De l’intégration à la mastérisation : où en est-on ?

vendredi 20 janvier 2012

Du sacrifice des IUFM à la destruction programmée de la formation des enseignantEs, tout était prévisible. Un an après la mise en place de la mastérisation, que de nombreux syndicats, dont le SNES et la FSU, n’ont pas voulu empêcher, obnubilés qu’ils étaient par le miroir aux alouettes de la revalorisation, le bilan est lourd de conséquences.

Quatre fléaux ont agi en interrelation pour détruire la formation des enseignantEs : intégration, mastérisation, LRU et casse du service public d’éducation. Depuis janvier 2008, les 31 IUFM répartis sur le territoire national sont intégrés dans l’Université ou plutôt dans une université. Lorsque plusieurs universités cohabitent dans une même académie, l’intégration de l’IUFM a suscité de nombreuses convoitises, a réveillé de vieux conflits datant de leur création (20 ans auparavant) et a réactivé de vieilles concurrences.


Premier mirage : l’intégration

A cette occasion de nombreuses promesses ont été faites aux personnels et futurs usagerEs des IUFM devenus écoles internes et à ce titre régis par l’article 713-9 du code de l’éducation. De premier fléau a entraîné de fait une perte d’autonomie dans la gestion des moyens humains, financiers et matériels désormais transférés aux universités d’intégration. A cette occasion, des conventions interuniversitaires permettant d’organiser de manière cohérente la formation des enseignantEs et des CPE ont été collectivement élaborées et présentées au CNESER. Ces conventions n’ont JAMAIS été appliquées malgré les différents appels des acteurs des IUFM. Ces conventions ont été déniées par l’ensemble de la communauté, y compris les syndicats.

Une mastérisation perdants - perdants

Quelques mois plus tard, les premières rumeurs relatives à la contre réforme de la formation des enseignantEs faisaient leur apparition. En Midi-Pyrénées d’abord puis dans de nombreuses régions de France, de nombreuses actions et démarches ont eu lieu pour tenter de limiter les dégâts inhérents à la mise en marche forcée de la réforme néfaste et régressive dite de « mastérisation ». Malgré une mobilisation sans égal, de la maternelle à l’université, la réforme, accompagnée par un certain nombre de syndicats, est passée en force. Elle fait depuis d’énormes dégâts du coté des enseignantEs, des formateurs et formatrices, des élèves. Perdants – perdants, comme nous l’avions annoncé alors lors des journées d’études de juillet 2008. Tout ce qu’il s’est passé et continue aujourd’hui était entièrement prévisible et l’indignation à coup de textes et de motions ne peut suffire à enrayer ce processus destructeur. La mastérisation de la formation des enseignantEs, telle qu’elle s’est mise en place est une régression sans précédent dans notre histoire (en dehors du régime de Vichy qui avait supprimé les écoles normales), c’est un véritable scandale !

Dans ce chaos organisé et piloté par une volonté farouche d’en finir avec les IUFM et de faire des économies, la stratégie mise en place par les acteurs s’est progressivement déplacée vers le local, à défaut d’une réelle entente nationale. Sauver localement ce que l’on peut sauver encore de l’outil de formation professionnelle des enseignantEs, résister en attendant des jours meilleurs.

Le repli sur des stratégies locales

C’est donc dans cet état d’esprit que les acteurs et actrices ont tenté de préserver une politique de site permettant d’aboutir malgré tout à une offre de formation la moins incohérente et impertinente possible compte tenu des contradictions imposées par la réforme et l’absence de cadrage national. Peu à peu, à l’échelle locale, la solution qui est apparue la plus viable dans la durée et certainement la moins fratricide a été la cohabilitation de l’ensemble de l’offre de formation. Malgré les mobilisations et les décisions de certains conseils d’école allant dans ce sens, ça et là, dans tout le territoire, des accords cadres ont été signés dans le dos des acteurs entre les Recteurs et les Présidents d’universités. A Toulouse, comme ailleurs, et bien que dénoncés par les éluEs SNESup au Conseil d’Ecole, ces accords cadres mentionnent que le partenariat engagé pour la conception et la mise en œuvre des formations relatives aux métiers de l’enseignement pourra aller « jusqu’à des cohabilitations » et sera dans tous les cas assorti de conventions entre universités. Ces accords-cadres sont à l’origine d’un processus de démantèlement des écoles internes en clivant le premier et le second degré. Sur fond de LRU et de RCE, ils ont ouvert la porte à l’instrumentalisation des personnels et à leur nécessaire redéploiement du fait de la main mise sur leurs secteurs de compétences par certains départements ou UFR ayant « récupéré » les formations du second degré. Grande est la souffrance des personnels dans les IUFM. Nous l’avons signalé à de nombreuses reprises. Elle passe sous silence dans un déni communautaire ahurissant, assourdissant tout simplement insupportable.

