“Je ne peux plus parler de l’école à mon enfant sans amertume...”

mercredi 14 septembre 2011

“... En allant à l’école, tu pourras faire ce que tu souhaites quand tu seras grand, réaliser tes projets, t’approprier ta vie ...” C’est l’argument qui justifie la contrainte de l’obligation scolaire : en confiant nos enfants à l’école chaque matin, nous avions l’impression d’agir pour lui, pour son
devenir.

Des enfants fichés, tracés…

À présent, l’école est cloisonnée de toutes parts, les enfants sont fichés, tracés, évalués en permanence, par Base-élèves, Sconet et le Livret Personnel de Compétences.

Lorsque les données personnelles sont collectées et saisies dans des bases de données, il faut toujours garder à l’esprit que les enfants sont immatriculés par un "Identifiant National Élèves" (INE) qui permet de croiser toutes les informations et d’identifier les élèves selon des objectifs bien éloignés des besoins de l’école.

Il est prévu dans les textes et notamment dans la LOLF 2010, l’instauration de l’INE unique - de la maternelle à l’université. La BNIE, Base nationale des identifiants élèves actuelle (celle qui attribue le numéro), sera remplacée par un Répertoire national (le RNIE).

On veut mettre l’école au service des entreprises, en faire un lieu de contrôle des individus, comme l’envisagent les deux rapports du député du Val de Marne M. Bénisti, afin de détecter les “comportements déviants dès le plus jeune âge, de prévenir la délinquance. Et pour que nul ne puisse entraver les nouvelles orientations de la politique actuelle, les enseignants sont soumis à
l’obligation de résultats, de rentabilité, de performance, à une surveillance resserrée et accrue.

La lutte du CNRBE

Aujourd’hui, il y a tromperie sur le service public de l’Éducation nationale. L’intention en est modifiée, l’enseignant comme le parent ne peut s’y opposer sous peine de fortes sanctions et de "disparitions" (les enfants non immatriculés n’existeraient pas).

Rappelons qu’au début de l’été 2008, les syndicats et les fédérations de parents d’élèves criaient victoire suite à la déclaration de X. Darcos annonçant que le fichier Base-élèves serait “purgé” de son contenu “liberticide”.

Le Collectif national de résistance à base-élèves (CNRBE) s’est formé peu après, en novembre 2008, regroupant des collectifs départementaux convaincus qu’il était indispensable de continuer la lutte, l’architecture informatique restant la même avec un déploiement
sans limite de l’environnement numérique.

Afin de redresser le cap vers une école qui se recentre sur l’intérêt de l’enfant, le respect de sa liberté et de sa dignité, sur l’apprentissage de savoirs et de valeurs nécessaires au “vivre ensemble”, des directeurs d’écoles refusent de saisir les données dans BE malgré les sanctions, des parents saisissent la justice, deux recours en
conseil d’État furent déposés ainsi qu’un rapport auprès du Comité des droits de l’Enfant (CDE) des Nations Unies. Des campagnes d’information et d’alerte ont été lancées en direction des enseignants, des parents et des parlementaires.

Résister, un acte d’espoir

Nos actions juridiques ont montré que l’Éducation nationale ne s’encombre pas de ses obligations devant la Loi et les textes internationaux telle la Convention internationale des droits de l’enfant. Elle a recommandé, entre autres, “à l’État de ne saisir dans les bases de données que des renseignements personnels anonymes et de légiférer sur l’utilisation des données collectées en vue de
prévenir une utilisation abusive des informations
”. La France n’a pas pour autant modifié ses pratiques, elle a même persisté à mettre en œuvre ces dispositifs en balayant toutes règles déontologiques et éthiques, fragilisant ainsi sérieusement la démocratie et les principes
fondateurs de notre pays.

Nul n’est qualifié pour se prétendre conducteur des consciences, aucune institution, aucune autorité n’est qualifiée pour dire ce qui est vrai, aucun d’eux n’a le droit de disposer d’un autre selon son bon plaisir. Le rôle de l’État est de garantir l’égalité d’accès aux mêmes
droits.

Malgré ces principes fondamentaux, les collectes de données personnelles se multiplient, les bases de données s’enrichissent toujours plus, par les croisements de fichiers ou des interconnexions elles permettent une connaissance intime globale et exponentielle de l’individu.

Que reste-t-il du droit au respect de la vie privée ? Du
droit à l’oubli ?

Cette traçabilité exhaustive de toute la population ne résoudra pas le problème du chômage, n’enrayera pas celui de la délinquance, et n’alimentera pas les caisses de l’État.

Peut-on laisser nos libertés individuelles et collectives se réduire comme peau de chagrin ? Que penser d’un État qui ne tolère aucune transgression ? Quelles sont ses limites ? Jusqu’où les enseignants et les parents sont-ils capables d’obtempérer ? Et pour l’intérêt de qui ?

Résister est un acte plein d’espoir, nier la réalité c’est se mentir à soi-même parce que c’est plus confortable et moins angoissant.

Alors parlons-en, même si l’institution fait barrage... et agissons !

Sabine Chevallay, Marie-Lou Waligorski

(parents d’élèves – CNRBE)