en place par une loi qu’il a (heureusement) combattue, le SNESUP se doit aujourd’hui de lutter, par tous les moyens, contre la précarité des personnels, précarité dont l’accroissement exponentiel ne cessera d’être conforté par l’“autonomie” budgétaire des universités. Raison pour laquelle il faut mettre fin à cette “autonomie” et à la privatisation des universités, et revendiquer la titularisation sans condition de touTEs les précaires, la création massive d’emplois de fonctionnaires.

Notre syndicat doit travailler avec les militantEs de sa base, et non viser une hypothétique paix sociale avec le ministère et la Conférence des PrésidentEs d’Université, même si d’aucunEs sont issuEs de ses rangs… C’est la seule manière de dire NON à l’“économie de la connaissance”, de la maternelle à l’université ! C’est le seul cadre dans lequel nous pourrons travailler à des projets véritablement alternatifs pour l’école et pour l’université.

Au Mans, nous devrons donc réaffirmer les revendications de notre base et développer les mobilisations pour mettre en place le rapport de force qui seul les imposera.

Un seul principe : la rupture avec le capitalisme et la logique de privatisation de l’ESR. Une seule démarche : l’indépendance syndicale !