Classes préparatoires : “Autonomie” ? Dislocation !

lundi 27 février 2012
par  QD, Administrateur

Le maître mot du gouvernement Sarkozy, concernant l’école et l’université, aura été celui d’autonomie. Après avoir disloqué l’université, cette autonomie doit s’appliquer à tous les établissements scolaires, ce qui implique la remise en cause des programmes nationaux et la destruction des statuts nationaux des personnels.

L’autonomie contre les cadres nationaux

Cette autonomie commence à toucher les premier et second degrés (dispositif ECLAIR, réforme des lycées). Au-delà des élections, l’objectif de l’UMP est annoncé : le chef d’établissement, en collège, au lycée, mais aussi en primaire, devra pouvoir “recruter librement son équipe enseignante et d’administration, en fonction du projet de son établissement”. De même seront redéfinis les services des enseignants.

Avant de s’attaquer à l’ensemble des enseignants, le gouvernement commence par des secteurs “particuliers” : les établissements classés ECLAIR, les postes à profil (bilingues), et maintenant les postes de prépa.

Casser le mouvement national

Le statut des enseignants de classes prépa (CPGE), comme pour le second degré, est un statut national, avec des horaires définis nationalement, et un mouvement jusqu’alors national (même s’il ne procède pas, comme pour le second degré, d’une application stricte d’un barème).

Une circulaire récente modifie la procédure de mutation des enseignants de prépa, en l’alignant sur la procédure mise en place pour les postes “spécifiques”.

Désormais, le postulant est invité à rédiger une lettre de motivation et rencontrer le proviseur du lycée souhaité. Celui ci transmet son avis au recteur, qui a droit de veto. C’est le nouveau “management” sur le modèle des établissements ECLAIR. Une fois ce dispositif installé, il sera généralisé au second puis au premier degré. Exiger le retrait de ce dispositif est donc une nécessité non seulement pour ces enseignants, mais pour tous les collègues, au même titre que combattre contre les dispositifs ECLAIR.

Disloquer les classes préparatoires

Pour les postes de prépa cette mesure n’est qu’une transition En cinq ans, la LRU a développé la concurrence entre les universités et en leur sein. Cette LRU s’appuie sur la réforme LMD, d’où résulte notamment la sélection en fin de master l. A cela s’ajoutent les pôles régionaux, les PRES, qui intègrent les grandes écoles dans ce dispositif de concurrence généralisée.

La LRU et l’autonomie ont conduit à différencier et appauvrir les licences, alors que les classes préparatoires ont, quant à elles, préservé leur programmes nationaux et le niveau de ces programmes.

Le gouvernement veut en finir avec cette situation. D’abord en affaiblissant les horaires et programmes (les réformes sont en cours). Ensuite en préparant l’intégration des prépas dans les universités. Cela sera source d’économies importantes (le taux d’encadrement est bien plus faible à l’université.). Cela conduira à la disparition des programmes nationaux, d’autant plus que les grandes écoles tendent désormais à recruter sur profil, en minorant les épreuves anonymes des concours nationaux.

Corrélativement, le statut des professeurs enseignant en prépa sera brisé, transformés sans doute en PRAG moins coûteux et recrutés localement. Alors que l’université est marquée par la fragmentation des statuts, l’extraordinaire développement des vacataires et contractuels, le gouvernement ne peut laisser perdurer les postes statutaires de CPGE qu’il juge trop coûteux.

(Notons que le programme du Parti socialiste, pour qui l’autonomie “permet un meilleur pilotage”, prévoit le “rapprochement” des universités et des classes préparatoires, ainsi que des grandes écoles et des universités).

On ne discutera pas ici, faute de place, du rôle que l’on attribuait souvent aux classes prépa dans les processus de “sélection”. Disons simplement que la situation est désormais, avec la LRU, totalement bouleversée. Au sein même de l’université, nombre de filières sélectives, parfois dès la première année, sont développées, et parfois fort coûteuses pour l’étudiant : 5000 euros pour l’un des Masters 2 de l’université Panthéon-Assas. Précisons que l’inégalité scolaire peut aussi s’installer dans un cadre dit “unifié”, sans filières, comme à l’école primaire et au collège. L’Université et les classes prépa sont au bout de ce processus.

Par contre, l’existence de programmes nationaux, de diplômes et concours nationaux, mis en œuvre par des enseignants dotés d’un statut national, offre une “garantie minimale à tous les étudiants, quelque soit leur origine sociale. Faute de quoi, la “sélection” ne serait plus déterminée que par le seul carnet de chèque des familles, et leur carnet d’adresses.

Pour cette raison, refuser l’assujettissement des prépas à la LRU, défendre leurs programmes nationaux et leur gratuité, participe du combat pour l’abrogation de la LRU et du système LMD.

Laure Jinquot