Motion Émancipation sur l’action au conseil national du SNES

mardi 20 septembre 2011

Ci-dessous la motion déposée par les éluEs de la tendance Émancipation au Conseil national du SNES de septembre, concernant le débat sur la stratégie syndicale.

En cette rentrée la "crise" justifie tout : le chômage, les conditions de travail désastreuses, la casse des garanties sociales et professionnelles…

La rentrée pour les travailleurEs, c’est un "plan de rigueur" qui va les obliger à se serrer encore davantage la ceinture pour payer une "dette" qui est un des leviers du capitalisme pour imposer des taux de profit accru.

En France, la dette a été construite depuis 1973, pas tant en raison du premier “choc pétrolier”, que de l’abandon par l’État d’un outil de régulation financière : la possibilité d’emprunter à taux 0 à la Banque de France. Résultats : depuis, 1200 milliards (presque la valeur actuelle de la dette) d’intérêts payés aux banques privées.

En même temps, l’État a fait cadeau aux riches et aux patrons de rentrées fiscales et de cotisations sociales (400 milliards depuis 2000) et a renfloué la faillite des institutions financières pour digérer les subprimes, transformant une dette privée en dette publique. Il a ainsi fourni d’importants capitaux aux spéculateurs qui, avec l’aide des agences de notation, jouent avec les économies des pays, et s’approprient leurs richesses à la découpe.

Dans ce contexte "le contrôle de la finance", "la taxation des possédants"… sont au mieux des illusions qui permettent de faire payer la dette aux travailleurEs. C’est bien sur les budgets sociaux que l’Etat entend se servir en priorité, par exemple celui de la santé avec la hausse programmée des taxes sur les mutuelles.

La rentrée dans l’Éducation Nationale, ce sont :

- des suppressions de postes par milliers, des fermetures de classes et même d’écoles entières ;

- une dégradation des conditions de travail et d’enseignement, un alourdissement des effectifs dans les classes… sans compter la baisse des fonds sociaux dans les collèges et les lycées ;

- la poursuite des contre-réformes en cours : fichage des enfants et des jeunes à l’école et au collège, facilité par le Livret Personnel de Compétences et des évaluations qui n’ont aucune pertinence pédagogique ; démantèlement de l’enseignement spécialisé ; polyvalence imposée dans les établissements CLAIR avec l’EIST, doublée d’un recrutement par les chefs d’établissement ; autoritarisme croissant des chefs d’établissements ; casse du lycée et regroupement des options pour supprimer les postes ; remise en question des missions des CO-Psy au travers de la "labellisation" des CIO ; destruction de la formation initiale et continue des enseignantEs ; dénaturation de la Licence ; augmentation des frais d’inscription dans les universités.

Mais la rentrée, c’est aussi :

la multiplication des attaques contre les statuts, la remise en cause des décrets de 1950, la diminution et la régionalisation des vacances d’été, avec ce que cela suppose d’attaques des diplômes nationaux et du bac, le licenciement des personnels précaires et l’extension de nouveaux recrutements de non titulaires. Ainsi, l’accord TRON - qu’heureusement la FSU n’a pas signé - fait croire à une résorption de la précarité, alors qu’il prévoit la généralisation des recrutements par contrats, que le CDI écartera définitivement de la titularisation dans la Fonction Publique les personnes concernées, et que les mesures de titularisation ne concernent que moins de 5% des agents non titulaires.

Le double contexte des élections professionnelles (du 13 au 20 octobre) et des élections présidentielles pèse sur cette rentrée. Alors que le pouvoir, toujours plus discrédité, recherche en permanence l’effet d’annonce, les mesures qui réorganisent le pseudo "dialogue social", avec l’aval des principales directions syndicales, menacent à court terme l’exercice élémentaire des droits syndicaux et ne font qu’exacerber une concurrence syndicale qui n’a jamais été propice au développement des luttes.

Au niveau interprofessionnel, "la journée d’action" du 11 octobre ne correspond pas dans sa conception actuelle à une riposte syndicale de haut niveau et fondée sur les revendications. De plus, dans un communiqué fin août, l’intersyndicale nationale a mis au rang de ses priorités la «  maîtrise des déficits » et la « réduction de la dette publique  ». Cette position de la panoplie libérale ne figure pas dans les mandats syndicaux. Il est de la responsabilité de la FSU de ne pas se laisser enfermer dans une stratégie abandonnant les revendications sous couvert d’unité intersyndicale, et au contraire de développer des positions en rupture avec la politique capitaliste (dénonciation de la dette publique, comme les Islandais ; nationalisation du secteur bancaire…).

Le conseil national du SNES considère qu’il faut mettre en place un tout autre dispositif syndical pour initier une dynamique permettant d’engager l’épreuve de force avec le pouvoir.

Il considère qu’il faut développer et coordonner les actions contre la précarité et l’aggravation des conditions de travail dans l’Éducation, et aussi impulser une riposte interprofessionnelle contre les plans d’austérité. Pour cela, il propose :

- d’organiser sur les lieux de travail les précaires, pour contribuer à la constitution de collectifs de lutte contre la précarité, à soutenir ceux qui existent, en vue d’exiger le réemploi de touTEs les non titulaires et de revendiquer la titularisation immédiate dans la Fonction Publique de touTEs les précaires. Cela exige aussi que les organisations syndicales revendiquent le retrait du projet de loi issu de l’accord Tron dans la Fonction publique.

- de tenir, en lien avec les parents d’élèves, des Assemblées Générales sur les lieux de travail. Le SNES y proposera l’organisation de coordinations, pour engager un mouvement de lutte durable pour le rétablissement des postes supprimés dans les établissements et la création des postes nécessaires, l’abrogation des contre-réformes, pour défendre et transformer un système éducatif public laïque. C’est au prix d’une dynamique de ce type que la grève du 27 septembre aura un sens.

- d’œuvrer à la construction d’un véritable rapport de force interprofessionnel. La journée d’action du 11 octobre ne pourra y contribuer que si elle prend la forme d’une grève interprofessionnelle, et qu’elle est porteuse de revendications en rupture avec les plans d’austérité. Construire un mouvement interprofessionnel d’ensemble nécessite d’organiser des rencontres à la base avec les personnels des autres services publics et les travailleurEs du privé. Le conseil national propose que la FSU s’adresse à l’ensemble des forces syndicales pour leur proposer de travailler de façon unitaire dans cette perspective et à défaut, pour que la FSU tous contacts pour appeler à la grève le plus largement possible.


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