Piloter l’obéissance : l’évaluation-management

Dossier de la revue L’Émancipation syndicale et pédagogique n°3, novembre 2010
lundi 10 janvier 2011

Ce dossier se situe dans la continuité du stage tenu à Nantes les 11 et 12 mars 2009 à l’initiative d’Émancipation tendance intersyndicale et du Collectif anti-hiérarchie (CAH). Les textes rassemblés participent de la préparation du nouveau stage "Évaluations, compétences. Quels enjeux ?" organisé à Paris les 2 et 3 décembre 2010.

Les "compétences" sont aujourd’hui omniprésentes dans l’enseignement, des nouveaux programmes des premier et second degré aux cursus de l’enseignement supérieur.

Ce n’est pas un hasard si c’est à partir de la Formation professionnelle et de l’orientation que cette "contamination" s’est diffusée, depuis les années 1980, dans tout le système d’Éducation. Les tests d’aptitudes et autres "bilans de compétences" sont totalement intégrés à ce "nouveau management des entreprises" par la "gestion des ressources humaines".

Un certain nombre d’auteurs insistent sur les rapports de pouvoirs que mettent en place ces nouveaux outils d’évaluation : "ordres" et "subordination". Si cet aspect correspond à la réalité, il ne donne qu’une vue partielle qui ne cerne pas tous les enjeux.

Si au premier abord, les différentes "réformes" introduites dans le système éducatif semblent manquer de cohérence, elles ont en réalité le même socle. Nouveaux programmes, "socle commun", évaluation des compétences des élèves et des personnels répondent aux exigences actuelles de la production dans le cadre du capitalisme. Produire en flux tendu, accroître la rentabilité des investissements impliquent une adaptabilité et une mobilité sous toutes ses formes de la main d’œuvre.

Et, pour gérer les flux de main d’œuvre, il faut maîtriser les "flux" de formation. La nouvelle mission assignée à l’école est de produire cette main d’œuvre docile et flexible exigée par le patronat. Il faut donc liquider la valeur nationale des diplômes sur laquelle s’appuient grilles de qualifications et statuts. Le "socle commun des connaissances et des compétences" doit devenir la seule référence. Et les outils informatiques se multiplient, pour évaluer les compétences, "gérer les flux" d’élèves… Ce qui conduit au fichage systématique de la jeunesse.

Pour faire baisser le coût de la force de travail, il faut atomiser les salariés : "l’évaluation des performances individuelles" doit donc remplacer les qualifications. Évaluation des compétences des élèves et du personnel participent donc du même processus de formation et de gestion des "ressources humaines".

Et pour vaincre la résistance des personnels à la liquidation des garanties statutaires, entretien professionnel et salaire au mérite, recrutement sur profil, précarité de l’emploi et soumission aux pouvoirs locaux doivent devenir le lot quotidien.

Les articles présentés ici apportent quelques exemples de ce "Nouveau management Public" promu par le gouvernement.
Hélène Bertrand, 24 octobre 2010

Au sommaire

AFFELNET, l’affectation des élèves par le net p.15
Évaluation des compétences et fichage de la jeunesse p.16
L’administration et les bibliothèques universitaires aux avant-postes p.18
Évaluer les fonctionnaires et liquider les garanties statutaires p.18

Voir aussi les articles suivants :

Connaissances et compétences : une mutation du tri social, R. Jousmet, l’Émancipation syndicale et pédagogique n° 10, juin 2010

Pour une autre évaluation à l’école, F. LE Ménahèze, l’Émancipation syndicale et pédagogique n° 1, sept. 2010


Documents joints

fichage des élèves AFFELNET
fichage des élèves AFFELNET
évaluation et fichage
évaluation et fichage
évaluer les fonctionnaires
évaluer les fonctionnaires