Le sacre de Reims ?

Congrès du SNES
dimanche 22 avril 2012

Le SNES-FSU a tenu son congrès début avril, non loin de la cathédrale de Reims. Dans le contexte politique (et électoral) que l’on connaît. La presse aura surtout retenu l’appel à ne pas réélire Sarkozy, mais comme souvent il y a beaucoup d’autres enjeux, autrement plus décisifs.

Ce congrès s’ouvrait sous de mauvais auspices : l’attente de l’alternance électorale salvatrice. L’éditorial du dernier numéro de la tendance majoritaire Unité & Action donnait le ton : l’espoir d’un "vrai dialogue social" à venir avec le prochain gouvernement… dont ressortait plutôt la continuité avec les pratiques syndicales des cinq années écoulées. À savoir la recherche inconditionnelle de signatures d’accords sur les sujets cruciaux.

Il faut dire que les rapports préparatoires au congrès avaient de quoi inquiéter, avec l’annonce d’une série d’abandons revendicatifs : sur les retraites (les 37,5 annuités), la protection sociale (CSG), le système éducatif (exit les revendications d’abrogation des dispositifs et textes réactionnaires)… Émancipation a donc distribué un "quatre pages" pointant notamment ces questions à l’entrée du congrès, et son intervention liminaire y a été en grande partie consacrée.

Des "invariants"

La direction du SNES ne revient pas de manière critique sur des épisodes majeurs : destruction du système de retraites, destruction de la formation des enseignantEs, évaluation managériale, abolition de la carte scolaire…

Trois exemples… dans l’éducation, le SNES et la FSU portent une responsabilité énorme dans la liquidation des IUFM et l’imposition aux nouveaux titulaires de services complets sans aucune formation. Pas question pour autant de remettre en cause la "masterisation". Au niveau de la Fonction Publique, les accords de Bercy sur la représentativité syndicale et le dialogue social ont déjà donné le vote "électronique" et un protocole sur les droits syndicaux qui affaiblissent le syndicalisme, notamment la FSU qui a perdu sa première place dans la Fonction Publique d’État. Là encore, pas de remise en cause de cette logique. Enfin, au niveau interprofessionnel, les directions du SNES et de la FSU – avec de nombreuses autres – ont développé une stratégie "intersyndicale" qui a refusé de s’appuyer sur les secteurs en lutte, de revendiquer le retrait du projet gouvernemental sur les retraites et de se donner comme perspective la reconduction et la généralisation des grèves… menant à l’échec un mouvement qui pouvait gagner.

Les deux piliers de l’orientation UA – que l’EE ne critique que de manière ponctuelle, ne souhaitant pas remettre en cause la co-gestion de l’appareil de la FSU – demeurent.

D’une part, une perspective d’ "alternative" qui évite soigneusement la référence même vague à la lutte des classes, et qui quand elle critique le capitalisme… précise immédiatement qu’il s’agit du “capitalisme financiarisé”. Pour eux le capitalisme, c’est comme le cholestérol : il y a le bon et le mauvais. Leur alternative, c’est un New Deal où les grands travaux de Roosevelt seraient remplacés par les services publics.

D’autre part, la participation au "dialogue social" : signer tout ce qui peut l’être et en tout cas siéger dans tous les lieux de "concertation". Et de manière plus générale accepter de se prêter à une stratégie gouvernementale consistant à enfermer les organisations syndicales dans l’accompagnement plus ou moins critique des régressions sociales.

Cela ne veut pas dire qu’il ne s’est rien passé dans ce congrès…

L’alternative éducative

Les débats sur le thème 1, "un second degré pour la réussite de tous" ont été particulièrement longs et tendus. En commission, pratiquement toutes les interventions visaient à durcir le texte contre l’avis des rapporteurs, sur la question des "compétences", du Livret Personnel de Compétences, du refus des réformes, contre l’orientation précoce et la "3ième prépa pro" qui remplace la 3ème DP6, contre la proposition de "dispositifs transitoires" au collège et au lycée. Et l’abrogation d’un élément central dans la politique éducative de la droite : la loi d’orientation de 2005 sur l’école.
De nombreux amendements ont été intégrés. Mais le débat s’est poursuivi en plénière : plusieurs académies (Nantes, Lille, Poitiers, Grenoble, Créteil, Versailles) s’étaient regroupées pour demander la suppression dans le texte des rapporteurs de la référence aux "compétences" et son remplacement par une définition de la culture commune appuyée sur les savoirs et les disciplines. Les rapporteurs annonçaient alors intégrer l’amendement sans retirer le mot "compétences" de la phrase précédente, jugée non contradictoire et assortie d’une note de bas de page expliquant que le SNES n’a pas la même conception des "compétences" que le ministère !

Dans ce contexte tendu, nos interventions et nos motions ont eu un large écho. Nous avons obtenu un durcissement du texte sur la question du fichage. Nous avons animé un débat qui s’est révélé vif au sein d’U&A sur la question "culture commune" / "culture émancipatrice". Notre amendement sur l’abrogation des protocoles école – armée, intégrant celui de 1982, a été intégré.

Au total un résultat inhabituel, dans un domaine, l’alternative éducative, où nous rencontrons habituellement peu d’échos dans les congrès du SNES. De notre côté nous avons soutenu tous les amendements qui tendaient à durcir un texte truffé de contradictions.
Cette dynamique d’affirmation des revendications s’est retrouvée sur d’autres thèmes.

