Une "réforme" de plus au service au patronat

vendredi 21 octobre 2011

Avec la publication, le 11 août 2011, d’un arrêté Licence modifiant celui de 2002, le gouvernement poursuit son entreprise de liquidation de l’enseignement supérieur public, obéissant à la logique néolibérale en œuvre dans la "réforme" de l’ensemble du système éducatif français et européen. Mots-clés : "référentiels", "compétences", "parcours (individualisés)". Objectif : "employabilité".

L’arrêté s’inscrit dans la droite ligne du décret LMD (2002), "réforme" qui impliquait déjà de nombreuses destruc(tura)tions, parmi lesquelles la démultiplication des Unités d’Enseignement, leur semestrialisation, et à travers elles la remise en cause de la cohérence disciplinaire des formations. Nouveau texte à la Bolognaise, associé à la loi LRU, l’arrêté Licence prend aussi le relais du Plan Réussite en Licence (PRL) de 2008, qui n’aura fait que stigmatiser l’échec en premier cycle et réduire ce dernier à la question de l’accueil des étudiantEs, plutôt que remédier aux conditions désastreuses de leur encadrement.

Quelles sont les principales dispositions fixées (le calendrier de leur mise en œuvre étant échelonné de 2011 à 2014) ?

1) Le volume horaire minimal est de 1500 heures sur trois ans pour toutes les formations.

2) L’évaluation des †connaissances fait l’objet d’un dispositif assoupli de compensation entre semestres consécutifs et de passage au semestre suivant.

3) La notion de domaine disparaît, qui conditionnait jusque-là l’accès de droit en master.

4) La fin du cadrage national des diplômes est entérinée, de même qu’est signée la disparition de l’évaluation nationale des formations (qui relevait auparavant du CNESER).

5) Prévue par le LMD, l’annexe au diplôme, qui liste les ‘compétences’, les stages, les †savoirs disciplinaires et les horaires du parcours de chaque étudiantE, devient obligatoire.

Mais l’essentiel de la "nouveauté" réside dans la mise en place de "référentiels de compétences" : la Licence attestera désormais "l’acquisition d’un socle de connaissances et de compétences dans un champ disciplinaire ou pluridisciplinaire". Les "compétences transversales ou génériques et préprofessionnelles" tiennent une place essentielle dans l’article 6 de l’arrêté, où la notion de connaissance disparait complètement. Or ces "référentiels" ne constituent en rien "des programmes de formation", encore moins des programmes nationaux. Associés à la professionnalisation et l’individualisation des cursus, ils sont le moyen de liquider les qualifications reconnues dans les statuts et accords collectifs garantissant un certain niveau de salaire sur l’ensemble du territoire. La nouvelle Licence, ce sont autant de "diplômes" que d’étudiantEs (et de parcours individualisés), chacunE devenant responsable à vie de son "employabilité". Ajoutons la présence des professionnels dans l’élaboration desdits "référentiels" et des maquettes correspondantes, dans les enseignements et les jurys : on voit à quel point est ici poussée la logique de soumission au patronat.

Dans ces conditions, il faut exiger l’abrogation de cet arrêté. Mais il faut aussi combattre pour le rétablissement de véritables diplômes nationaux, déjà mis à mal par les "réformes" antérieures. En cela, l’abrogation de la LRU est plus que jamais d’actualité. Au-delà, et au vu de la cohérence néolibérale des attaques menées contre l’ensemble du système éducatif, c’est ensemble, de la maternelle à l’université, que nous devons lutter.

Émilie Devriendt, SNESUP Toulon