Rentrées 2010-2011 et 2011-2012

En conséquence, le travail déjà difficilement engagé entre les acteurs des IUFM et des autres composantes des universités, plus ou moins concerté dans la phase de conception des maquettes, s’est poursuivi dans des conditions extrêmement pénibles pour les personnels dont les éluEs SNESup ont a plusieurs reprises dénoncé la souffrance. Afin de proposer aux étudiantEs malgré tout une offre de formation complète en Région et éviter l’enlisement dans des conflits dommageables et contre productifs, les acteurs et actrices des IUFM se sont résignéEs à ce démantèlement et à leur instrumentalisation.
Les éluEs SNESup au Conseil d’Ecole de l’IUFM Midi-Pyrénées ont sollicité les élus au CNESER afin de faire valoir auprès de l’autorité de tutelle l’idée qu’en l’absence de cadrage national accompagnant la mise en marche forcée d’une contre réforme dont les effets sont d’ores et déjà destructeurs, la cohabilitation à l’échelle académique des masters préparant aux métiers de l’enseignement aurait permis à court terme de limiter les dégâts, dans un service public de formation universitaire à l’enseignement déjà considérablement affaibli par les réformes successives, et de préserver un potentiel de formation construit en 20 ans d’expérience. Elle était d’ailleurs préconisée dans un des rapports Jollion. Ils n’ont eu aucune réponse à leur demande.

A moyen terme, cette solution permettrait, en attendant une conjoncture plus favorable, de tisser entre les universités d’une même académie de réelles et durables collaborations productives construites à partir de la reconnaissance des apports complémentaires de l’ensemble des partenaires plutôt que d’engager et/ou conforter les acteurs dans des jeux de concurrences à l’origine de pratiques indignes et déloyales qui ne peuvent que desservir l’ensemble de la communauté, communauté universitaire menacée et fragilisée par un jeu de concurrence qui s’applique à tous les niveaux : LRU oblige !

Un bilan qui reste à faire

Et justement, sous fond de LRU et de gestion des masses salariales, ce sont les IUFM et leur potentiel de formation qui ont été et sont sacrifiés. Les pertes en personnels BIATOS et enseignantEs, redéploiement, mutualisation, mutation, non remplacement se comptent aujourd’hui par dizaines dans chacun des 31 IUFM du territoire national. A quand le bilan quantitatif de cette destruction programmée ?

Un bilan sérieux doit avoir lieu rapidement afin de mesurer les dégâts de contre réformes qui s’inscrivent toutes dans un plan de destruction massive du service public d’éducation. Gageons que ce bilan permette de réveiller les consciences, d’élaborer collectivement et consensuellement une véritable alternative à la réforme qui sauvegarde l’essentiel des valeurs que nous défendons et, à plus court terme et dans l’attente de jours meilleurs, de revoir et d’optimiser la nature des collaborations entre universités d’une même académie au bénéfice d’une formation ambitieuse des enseignantEs.

Marie-France Carnus


En Normandie, formation des enseignants par le privé

L’Institut Supérieur de Formation pour l’Enseignement Catholique (ISFEC) pour les 5 départements normands est basé à Hérouville St Clair près de Caen. Voici un extrait de ce qu’on peut trouver sur son site :
L’ISfec de Normandie, établissement de formation missionné par le Secrétariat Général de l’Enseignement Catholique, accueille […]tout étudiant se destinant aux métiers de l’enseignement et de l’éducation – enseignement privé sous contrat ou enseignement public - et désirant accomplir son master et/ou se préparer aux concours d’Etat. L’ISfec est partenaire de l’Institut Catholique de Paris Également centre de formation continue. […] Depuis la réforme de la formation des professeurs des écoles et des collèges - lycées, aux métiers de l’enseignement, l’ISfec […] assure la formation et la délivrance des Masters Enseignement et Education, diplômes d’État. L’ISfec […] prépare […] aux divers concours de l’enseignement aussi bien privé que public, du premier et du second degré : CRPE , CAPES, CAPET, CAFEP ET CAFET.

Il est donc clair que ces formations s’adressent tant aux candidats à l’enseignement public que privé. La délivrance par l’ISFEC de Masters Enseignement et Éducation est la traduction concrète des accords Kouchner (France) et Mamberti (Vatican) de 2009 qui permettent aux universités catholiques de délivrer des diplômes, prérogative jusqu’alors réservée – depuis 1880 - à l’enseignement public ! Comme l’écrit Eddy Khaldi dans son dernier ouvrage ( La République contre son école ), on assiste à “une nationalisation de l’école privée” parallèlement à “une privatisation de l’école publique”.

Source : Observatoire de la Laïcité scolaire 76. observatoirelaicite76@laposte.net