Vous avez dit "corpo" ?

Le thème 2 concernait les questions de "gouvernance" (terme contesté dans le congrès) et les conditions de travail des personnels. Émancipation est intervenue sur les points clés : précarité, formation des maîtres, surveillance, salaires, corps unique.

Beaucoup de militantEs ont développé un refus d’abandons revendicatifs "hollando-compatibles" trop grossiers, en particulier sur l’autonomie des établissements (le PS annonçant déjà une nouvelle tranche de décentralisation) et sur la demande de retrait des contre-réformes.

En commission, Émancipation a poussé le débat le plus loin possible, notamment sur la précarité : sur ce sujet, la position du SNES est devenue la moins incorrecte depuis 30 ans. Plus généralement, nous avons fait le lien avec les tendances minoritaires et les sections académiques les plus avancées sur les questions qui nous tiennent à cœur : Nantes sur la formation des maîtres et la surveillance, Versailles sur les salaires et Créteil sur beaucoup de choses.
Nous avons décidé de présenter trois motions (précarité, formation des maîtres, surveillance) et quatre amendements (les établissements piégés par "l’autonomie managériale", unification des corps par le haut, salaires, stabilisation des assistants d’éducation). Tous ces textes ont connu un écho dépassant largement nos rangs modestes.

Le néo-réformisme syndical

Si le congrès a montré une réelle volonté de revendication et de rupture sur certains points, en revanche le projet de société et de syndicalisme du SNES a peu évolué. Comme on l’a vu, il s’agit avant tout d’aménager le capitalisme dans un sens keynésien. La conception du type de syndicalisme en découle.

Outre des questions de fonctionnement interne, les débats ont privilégié des angles décisifs.

D’abord l’analyse et le bilan des luttes écoulées, notamment celle sur les retraites à l’automne 2010 (voir plus haut). La tendance UA persiste dans une critique très feutrée de "l’intersyndicale", et la question de l’auto-organisation continue à être ignorée.

Concernant la FSU, la direction du SNES propose d’ "adapter" ses règles de fonctionnement. Il faut aujourd’hui réunir 70% des voix pour faire voter un texte dans les instances de la FSU, le SNES proposera de passer à 50% dans deux cas : signer des accords avec d’autres organisations… et surtout signer des accords avec le gouvernement.
Mais le sujet central est l’avenir du syndicalisme, la "recomposition". La direction du SNES, en vue du prochain congrès de la FSU, se propose d’approfondir le rapprochement avec la CGT. Ce qui prend des formes concrètes, notamment la proposition de mise en place d’une "structure souple" et l’idée de listes communes aux prochaines élections professionnelles. Nous sommes intervenus pour pointer nos divergences avec cette "recomposition" : soumission au dialogue social dans le cadre de la loi sur la représentativité syndicale qu’il faut au contraire mettre en cause, soumission à l’orientation de la direction de la CGT, pas de garantie du maintien du droit de tendance.

Au niveau international, SNES et FSU font le forcing pour être admis à la CES (Confédération Européenne des Syndicats) et à la CSI (Confédération Syndicale Internationale) qui sont des officines de collaboration de classe. Ainsi les critiques contre la CES sont à peine visibles : il ne faut pas mécontenter la direction de la CES, sinon elle pourrait refuser l’adhésion de la FSU ! La section académique de Lille a mis au vote un amendement plus critique que nous avons voté, et pour notre part nous avons déposé une motion qui a fait un nombre correct de voix.

Le comble : la direction du SNES a invité un "syndicaliste" israélien (de la Histadrout) au congrès.

Que sort-il du congrès du SNES ?

Le congrès s’est conclu par un débat sur l’action.
Dans sa version initiale, le texte "Action", tout en parlant de la nécessité de "construire un rapport de forces" ne proposait concrètement presqu’aucune action de lutte, et évitait soigneusement toute idée de grève.

Mais c’était au fond logique vu la modestie des revendications contenues dans le "plan d’urgence pour la rentrée 2012" proposé en même temps. Certaines revendications minimum demeurent (retrait des textes sur l’évaluation des personnels, abandon du dispositif Eclair, du Livret Personnel de Compétences…), beaucoup sont "oubliées" (par exemple pas d’exigence d’abrogation ni même d’abandon de la réforme du lycée alors que cette dernière avait été votée deux jours avant…). C’est au fond une façon habile pour la direction de revenir en pratique sur nombre de revendications votées par le congrès, qui bien que parfois gravement insuffisantes, étaient tout de même des revendications sérieuses : bref, rendre la revendication compatible avec la politique d’austérité du gouvernement Hollande.

Ce texte a suscité des amendements et motions assez nombreux (par exemple revenir à l’exigence élémentaire du "rétablissement des postes supprimés dans les établissements à la rentrée 2012" — amendement rejeté).

Pour notre part, nous sommes intervenuEs pour combattre le renoncement aux revendications, sous prétexte de les rendre compatibles avec la politique du prochain gouvernement, pour défendre l’indépendance du syndicat, pour rappeler la nécessité de la grève comme arme de lutte des salariéEs et pour souligner que la méthode efficace pour gagner s’apparente à celle utilisée par le LKP pour la grève générale de 2009 en Guadeloupe.

Les militantEs d’Émancipation

au congrès du SNES


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